Hegemone - Voyance

Chronique CD album (50:19)

chronique Hegemone - Voyance

Aaaaah Hegemone… Souvenirs bien amènes d’une de mes premières chroniques CoreandCo à l’occasion de leur 2e album – assez remarquable du reste – ciselé par ce quartet polonais originaire de Poznan. Sorti au printemps 2018, ce We Dissappear avait alors attiré l’attention d’un des labels de musique extrême les plus exigeants du marché, à savoir Debemur Morti Productions. Or – et cela m’a interpelé, voire déstabilisé – une nouvelle boîte est au soutien de Voyance, leur 3e plaque sortie le 15 septembre. Il s’agit en effet de l’Italien Brucia Records, dont je vous avais dit quelques mots déjà, à propos d’un autre élément prometteur de son roster : les Biélorusses de Krvvla.

 

Avec Voyance nous est promis « un album titanesquement lourd » (sic). Dois-je bien admettre que, dès les premières éructations vocales de Jakub Witkowski sur "Nourishment", l’ambiance est oppressante, étouffante ! Et cette tension inconfortable est maintenue de bout en bout, au point qu’avaler d’un trait ces 50 minutes prend les traits d’un périple exigeant au cours duquel nos oreilles sont prises d’assaut par ce Blackened/Doomed Post-Metal sans concession. Cette grosse pièce d’architecture, noircie par instant (et par instant seulement) par quelques embardées 100% BM ("Odium", "Abeyance"), est sans l’ombre d’un doute la plus sombre jusque-là proposées par les Polonais, avec une impression finale qui ne m’a pourtant pas complètement emporté.

 

Le riffing et la base rythmique sont à ce point telluriques que le centre de gravité musicale est harnaché très, très proche du sol. Trop proche du sol pour être tout à fait franc. Là où We Dissappear a su s’élever, avec "Raising Barrows" en chef d’œuvre ultime, Voyance est presque prisonnier du flot oppressant qu’il déverse sur nous durant ses 7 titres ! Il manque de la hauteur et des respirations, à l’exception notable du titre "Abeyance" (à partir de la 3e minute). La voix claire et le chant choral présents sur "Fracture" ou "Π" ont quasiment disparu ici ("Sermon"). Le long-format précédent avec des propositions telles que "Тәңірі" ou "Mara" était riche de ses instants hypnotiques, vibrants et pénétrants, qui sont, en comparaison, bien moins présents sur ce Voyance (belle outro "After Demise"). Navigant entre le Post-Black Metal à la Au-Dessus (écoutez donc "Solace"), le Sludge/Doom à la Verdun ("Sermon") et le Post-Hardcore à la Déluge ("Inference"), Hegemone s’est engagé dans un genre dans lequel bien d’autres formations se sont aujourd’hui engouffrées. Et non des moindres (White Ward, Celeste, Downfall of Gaia, RLHT, Rorcal, Underdark, …).

 

Et quant aux idées défendues dans les paroles : « Dieu nous a-t-il créés ou l’avons-nous créé en tant que religion par peur de la mort ? Si Dieu nous a créés, cela signifie-t-il que notre destin est connu et qu’il peut être prédit (par Voyance) ou si nous avons créé Dieu dans nos esprits, cela signifie-t-il que nous contrôlons pleinement notre destin et nos choix ? » On aura connu une identité conceptuelle plus marquée et plus originale…  

 

… Notons malgré tout, en dernier lieu, l’artwork impressionnant, œuvre originale de l’artiste Evokaos, qui est parvenu à coller parfaitement à la rage et à la noirceur injectées par Hegemone dans son dernier méfait.

photo de Seisachtheion
le 14/11/2022

2 COMMENTAIRES

Pingouins

Pingouins le 02/12/2022 à 15:15:42

Sympathique tout ça, et s'il n'y a pas une énormissime influence de Dirge dans leur musique, alors le hasard de la composition rapproche bien les choses.
Parce que même si c'est un poil plus blackisant, le son des Parisiens est super présent je trouve, dès le premier morceau !
Merci pour la chro et la découverte, du coup ! :)

Pingouins

Pingouins le 02/12/2022 à 15:22:31

Bon ok, j'aurais dû dépasser le premier morceau avant de faire un commentaire :D

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