Junon - The Shadows Lengthen

Chronique CD album (18:59)

chronique Junon - The Shadows Lengthen

Il est des retours qui sont un peu malheureux (Dream Weapon de Genghis Tron m’ayant laissé un goût amer de come-back plus back que come) et d’autres qui sont plus qu’heureux. Celui de General Lee sous sa nouvelle appellation, Junon, est de ceux-là. Je trépignais d’impatience à l’idée qu’un des groupes français de post-hardcore/sludge les plus intéressants (et les moins reconnus à sa juste valeur) de ces 15 dernières années revienne sur le devant de la scène. Et ce retour s’est fait avec une certaine classe. Car en effet, si le casting est rigoureusement le même que pour General Lee, les 5 amis béthunois ont fait le pari de changer de nom et quelle meilleure façon de se réinventer qu'en commençant par changer de nom?

 

Pour ceux qui se souviennent d’un General Lee qui défouraillait sérieusement dans son registe post-metal/post-hardcore sludgy, Junon, c’est la même chose en beaucoup mais alors beaucoup mieux...Et dans absolument tous ses aspects, toutes ses composantes, le groupe a gagné en efficacité, en modernité, en puissance.

 

Puissance qui, chez Junon, est bivalente, se décline aussi bien dans les passages lourds ("Carcosa") que dans ceux plus aériens (le début de "Bleeding" ou la pré-outro superbe de "March" avec ce lead de guitare aussi simple qu’intense). On a toujours un peu de mal à savoir si c’est mélancolique ou colérique, si c’est frais ou bouillant, si c’est désespéré ou optimiste, si ça brille ou si c’est noir, mais c’est toujours empreint profondemment et à vif. Efficacité avec des morceaux construits finement dans lesquels tout est amené progressivement. Junon prend son temps et nous fait prendre le notre, il nous installe, nous enveloppe. "Carcosa" et son final avec ce gimmick mélodique qui ne cesse de monter harmoniquement un peu à la manière des illusions auditives de Shepard et Risset (pour les curieux, on retrouve cet effet dans la B.O du film Dunkerque): magistral.

 

Efficacité aussi dans les voix car Arnaud a gagné en assise, en modulation, en qualité d’interprétation et de grain avec toujours cette impression de voix qui continue de pousser même accablée dans ses derniers retranchements. Chant clair, screams, tout est exécuté avec une justesse incroyable.

 

Modernité côté mixage parce que le fossé est énorme par rapport à Knives Out Everybody qui date de 2015 et ce, même si c’est toujours Clément Decrock qui s’est fadé le boulot (#blague_de_papa). Une espèce de mélange entre Raiders Of The Evil Eye et Knives Out Everybody, le côté sludgy de l’un et le côté plus hardcore de l’autre avec un mix plus lourd, plus profond avec un joli traitement des fréquences basses qui ne sont jamais sourdes.

Les guitares respirent et sentent bon le tolex brûlant d’un full-stack Orange poussé dans le rouge. La basse est monstrueuse et ne fait jamais la course avec le kick (couplet de "Carcosa"). Et la snare...Rah la snare, mes amis, elle est parfaite. Sombre mais qui conserve suffisamment de claquant. On ajoute à ça un charley à la Neurosis, très devant, très métronomique et c’est l’orgasme auditif style orgie romaine dans les tympans..

 

Junon, c’est la version MILF de General Lee, la belle œuvre de l’âge avançant, l’adolescent énervé remplacé par un adulte qui sait désormais prendre du recul, doser les choses sans pour autant manquer de verve. Alors, oui, c’est un quatre titres de 19 minutes, et 19 minutes, ça passe bien vite, et 19 minutes sans faiblesse, ça passe trop vite et on en veut plus. D’ailleurs, on se le repasse en boucle et en boucle, encore et encore et on s’en fout, parce qu’on sait que cet EP n’est qu’un avant-goût, le trailer de ce qui pourrait être un futur album culte.

 

Mais, au fait, vous allez me dire: pourquoi Junon? Encore un énième groupe qui va nous parler de mythologie ? Quels rapports avec la déesse romaine de la guerre et..euh..du mariage (pas con, les romains!) ? Perdu! Rien de tout ça. Junon tire son nom l’un des corps célestes les plus massifs de la “ceinture principale” (située entre Mars et Jupiter). Tu vois la référence ? Junon, c’est un astéroïde de 2,82×10^19 kg qui parvient malgré sa masse à flotter dans les airs, à s’arracher de la gravité des planètes qui l’entourent pour ne pas être un simple satellite.

 

On aime: tout

On n’aime pas: rien mais on attend l'album de pied ferme pour confirmer l'essai

photo de 8oris
le 26/04/2021

2 COMMENTAIRES

Tookie

Tookie le 26/04/2021 à 10:54:36

J'ai mis le temps à rentrer dedans, mais ça fera partie de mon Top5 de l'année je pense...(au moins en nombre d'écoutes !)
J'vais rien ajouter de plus parce que tu as suffisamment bavé sur cette vingtaine de minutes...

fingal le calédonien

fingal le calédonien le 26/04/2021 à 21:00:08

Découverte de l'année pour moi.
Vraiment vraiment  bien.
Merci pour le partage !

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