Insolation - A Bug's Revenge

Chronique CD album (24:38)

chronique Insolation - A Bug's Revenge

Juin 2020...Bac Série CAC (CoreAndCo). Epreuve optionnelle de socio-musicologie. Le sujet de cet année: le grunge est-il mort? Vous avez 4 heures.

 

Beaucoup lèveront avec condescendance leurs yeux au ciel avant de faire cracher sur leur copie d’une encre condescendante des affirmations assertives démontrant que ce courant ne résonne plus aujourd’hui comme il a pu résonner dans les années 90, qu’il est dépassé artistiquement, qu’il a perdu de sa fraîcheur originelle, qu’il est incapable de se réinventer, qu’il n’a plus lieu d’être et qu’au mieux, il est redevenu simple rock ou punk classique.

 

D’autres, dont je fais partie, restent persuadés que ce style reste et restera vivant tant qu’il existera des jeunes, trop vieux pour être adolescents mais pas assez pour être des adultes, pour continuer à le faire résonner, pour prolonger de leur verve l’écho de ce big bang musical déjà trentenaire et démontrer que ce style ne souffrira jamais des affres du temps et des modes qui passent.

 

Insolation est ainsi ma, sinon une, preuve vivante que le grunge n’est pas une langue morte. Ce tout jeune groupe de jeunes (20 printemps de moyenne d’âge) franciliens propose avec son premier album, A Bug’s Revenge, une madeleine de Proust pour celui qui a été fier d’avoir les cheveux gras et une chemise à carreaux négligemment portée, Insolation est une DeLorean cradingue qui sent l’adolescence et la sincérité et qui vous fera voyager trente piges en arrière. A une époque où les titres étaient simples mais diablement efficaces, directs, sans faux-semblants, transcription d’une jeunesse désinvolte qui a des choses à exprimer et y met toute son énergie.

 

On retrouve ainsi tous les gimmicks qui ont fait les belles heures du style aux jeans troués: chant éraillé s’appuyant sur des guitares qui tordent et au riffing efficace, section rythmique parfaitement en place, mélange stoechiométrique de mélodies pop et d’énergies punk et de beaucoup d'émotions.

 

Si la partie instrumentale est très classique (mais de qualité, malgré une à-peine-perceptible manque d’assurance parfois du côté des guitares), c’est côté voix qu’Insolation se démarque particulièrement. Carl a une tessiture très originale à la frontière entre Layne Staley d’Alice In Chains et les premières démos de Nirvana quand Kurt Cobain cherchait sa voix. Très nasillarde, plaisamment geignarde, avec l’air qui racle, roule, gratte au fond du larynx. Ca force un peu parfois et certains auront peut être un peu de mal car c’est très typé, pour ma part, c’est le coup de foudre et je pense qu’on est en présence d’un petit vin sympa d'ujourd’hui qui a tout pour devenir un excellent cru demain.

 

Malgré sa jeunesse, Insolation ne manque pas de maturité côté song writing (Intestinct). Aucun morceau n’est plat ou faiblard et si un style global ressort, chaque titre a sa personnalité, sa touche, son âme. Parfois punk fédérateur old-school ("Karōshi") ou plus moderne ("Project Y?"), parfois ballade pop-rock ("Be"), parfois rock lancinant ("Intestinct"), parfois débordant d’émotion non feinte ("Butterfly & Mosquito"), parfois grunge pur jus hyper bien barré ("Chastity Love" dont le refrain me tord littéralement la bidoche), chaque bouchée de cette madeleine est différente mais délicieuse.

 

Côté mixage, pour un album auto-produit à la maison, c’est particulièrement honorable et l’écoute reste agréable avec un petit côté live particulièrement adapté ici. La batterie et la basse sont mixées parfaitement. Cette dernière, mise très en avant, est la parfaite ossature des morceaux, le jeu est un exemple de propreté, il sait se faire inventif et indépendant des guitares (Karōshi) et le son n’aurait pas pu être mieux pour ce style musical. Les guitares, toutes inspirées qu’elles soient, sont parfois un peu “sèches” et manquent de jus mais ce qui pourrait être vu comme un écueil aujourd’hui nous rappelle les premiers Alice In Chains et les bootlegs de nos groupes de Seattle préférés que l’on trouvait chez notre disquaire quand la chance nous souriait.

 

Malgré des influences palpables et un format auto-produit, ce disque déjà plein de maturité et sa patte immédiatement reconnaissable est la promesse d’un bel avenir, un premier pas qui à force d’expériences et de travail pourra se transformer en un beau parcours.J’ai eu un exécrable groupe de grunge dans mes jeunes années, avec un nom ridicule (Elbows'n The Nose). J’aurais été plus que fier à l’époque de sortir un album comme ce Bug’s Revenge. 20 ans plus tard, cet album, c’est ma revanche, celle d’un adolescent boutonneux de 16 ans, un misérable insecte qui rêvait de musique, de devenir comme ses héros qui s’appelaient Kurt, Eddie ou Layne. Cet adolescent était endormi, merci Insolation de l’avoir réveillé en musique. 

 

Pour tous ceux qui souhaitent comme moi faire un petit voyage dans le temps ou se frotter à la nostalgie de ces années 90 qui nous manque tant parfois, foncez, ça vous fera du bien.

 

On aime : la maturité, le song writing, la voix, l’effet nostalgie
On n’aime pas : le son un peu sec des guitares

photo de 8oris
le 22/06/2020

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