Slope - Interview du 23/06/2022

Slope (interview)
 

C'est une excellente surprise que vous ayez rejoint sur le tard l'affiche de cette édition du Hellfest ! Etiez-vous au courant de votre présence sur la « liste d'attente » de la programmation, nourrissant l'espoir secret qu'un Turnstile ou un Madball décommande à la dernière minute ? Ou est-ce que cela a été une surprise pour vous également ?

Fabio : On en a parlé avec Hendrik (NDLR : Czaster), notre booker, qui était en contact avec l'équipe du Hellfest. Et non, il nous a dit ne pas avoir reçu de signaux avant-coureurs lui permettant d'imaginer ce genre de scénario. C'est seulement il y a trois semaines, juste après un show pas très loin d'ici, qu'il nous a annoncé la bonne nouvelle !

Simon : La surprise totale. On a eu du mal à atterrir après avoir appris la nouvelle ! D'autant que nous n'avions jamais participé à un gros festival de toute notre vie...

Fabio : ... Ni en tant que groupe, ni même en tant que festivalier !

Pourtant en Allemagne il y a tellement de festivals !

Simon : C'est vrai, mais jusqu'ici on n'a été programmés que sur de petits festivals Hardcore. Tu connais le Ieperfest ? C'est le plus gros festival à l'affiche duquel on ait été ajouté jusqu'à aujourd'hui. Avec le Hellfest on passe clairement un niveau !

Et non seulement il y a cet ajout de dernière minute assez incroyable, mais en plus au sein de la comm' du Hellfest qui annonçait les changements de programmation vous êtes présentés comme leur Coup de Cœur ! Savez-vous qui, dans l'équipe du festival, a à ce point flashé sur vous ?

Simon : Non, on n'en a aucune idée !

Fabio : Lors de notre dernier concert j'ai parlé avec des gens à... Montembourg ?

Simon : Je n'arrive jamais à me rappeler du nom ! C'est près de Clisson... Montagou ?

Ah : Montaigu ! Pas facile à prononcer pour tout le monde (rire)

Fabio : Les gens rencontrés sur place nous ont dit adorer Slope... puis la seconde d'après ils nous avouaient travailler pour le Hellfest. Il y a moyen que ce soit eux !

Simon : Tu imagines, après notre concert ? On était en mode « Est-ce qu'on est en plein rêve ? Est-ce bien réel ? Est-ce une mauvaise blague ? ... »

Fabio : « … Est-ce que je comprends bien l'Anglais ? »

(rires)

 

Slope est un groupe dont les racines sont Hardcore, mais dont la musique va au-delà. En effet sur Street Heat on peut entendre bien d'autres choses, comme des passages Funk metal, des parties psychédéliques... Il est vrai que par le passé l'Allemagne a fourni quelques très bons groupes de « Crossover » bigarrés, comme H-Blockx, Freaky Fukin Weirdoz ou Monkeys With Tools...

Simon : Oui, je connais ces groupes, même si j'avoue ne pas les avoir beaucoup écoutés...

Fabio : … Très bons les Freaky Fukin Weirdoz !

J'avoue vous voir comme la nouvelle génération de cette Fusion allemande. Est-ce que vous vous voyez également comme faisant partie de cette scène ?

Fabio : Je ne nous vois pas vraiment comme les descendants de ces groupes.

Simon : On est quand même beaucoup plus Hardcore. Ces formations ont en général un background plus franchement Funk, ou Hip-hop, ou Metal. Comme les 24-7 Spyz... Tu vois de qui il s'agit ?

Oui, bien sûr !

On se démarque quand même pas mal de ce genre de groupes car nos racines restent profondément dans le Hardcore/Punk. Aujourd'hui encore cet aspect de notre musique reste le plus important, et on veut que cela reste ainsi. C'est la grosse différence entre ces groupes des 90s et nous.

OK, je comprends. Néanmoins, étant un gros fan de Fusion, je ne vais pas pouvoir m'empêcher de vous demander s'il n'y aurait pas d'autres formations allemandes qui, à votre image, se remettent à faire ce genres de mélanges musicaux incongrus...

Simon : Attends 5 minutes que j'y réfléchisse... Ecoute-là je ne vois pas trop. Mais si tu aimes ce genre de groupes, est-ce que tu as déjà entendu parler de Lucy Brown ?

Fabio : Ils ne sont pas allemands mais sont vraiment très bon !

Simon : Ils ont splitté malheureusement : ils étaient actifs dans les 90s. Mais si tu aimes la bonne Fusion, il faut que tu les écoutes : ils sont incroyables ! Tu trouveras assez facilement leur musique sur Youtube (NDLR : ça se vérifie ici)

Fabio : C'est l'un de nos groupes préférés dans le genre...

