Grorr - Ddulden’s Last Flight

Chronique CD album (49:51)

chronique Grorr - Ddulden’s Last Flight

« Merci pour ce moment. »

 

Il y a 7 ans, c’est ce que nous clamions en chœur, Valérie à François, et nous autres à Grorr. Car le 3e album de ce dernier, The Unknown Citizens, était un sommet d’intelligence et de beauté métissée où s’enlaçaient Prog, Djent et World Music orchestrale pour donner corps à un concept-album aussi fouillé qu’à l’accoutumée (... les Palois sont experts en la matière). Comment allait-il être possible de faire mieux, d’aller plus loin? La question faisait mal à la tête. On avait donc évité de se la poser. D’ailleurs le groupe lui-même a mis du temps avant d’envisager y répondre. Il a préféré commencer par une grosse partie de jeu de taquin lors de laquelle Christine Lanusse (non, n’insistez pas…) a pris possession de la basse, poussant Yoann Estingoy vers une guitare elle-même abandonnée par Gaël Wallois. Et le micro, pas plus à l’abri des vents du changement, de se retrouver dans le même mouvement aux mains d’un petit nouveau, Franck Michel (non non), un ex-Livhzuena.

 

Histoire d’éprouver la solidité d’un line-up grandement remanié, la formation a commencé par prendre notre température via un EP 2 titres intitulé II, dépouillé de la touche orchestrale de 2014, mais baignant toujours aussi généreusement dans des sonorités exotico-trippantes. « The Painter » y adopte quelques sonorités africaines nouvelles, tandis que « Orang Lao » y propose une envoûtante expérience sensorielle augmentée d’un superbe clip animé… Belle et efficace manière de nous rassurer! On constate à cette occasion que le groupe est toujours aussi mûr et affûté, plus que jamais attiré par les horizons lointains, et fort d’un nouveau chanteur doté d’une voix puissante et classieuse qu’on a du mal à ne pas rapprocher de celle de Yann Lignier (Klone).

 

Tout cela n’augurait donc que du très bon pour la suite…

 

Et cette suite est arrivée extrêmement vite.

Et les a priori positifs se sont vite vus confirmés.

Et la réponse à l’angoissante question initiale (mais si: on en causait dès le premier paragraphe) a finalement trouvé sa réponse: pour emmener sa musique et son univers un cran plus loin, Grorr a décidé de s’attaquer à la composition d’une bande originale de film. Rien de moins (... ce qui nous donne une nouvelle opportunité de comparer le groupe avec Igorrr – remember Jeannette? – alors qu’il existe finalement assez peu ressemblances entre les 2 groupes, à moins d’être adepte du Boggle). Bon, la mauvaise nouvelle c’est que le film en question n’a pu voir le jour, faute de gros sous. Mais le projet d’illustrer l’histoire qui devait y être contée est néanmoins resté, et s’est finalement incarné en Ddulden’s Last Flight, 8 titres s’enchaînant sans temps mort et racontant la quête folle d’un jeune Icare asiatique rêvant d’atteindre d’inaccessibles sommets à l’aide d’un O.V.C.I. (Objet Volant Carrément Improbable) bricolé maison. D’où – car on parle ici de B.O. ambitieuse, « Hollywood nous voilà!! » – une dimension orchestrale non seulement retrouvée (l’EP n’était donc pas représentatif), mais augmentée et magnifiée. Ainsi qu’une nouvelle occasion d’explorer ce genre de contrées où l’on ne trouve nul bar PMU ni kebab…

 

Vous avez bien regardé cette magnifique pochette? Appuyez donc sur >Play, vous allez voir: elle va prendre vie. Allez, attrapez votre sac à dos, on décolle!

 

Après de timides premiers pas à l’orée de « Ddulden Dreams Beyond the Peak », on distingue un temple à flanc de colline, aux abords duquel une multitude de gouttes de rosée reflètent les premiers rayons du soleil pendant que des moines bouddhistes vaquent à leurs occupations matinales. Les cordes stridulent, les percussions hoquettent, des chœurs vaporeux s’élèvent, jusqu’à ce qu’un puissant panache de musique orchestrale accompagne un travelling arrière révélant une vallée luxuriante. Pop-corn en main, on se demande si l’on regarde Mulan, Le Dernier Empereur, Allan Quatermain fait le Tour du Monde en 80 jours, ou tout cela en même temps. Et l’on s’enfonce plus profondément dans son siège afin de profiter à plein de ce qui va être projeté sur le grand écran pendant 36 minutes. 36 minutes d’émerveillement, de gymnastique cardio-émotionnelle, de chants de gorge, de tabla, de sitar, de guimbarde, de Konnakol (ce human beat boxing traditionnel pratiqué surtout en Inde), quelque-part entre Sichuan, Pendjab et Sumatra. Les épaisses lignes de basse et les déhanchements rythmiques hérités de l’école meshugguienne apportent assise et carburant, les orchestrations puissantes déploient de larges ailes narratives, tandis que les multiples touches World apportées par autant d’instruments traditionnels mouchettent le panorama de touches délicieusement épicées. Sur ces sentiers où nos pas croisent ceux de Marco Polo, de Confucius et de Ramana Maharshi, on suit Franck, notre guide en ces terres lointaines, dont la voix prenante parle tantôt aux tripes, tantôt aux chakras. Pendant « Hit The Ground », on adopte la position du lotus et plonge dans une méditation à la fois grave et sereine, face aux massifs montagneux voisins. Puis sur « Sirens Call » place à la détermination et à un appétit soudain d’action, la force et la profondeur des sentiments alors éprouvés (ah ces vifs remous internes qui nous chamboulent à partir de 3:12, puis plus fort encore après 4:06!) s’apparentant à celles vécues sur les récents opus de Leprous. Percus tribales, mélopées enivrantes, mantra hypnotique, basse granuleuse mais féline, poinçonnage implacable, « Blackened Rain » inonde l’écran de merveilleuse adrénaline et nous prépare aux hauts faits d’un « Last Flight » lors duquel le moucheron mécanique de Ddulden se frotte à des hauteurs vertigineuses sur fond de paysages renversants.

 

Alors forcément, quand le générique de fin défile sur l’écran, le cœur est encore serré et les flots d’endorphine encore bouillonnants dans nos veines. C’est le moment du dur retour à la réalité. Mais Grorr est généreux: ce billet est valable indéfiniment. Et d’ailleurs vous entendez le moteur du projecteur? Une nouvelle séance se prépare! Tout juste le temps d’un coup d’œil hors de la salle sombre pour constater que la crise du Covid ne s’est pas résolue d’elle-même, et il est temps de se lover à nouveau dans notre fauteuil pour une nouvelle expédition aéro-héroïque dans les confins extrême-orientaux. Aaaah, voilà la mascotte de Jean Mineur qui arrive, il faut que je vous laisse…

 

PS: sur Bandcamp, l'album est accompagné de l'EP II en guise de bonus

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

La chronique, version courte: de la grande muraille aux sommets himalayens, Grorr nous emmène sur les traces de Ddulden le long d’une époustouflante B.O. associant orchestrations généreuses, pulsations Djento-progressives et touches World luxuriantes donnant l’impression que Klone et Leprous se sont associés pour illustrer une version nostalgico-asiatique des Aventures du baron de Münchausen.

 

 

photo de Cglaume
le 24/02/2021

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