Grima - Will of the Primordial

Chronique CD album (47 mn)

chronique Grima - Will of the Primordial

Bye Bye 2019 !

 

La lecture de la chronique de Margoth sur le dernier album de Moonskin a été une révélation : cela fait maintenant plusieurs semaines, quelques mois à dire vrai que je cours après cette fin d’année 2019, trois/quatre mois – peut-être même davantage – qui se sont révélés d’une densité et d’une richesse inouïes. Il va bien falloir que je me résolve à ce constat en fait positif, à ce bel échec de chroniqueur : c’était une course perdue d’avance. Les sorties ont été plus promptes que moi, plus fortes que ma capacité rédactionnelle.

 

Donc il est temps pour moi de dire AU REVOIR à tous les albums et autres supports que je n’ai pu chroniquer. La liste est longue :

  • Do pobachennya Few Lines in Archaic Ukrainian (5 avril 2019), compil’ glaciale extraite de trois différents splits de Drudkh (navré mes loulous, j’ai préféré vos compatriotes de White Ward, héhé) ;
  • Vale Hic Regnant Borbonii Manes (10 mai 2019) de Sühnopfer (très bon le titre éponyme) ;
  • Bonjour Theovator (18 mai) de Délétère et L'héritage du monde (5 décembre) de Trépas (votre label québécois Sepulchral Production a malgré tout été mis à l'honneur à l'occasion de la double sortie d'Ossuaire...) ;
  • Auf Wiedersehen When We Are Forgotten (30 août) d’Imperium Dekadenz, Carnal Confessions (27 septembre) de FVNERAL FYKK et Bright Euphoria (15 novembre) de Serpens Luminis (fâcheux pour le premier… moi-même en suis-je fort marri) ;
  • Näkemiin Arnaud Pavle (9 septembre) d’Arnaud Pavle (délice finlandais de Raw BM) ;
  • Goodbye Mirror in Darkness (9 septembre) de Serpent Column (un conseil, écoutez quand même "Apophenia" et surtout "Amphiclasm") ;
  • Bless Vofa (18 novembre), EP de … Vofa (je me rattraperai sur leur premier album) ;
  • Adjö Tyranni (29 novembre) d’Avslut (du Dark Funeral pur jus) ;
  • Adieu Reflet (13 décembre) de Black Revulsion (un peu vert, mais très prometteur) ;
  • Do widzenia Age of Capricorn (13 décembre) d’Arkona (oui, oui, j’sais : je prends mes affaires, DEHORS).

 

Quand j’vous disais que ça faisait beaucoup ! Mais que ça ne vous empêche pas de vous y intéresser…

 

Bon, allez, j’me vois dans l’obligation, semi-morale/semi-professionnelle, de m’intéresser à un p’tit dernier pour la route, avant de tourner le dos (définitivement ?) à 2019 et de rentrer de plain-pied (il serait temps !) dans l’année 2020…

 

…And the winner is le troisième album du duo russe Grima, à ne pas confondre avec le groupe BM ibérique Grimah qui a sorti de son côté Intricacies of Bowed Wisdom, le 8 janvier 2020. Niveau latitude et température musicales, nous sommes à des degrés diamétralement opposés ! Les frères jumeaux Maxim et Gleb Sysoev, alias Morbius (basse, guitare) et Vihelm (chant, guitare, basse, clavier), sont efficaces et méthodiques : un album tous les deux ans. Après Devotion to Lord (2015) et Tales of the Enchanted Woods (2017), est sorti en plein cœur de l’été 2019 leur 3e opus Will of the Primordial, chez le label finlandais Naturmacht Productions, qui a sous son giron des groupes encore trop peu connus comme Dawn of Ouroboros, Disparaître, Nemus, Soliloquium ou encore Nero or the Fall of Rome.

 

La collaboration de guests a été forcément importante pour bâtir cet album : Serpentum à la basse, Vlad Yungman à la batterie, Valentina Astashova au clavier et surtout Sergey Pastuk à l’accordéon, absolument indispensable pour donner une forte teinte folk au Black atmosphérique de Grima. Il s’entend dès les premières secondes de "Siberian Sorrow", avant de charpenter, accompagné du clavier, quasiment la première moitié de l’album. Il n’est que saupoudré par la suite (présent surtout dans "Howl At Night" et l’outro).

 

 

L’accordéon, dont un usage plus franc et plus massif aurait donc dû peut-être être fait, demeure complètement raccord avec le folklore et la mythologie slaves que Grima met en avant tant dans ses compos, dans l’intitulé de sa tracklist que dans son identité visuelle (artwork, logo). Ainsi, le 3e morceau "Leshiy" (« celui dans les bois ») – tiens, tiens tout comme un titre de Slovo, album de 2011 des Russes d’Arkona – est une référence directe à cet esprit des arbres, divinité gardienne de la forêt, protectrice et maîtresse de toutes les créatures qu’y vivent, qu’elles soient ou non anthropomorphiques. Une des figures les plus convoquées par les séides des mythes slaves animistes. Rien de très original à première vue, puisque d’autres groupes russes de Black Metal, à l’instar de Welicoruss et de Gloosh font de la Sibérie et de la forêt boréale une forte source d’inspiration. Ces derniers ont sorti un très bon Timewheel le 20 février dernier, tandis que les premiers proposent depuis le 27 mars et leur Siberian Heathen Horde, un Pagan Melo-Black absolument abominable (la preuve ici ou pire encore ^^).

 

Cela va sans doute vous surprendre, mais la taïga, au même titre que le froid intense, les plaines et reliefs enneigés, le vent polaire, les eaux gelées sont vraiment et plutôt habilement mis en musique ici, à l’exemple des morceaux "Blizzard" et "Enisey" (l’Ienisseï est le plus grand des fleuves qui se jettent dans l’Océan arctique). Grima veut réenchanter la beauté fragile et hostile d’une nature sibérienne immaculée, dont la puissance primitive la mettrait à l’abri des actions de l’Homme.  Le duo se connecte à cette nature au moyen de compos soignées (certaines purement instrumentales) et de riffs appropriés : ceux attaqués à la fin de la 5e minute de "Siberian Sorrow", après une pause à l’accordéon, nous enveloppent et nous transportent sous des latitudes extrêmes. Le meilleur titre. On croirait même qu’il neige dans nos esgourdes à l’écoute des premières et dernières secondes de "Enisey" et on se pèle même le jonc lorsqu’on enchaîne "Blizzard" et "Howl At Night" !

 

De mon côté - nous sommes en avril  - il me reste encore pas mal de temps pour à nouveau prouver mon incapacité notoire à chroniquer les sorties prometteuses qui m'attendent au cours des huit mois à venir. Génial !

 

photo de Seisachtheion
le 13/04/2020

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