 

Merci du conseil. Notre discussion est enregistrée : j'irai vérifier ça lors du dérush ! Pour en revenir à votre musique, quand on vous entend jouer on peut penser aux Beastie Boys, à Rage Against The Machine, à Turnstile, peut-être aussi à Mucky Pup et Biohazard. Est-ce que ces groupes vous ont influencés, et plus globalement quelles sont les formations qui comptent pour vous (… vous parliez de 24-7 Spyz a priori, et j'imagine qu'on peut aussi prendre en compte ceux qui figurent sur les playlists Spotify que vous avez partagées en ligne, comme Scatterbrain par exemple...) ?

Simon : Scatterbrain, oui. Mais pour tout te dire on a découvert ce groupe alors qu'on avait déjà composé Street Heat, donc on ne peut pas franchement en parler comme d'une influence. C'est Jizzy (NDLR : leur ancien guitariste) qui les a dénichés sur Youtube...

Fabio : Dans le groupe, chacun a ses propres influences. Et on essaie de les combiner pour créer notre propre truc. 

Toi alors, Fabio : quels sont les groupes qui te branchent ?

Je suis un gros fan de Hip-Hop. J'écoute du old school surtout : Big L, KRS-One, Tupac... Des vieux albums de Rap anglais. Du vieux Rap français aussi, d'ailleurs.

Simon : On ne comprend rien de ce qu'ils disent mais ça sonne super bien ! (rire) Moi je suis plutôt dans le Grunge. J'adore Alice in Chains. J'adore les vieux Red Hot Chili Peppers...

On retrouve une connexion avec le Funk Metal pour le coup...

Oui c'est vrai, surtout à leurs débuts. Mais dans l'absolu c'est vraiment difficile de mettre le doigts sur quelques influences bien identifiées... On écoute tant de choses différentes ! Par exemple j'adore Pink Floyd, mais je n'ai pas l'impression que cela se retrouve dans notre son...

Fabio : Ou alors vraiment sur quelques rares passages

Simon : C'est vrai qu'on pioche un peu dans tout ce qui nous passe entre les oreilles et nous touche. Par exemple il y a une fois où Chin, notre guitariste, est allé voir Tool en concert. Il en est revenu vraiment impressionné, et l'un de nos titres s'est retrouvé avec un passage très toolien. Il faut plus parler d'une multitude de petites influences en fait... Parmi lesquelles tu peux donc également compter Lucy Brown.

 

OK, très bien, je vois. Et puisque vous avez mentionné Tool, il y a une autre chose que vous avez en commun avec eux, c'est ce côté Prog qui consiste à ne pas franchement baser vos compos sur le schéma classique couplet / refrain / couplet / refrain / solo. De ce point de vue, pour le coup, vous n'êtes pas franchement dans le trip Hardcore - qui se repose souvent sur des structures assez basiques. C'est quelque-chose qui est important pour vous, de ne pas rester dans les clous d'une formule trop conventionnelle ?

Fabio : Pour être honnête on n'en fait pas un principe. On est plutôt du genre à faire ce qui nous plait. Si jamais un titre construit autour de l'enchaînement de couplets et de refrains nous botte, on respectera ce standard. Mais c'est vrai que ça n'arrive pas souvent (rire)

Simon : J'imagine que l'une des raisons qui fait que nos titres sont aussi peu classiques de ce point de vue, c'est que nous n'avons jamais joué de reprises à nos débuts, du coup ça ne nous a pas formattés. Initialement on n'avait aucune idée de comment composer un morceau. Notre approche c'était plutôt « Allez hop, on choppe une guitare et une batterie, et c'est parti ! ». Aucun de nous ne savait vraiment jouer d'un instrument. C'est pour ça qu'on s'est mis au Hardcore / Punk (rire). On était vraiment super nuls quand on a commencé...

Fabio : Avant Slope on avait juste monté un petit projet sans lendemain avec lequel on avait réussi à sortir un titre de 3 minutes... Tu n'imagines pas à quel point c'était nuuuul !!

Simon : Atroce.

Fabio : On était au top des groupes les plus pourris du monde (rire)

Simon : On a toujours de vieux enregistrements vidéo de ce titre. Je l'ai regardé à nouveau il y a quelques semaines, et je n’arrêtais pas de me dire « Mais qu'est-ce que c'est que cette merde !!?? » (rire). Alors que nous à l'époque on était à fond !

Fabio : « Ouaiiiis, c'est trop booon !! »

(rires)

Cela veut dire qu'on ne retrouvera pas cet enregistrement en bonus sur le prochain album ? (rire)

Simon : Oh ça non ! Ce serait une très mauvaise idée (rire)

 

On parlait de la structure de vos titres qui est en général très éloignée des standards Hardcore. Mais il en va de même sur le plan visuel : de votre pochette jusqu’aux clips, on est loin des codes du genre ! Pas de gros durs tatoués dans la rue, mais au contraire une approche très artistique, voire expérimentale.

Fabio : C’est Simon et Philipp (NDLR : Jeske, a.k.a. Jizzy), notre guitariste, qui s’occupent de la plupart de nos vidéos. C’est impressionnant de voir à quel point ils rentrent dans les détails et rédigent de véritables scripts pour chaque seconde de celles-ci ! Ce sont eux qui sont responsables de cette sophistication extrême !

