Lucy Brown - Lucy Brown

Chronique CD album (43:48)

chronique Lucy Brown - Lucy Brown

 

« Dis Lapin, tu me laisses fouiller dans ta malle à Fusion ? », épisode 34, saison 12

 

Si je vous demande de me lister des groupes parlant la langue de la saturation électrique et ayant adopté pour blaze celui d’une célébrité féminine, vous allez sans doute me parler de Norma Jeane, peut-être de Natalie Portman’s Shaved Head (vous ne connaissiez pas ?), ou éventuellement de Tina Turner Fraiseur. Mais peu de chance que vous évoquiez Lucy Brown. À cela au moins quatre raisons :

1) l’actrice qui porte ce nom n’est pas extrêmement connue

2) quand elle a commencé à exercer, le groupe avait déjà splitté depuis 8 ans

3) la formation américaine dont il est question n’a pas des masses fait parler d’elle, elle non plus

4) vous ne répondez pas aux questions des inconnus en imper' qui proposent des bonbons à la sortie des écoles

 

J’avoue moi-même ne pas savoir qui était cette Lucy qui a évité à ces p’tits gars de Washington DC de s’appeler Funk dat Rock ou Pimp My Fonk. Car j’ai découvert les zigotos relativement récemment. Vous n’aviez pas remarqué qu’il n’avait pas été besoin de chercher jusqu’au fond de la malle pour en extraire cette galette ? C’est qu’elle y a atterri relativement récemment, après que les chanteurs des excellents Slope m’aient parlé de ce groupe obscur, lors de l’interview qu’ils nous avaient accordée à l’occasion du Hellfest 2022.

 

Sur la petite fiche récapitulative que vous pourriez vouloir rédiger sur le groupe pour continuer d’engraisser votre dossier Funk Metal, il faudrait écrire – outre la nationalité et la ville d’origine, déjà mentionnées plus haut :

- [1987, 1994], au niveau de la période d’activité

- 3, au niveau du nombre de sorties

- Megaforce, dans la rubrique référençant la plus grosse structure à les avoir accueillis

Globalement, l’histoire des loustics est assez triste. Leur premier album éponyme, sorti uniquement en vinyle sur une petite structure, n’a eu qu’un relatif succès d’estime. Et quand Megaforce leur donnera leur chance, histoire de surfer sur la vague MTV Fusion, cela se conclura au bout d’un unique album (à nouveau éponyme, cf. celui dont on cause aujourd’hui) suite à des ventes trop peu reluisantes. Un EP prolongera l’agonie 2 ans plus tard (Five Dogs Dead), mais il ne permettra pas de relever la barre, celle-ci s’affaissant même définitivement quand Gene Hawkins – le chanteur – décidera de ne pas renouveler son abonnement à Teen Vogue pour cause d’overdose non bénigne à caractère irrévocable.

 

« Ce manque de succès, dis, il était vraiment mérité ? »

 

Disons qu’il manque en effet un petit quelque-chose à Lucy Brown pour être véritablement passionnant(e !). Pourtant son mélange de Rock, de Funk, de Blues et de Hard fait vraiment bien le taf – même si, il est vrai, avec plus de 30 ans de recul, vous le trouverez peut-être un peu daté. On y entend une Fusion chaude à la Living Colour / Red Hot Chili Peppers, mais traversée d’autres saveurs – un peu de Led Zep, un peu de Lenny Kravitz… Un peu de plein de trucs en fait ! Et c’est franchement pas mal du tout, un peu comme une version 90s d’Ultraphonix. Lucy Brown est ce genre d’album parfait pour une diffusion en fond sonore dans un magasin de vente de vinyles d’occase, pour une fin de matinée dominicale, ou une virée en bagnole direction le bord de mer. Ça s’agite parfois fort de la basse slappée, comme chez Infectious Grooves (ex : « Nobody Home » et « Favorite Waste of Time »). Ça combine Hard et Funk aux petits oignons (« Colorblind »). Ça peut frétiller sacrément fort des ressorts (sur un bon bout de « Roots »). Et ça atteint même des sommets de sex-appeal sur un « Brother » certes assez indolent, mais sortant ses tripes avec savoir-faire et un putain de feeling.

 

En revanche il est rare que la claque administrée laisse la joue rouge vif, et que le carton soit plein. La faute à de petites choses insaisissables – des refrains auxquels il manque un je-ne-sais-quoi, des lignes vocales qui amollissent un peu l’enthousiasme funky, des plans moins inspirés, des choix peu judicieux. Telle cette longue douche Blues anesthésiante qui termine « Nobody Home ». Ou les écrasements de tempo Stoner-friendly qui, plutôt que de créer un contraste judicieux, tuent dans l’œuf l’effervescence des passages « remue-bretelles ». Cette impression de loupé relatif se ressent également à l’écoute d’un « Mold the Truth » qui tente, s’agite, mais rate la cible. Et l’on pourrait citer encore un « Big Sleep » méchamment léthargique, ou un « Rhode Island » trop faiblard pour fermer la marche. Et comme si cela ne suffisait pas, le gros de la matière plombante se concentre en deuxième mi-temps. Pas étonnant, donc, que l’on sorte de Lucy Brown avec une impression assez mitigée.

 

Forcément, vu la quantité de groupes de Funk Metal apparus entre la fin des 80s et le début des 90s, il fallait bien qu’un tri se fasse. Il est donc logique que les approximations affleurant sur Lucy Brown aient fini par être fatales au groupe. Pour autant cet album est de ceux dont on peut extraire plein de choses sympas : il ne faudra donc pas oublier de le sortir au moment de constituer la longue playlist « Bass, Beats & Slap » chargée de vous réchauffer au cœur de l’hiver.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

La chronique, version courte : Living Colour, les Red Hot, Lenny Kravitz, mais également Led Zep : ils sont tous sur Lucy Brown, album typique de la Fusion de la fin des 80s / début des années 90s. Cet agréable mélange de Hard, de Funk, de Blues et de Rock évoque une version sympathiquement sépia d’Ultraphonix… Dommage, donc, qu’il ait manqué à ces Américains ce petit truc qui aurait pu les propulser au même niveau que les références auxquelles ils font parfois penser.

photo de Cglaume
le 03/12/2023

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