Grorr - Pravda

Grorr - "Pravda"
chronique Grorr - Pravda

Je n’en doute pas: les paléontologues les plus pointus (et les plus bourrés) me soutiendront mordicus que Grorr est le cri du ptérodactyle défendant les limites de son espace aérien. Et ce serait ma foi crédible. Pourtant, en réaction, une protestation ne manquera pas de jaillir alors des milieux entomologistes autorisés, ce cri correspondant plutôt à celui de la fourmi renvoyant sa taxeuse de voisine dans ses 22, celle-ci n’ayant qu’à se dégoter un taf sérieux plutôt que de passer tout l’été à growler dans son groupe de porngrind. Non mais. Parce qu’en effet, le thème de prédilection du groupe palois qui nous intéresse aujourd’hui – Grorr donc. ‘tain suivez quoi! –, ce sont les petites bêtes, celles qu’on retrouve au petit matin dans son duvet sans les avoir invitées: Mimi la Fourmi, Roger l’Araignée, tout ça quoi…

 

Tiens et si au lieu d’enculer les mouches – activité pourtant pas si hors sujet que cela pour le coup – on en venait un peu au fait… Non?

 

En 2008, Grorr nous avait présenté un premier exposé 5 titres sur les interactions entre le monde des bipèdes poilus et celui des multipèdes mandibulés. Le groupe, alors encagoulé et fort de cette démo autoproduite, avait fait bonne impression sur le jury, son death moderne ayant la particularité de cultiver une certaine froideur qui n’était pas sans rappeler l’univers des nordistes de S.U.P. Le potentiel était là, pas de doute! Pour leur soutenance de thèse, nos insectophiles évoluent à présent à visages découverts, et nous parlent des fourmilières du grand Est, Pravda développant pour le coup une imagerie très militaro-soviétique.

 

Ce premier album longue durée continue logiquement sur la lancée de la démo, le cold dark death à mi-chemin de S.U.P. et de Supuration étant toujours d’actualité. Le temps et l’expérience ayant fait leur œuvre, on constate que l’assurance du groupe et les moyens mis à sa disposition se sont étoffés, ce 1er album, bien qu’autoproduit, ayant tous les atours d’une prod’ moderne comme on en entend régulièrement sortir des ateliers Klonosphère. Car en effet – magie de la transition subtile aux sabots légers – l’autre caractéristique criante de la musique proposée sur Pravda, c’est son appartenance à cette scène « djent » française qui a ajouté groove, mélodie et couilles death aux standards Messhugiens pour accoucher d’une musique dont Gojira est l’un des représentants les plus en vue. Ainsi Grorr saucissonne mécaniquement, Grorr met du déhanché dans ses structures, Grorr hypnotise à l’aide de patterns rythmico-mélodiques répétitifs et entêtants. Mais Grorr est plutôt du genre à attaquer de biais, usant d’un camouflage aux couleurs sombres et froides. Le groupe pousse d’ailleurs la logique jusqu’au bout, flirtant avec l’indus (cf. « Sequelles » – froid, hypnotique et beau – ou encore la séquence ouvrant « Keppel ») et donnant à l'occasion à ses guitares un son grésillant et métallique (au sens premier du terme – cf. le début de « Flesh »).

 

En jouant dans une cour déjà bien (trop!) remplie – au sein de laquelle il se démarque donc principalement par des teintes plus sombres et plus prog –, il y avait moyen que cet album soit barbant, voire irritant. Clair. D’ailleurs, à ce sujet, un « Neuro » s'avère bien trop dépressif et lancinant à mon goût, et de son côté « Revolution » reste un peu trop classiquement djent. Mais pour le reste, diantre, le groupe a bien fait de prendre son temps car il nous propose un album qui, loin de ne comporter qu’une grosse coulée de lave sympathiquement mécanique, propose des morceaux à l’identité forte et à l’accroche indéniable. Ainsi « Cattle » et « Scolopendre » sont deux bonnes entrées en matière racées préparant le terrain pour un premier tube imposant et sombre, « The Hive », qui glisse progressivement d'un univers de froides saccades vers un death puissant, puis s’épanouit tout à fait sur sa 2e moitié. C’est ensuite le duo infernal « Flesh » et « Sequelles » qui dégage une accroche irrésistible et un groove bien particulier. Le dernier point d’orgue de l’album se situe quant à lui au niveau de l’instrumental spasmodique « The Duck », certes classique dans son approche du metal moderne, mais terriblement bien fait (...à l’exception de quelques longueurs en milieu de morceau).

 

Sans révolutionner totalement le landerneau modern death français, Grorr y apporte un nouvel album qui a tout ce qu'il faut où il faut pour faire saliver les amateurs du genre, d’autant qu’il élargit les limites de celui-ci vers des clairs-obscurs mécaniques intéressants. Quelques morceaux sont un poil moins réussis que les tubes cités ci-dessus, certes, mais rien de bien handicapant. Et à vrai dire je ne serais pas étonné de voir le groupe rejoindre l’écurie Klonosphère dans les mois ou années qui viennent. Mais ne mettons pas le bousier avant la boule d’excrément, et laissons plutôt faire la nature...

 

 

 

 

La chronique, version courte:  la cigale modern djent/death a convaincu la fourmi dark cold mécanique de blaster tout l'été... Et ça envoie sévère les copains!

photo de Cglaume
le 02/11/2011

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