Vous avez un pied dans le monde du cinéma en plus de votre participation au groupe ?

Simon : Non, non, aucun de nous deux. C’est juste que nous allions ensemble à l’école quand nous étions jeunes. Et à l’époque notre truc c’était d’inventer des jeux. On en avait inventé un par exemple qui s’appelait Monster Island...

Fabio : Un super jeu, plutôt de type familial, dont les parties pouvaient durer jusqu’à 10 heures !

Simon : ... Et dans ce cadre on a peint à la main des centaines de monstres différents ! On avait également inventé un jeu qui s'appelait Mafia… Enfin bref : depuis toujours on a cette habitude de s'investir à fond sur des sujets créatifs, et on n’a pas peur d’y passer du temps. C'est donc logiquement qu'on a reproduit ce schéma quand il a été question de réaliser des vidéos. Du moins pour toute la partie créative, puisqu’on délègue toute la partie technique, qu'on ne maîtrise pas.

Et le rendu est particulièrement impressionnant ! On n’a pas forcément l’habitude qu’un jeune groupe qui ne bénéficie pas du support financier d’un gros label puisse proposer des vidéos aussi léchées…

Simon : Le secret c’est qu’on a beaucoup bossé dessus. Et que Toni (NDLR : Grunert), le boss de BDHW, notre label, sait se servir d’une caméra et connait bien tous les aspects techniques autour de la réalisation d’une vidéo. Du coup Jizzy et moi on bosse les scripts, on vient voir Toni et le reste du groupe avec nos idées sous le bras, puis on passe des week-ends, à raison de 12 heures par jours, pour transformer tout ça en vidéos.

Fabio : Dans celle d'« I’m Fine » par exemple, trois fois de suite tu vois des sortes de pièces colorées, très rapidement à chaque fois – en gros deux secondes pour chacune d'entre elles. Eh bien il faut t’imaginer que chacune de ces fameuses pièces nous a demandé 6 heures de boulot…

Simon : … Rien que pour les monter et les décorer

Fabio : 18 heures pour 6 secondes : quand on te dit que c’est du boulot !

Je suppose que c’est pour rentabiliser ce genre de gros investissements en temps que vous avez réutilisé les décors de la chambre qu’on voit dans la vidéo de « Purple Me » pour celle de « Fluid » ?

Bien vu ! On a voulu utiliser la vidéo de « Fluid » comme un résumé de tout Street Heat. C’était donc d’autant plus pertinent de réutiliser ces décors.

 

Partout où j’ai pu lire des chroniques de votre premier album – que ce soit dans la presse ou sur internet – je n’ai vu que des louanges, Slope étant souvent présenté comme « The Next Big Thing ». Par ailleurs vous êtes à présent invités sur de gros festivals – en tant que petits favoris de certains, donc. Tout cela doit commencer à attirer les gros labels, non ?

Simon : Pas pour le moment à vrai dire.

Fabio : De toutes façons actuellement on est à 100% concentrés sur les concerts.

Simon : On ne pense qu’à ça, à en faire le plus possible. C’était affreux ces derniers mois d’avoir cet album fraîchement sorti et de ne pas pouvoir le défendre live !

 

J’ai cru comprendre que certains des morceaux de Street Heat datent de 2017. Sachant cela, et au vu du temps supplémentaire que le confinement a pu apporter à l’exercice de l’écriture, on peut imaginer que vous avez peut-être déjà de nouveaux morceaux pour le petit prochain ?

Simon : Oui, on a déjà quelques titres de prêts. Ce n’est pas encore suffisant pour un album digne de ce nom, mais on est toujours en cours de composition.

Il n’y aura pas d’EP intermédiaire ? Ce sera donc directement une suite longue durée ?

Simon : A vrai dire on n’est pas encore vraiment sûr…

Fabio : En fait on pourrait se permettre de livrer un EP. Le problème ce n’est pas la quantité : c’est qu’on juge que la qualité n’est pas tout à fait suffisante pour justifier une sortie dans l’immédiat.

Donc pas de date, pas de plan bien établi… Mais un titre peut-être ?

Simon : Non non (rire). Le titre c’est encore une autre histoire ! C’est toujours un processus long et compliqué avant qu’on arrive à se mettre d’accord sur ce sujet !

Fabio : Si on devait commencer à parler de ça maintenant, avec les cinq membres du groupe réunis dans la même pièce, on en aurait facile jusqu’à samedi prochain !

 

OK, merci beaucoup à vous deux. Avant de vous quitter je vais vous donner un petit conseil qui pourra peut-être vous servir en France : si jamais vous voyez quelqu’un insérer un A entre le S et le L de votre nom, méfiez-vous : ça change énormément le sens du logo (rire) (NDLR : on leur donne la traduction en allemand)

Simon : Vraiment ?

Fabio : Noooon !!??

Il valait mieux que quelqu'un de bien intentionné vous prévienne en amont !

(rires)

 

photo de Cglaume
le 09/12/2022

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