Moonskin - Farewell

Chronique CD album (48:47)

chronique Moonskin - Farewell

La fin de 2019 a été riche... Trop riche à tel point que l'on ne savait plus où donner de la tête. Et qu'il y a eu des victimes collatérales qui ne méritaient pas forcément d'être snobées. Parmi elles, je citerai aujourd'hui le cas de nos compatriotes de Moonskin qui nous ont livré un certain Farewell. Qui n'est pas un adieu mais sa toute première carte d'entrée, d'une qualité et maîtrise remarquable. A tel point qu'il ait été fort dommage que cette galette se soit retrouvée noyée par toute une pléiade de mastodontes touchés d'un regain d'inspiration surprenant, tant elle aurait mérité une jolie entrée par la grande porte des « jeunes pousses pleines de potentiel » de mon top 2019. Avec une jolie mention « nostalgie des vibes '90's/début 2000 » qui fait plaisir au point que j'aurais même dérouler le tapis rouge.

 

Comprenez, pas la moquette premier prix aussi fine que du papier à cigarettes de chez Gifi mais plutôt celle bien douce et épaisse qui ravit les plantes de pieds les délicates. Parce que le registre tout en élégance, sensualité et envoûtement de Moonskin, il faut au moins ce genre de qualité bourgeoise pour être raccord. Voire carrément aristo, histoire de souligner le caractère nostalgique du propos, entre heavy doom 70's/80's biberonné à la lourdeur occulte de Black Sabbath et la délicatesse des compos tiroir de Candlemass et atmosphères sombres, sensuelles et parfois symphoniques du metal gothique à voix féminine typique des 90's. A cette dernière école, rajoutez également la mise en son, légèrement en réverb' cathédrale – dans des proportions raisonnables – et définitivement, ce Farewell, qui n'aurait pas fait tâche s'il était sorti en 1999 en face du Mercury de Madder Mortem, m'aurait littéralement rendue folle durant mes années d'adolescence où j'étais particulièrement friande de ce genre de délires. Aujourd'hui, il me rend folle également. Autant pour sa qualité des plus solides qu'il me donne l'impression de retrouver le souvenir de l'étroitesse typée placard à balais de ma chambre d'adolescente, à faire joujou avec le noir à lèvres. Sombre histoire, vous pouvez me croire.

 

Mais n'allez pas croire, si ici, la nostalgie signifie qu'on vogue en terrain connu, ça ne veut pas dire que c'est de la simple copie carbone. Au contraire, Moonskin s'appuie sur ses influences certes mais se les réapproprie extrêmement bien. Passons les intro/intermèdes nombreuses et ajoutant pas mal de consistance en terme d'atmosphères d'ensemble pour s'attarder sur le titre éponyme sérieusement les hostilités où l'on ne peut que sentir le tandem gagnant Candlemass/The Gathering (période Mandylion s'entend) qui règne en maître. Lourdeur atténuée par des atmosphères délicates, le chant féminin suave de Delora venant parfaire l'envoûtement et compléter le tableau des montées/descentes d'intensité qui s'étirera sur quasiment 8 minutes. Mais une durée qui sait évoluer – et exhiber ses solos de guitare plein de feeling, à l'ancienne donc – pour que jamais l'on n'en vienne à perdre le moindre intérêt. « Dead Cursed Land » suit le même chemin en montrant un visage flirtant davantage avec le symphonique de par ses claviers gothiques et une narratrice usant davantage de lyrisme avec de subtiles harmonies en toile de fond qui viennent à de nombreux moments coller des frissons le long de l'échine. Même si l'on ira parfois pester sur ce format à tiroir – mais n'en demeure pas moins bien pour autant en l'état – qui peut venir nuire à un refrain de tueur que l'on aurait peut-être aimé être davantage mis en valeur et répété (« Suffer »). Mais comme la frontwoman n'est pas une princesse Disney, elle montre également qu'elle sait montrer les crocs. En grognant gentiment dans un premier temps. Jusqu'à totalement mettre ses menaces à exécution au cours d'un « Queen Of Misery » surprenant de par son format misant sur l'efficacité sans chichis, son caractère gras, rentre-dedans et autrement plus incisif et véloce. Si de modèle passéiste devait-on trouver dans ce cas de figure, ce serait davantage de Zakk Wylde. Jusqu'à considérablement se radoucir le temps d'une courte balade tout en arpège et émotion (« … Guilt's Expinring Eyes »), servant en réalité d'introduction déguisée au gros morceau de clôture, « Final Journey », renouant avec le format longue durée qui ne lâche pas l'auditeur en lui présentant d’intrigantes atmosphères/mélodies orientales, voire carrément tribales dans ses percussions finales.

 

Signe que par-delà son goût pour les vibes passéistes, Moonskin est surtout un groupe de jeunes loups aux dents longues qui ont des idées. Et surtout, aucun complexe à les exhiber. C'est qu'en réalité, le combo est né depuis six ans, il a donc eu tout le temps de réfléchir, roder et peaufiner son propos. Et au vu de ce Farewell qui en résulte, il a drôlement bien fait. Une entrée par la grande porte je vous disais, n'est-ce pas ?

photo de Margoth
le 23/03/2020

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