Melting Blood - Tu Error Ajeno

Chronique CD album (49:50)

chronique Melting Blood - Tu Error Ajeno

Quand Melting Blood est venu se présenter à la porte de CoreAndCo, il lui a suffi de quelques mots et fragments de phrases judicieusement choisis pour passer le contrôle strict effectué à l'entrée par les molosses que Pidji – le maître des lieux – a recruté afin de faire le tri et décider qui rentre ou pas dans ce club très select. 

 

« Désolé petit, mais je crois que ça ne va pas être possib... » 

« […] croisement du métal (sic) de la funk et du rock […] La fusion des styles, le groove, les mélodies et les textes chantés en espagnol […] son 1er album Tu Error Ajeno »

« Bon allez, ok: tu rentres »

 

C'est que les termes utilisés par la formation toulousaine ont automatiquement fait ressurgir du fond de la mémoire de Lapinović (oui, Pidji recrute la plupart de ses videurs à l'est) le doux souvenir de O'Funk'illo, et que dans un pur réflexe pavlovien celui-ci lui a ouvert la porte – occultant pour l'occasion quelques menus détails qui auraient dû lui mettre la puce à l'oreille, tel ce disgracieux accent aigu qui vient balafrer le terme « Metal » (…vous ne faîtes pas dans la sidérurgie pourtant Messieurs!).

 

D'ailleurs, dès le vestiaire, un manque certain de tenue a failli être fatal aux Toulousains. Parce que quand on arrive de nulle part (c'est une image: Toulouse est une ville très sympa), on soigne ses tout premiers pas dans l'oreille de l'auditeur. Et on évite donc de se prendre les pieds dans le tapis. Or le package promo qui nous a été envoyé place en tête de tracklist « De Vuelta » (... alors que si l'on en croit Amazon, Deezer et autres hauts-lieux de consommation musicale débridée, c'est normalement le morceau-titre qui est censé ouvrir les hostilités). Et les premières secondes de celui-ci – animées par une batterie flottante, simplette, limite laborieuse, vite rejointe par « mon premier riff Metal pour les Nuls » – donnent l'impression qu'on va assister à une répète du groupe de Rock à Manu qui-va-peut-être-animer-la-première-partie-de-la-fête-de-l'école. 

 

… On a jeté l'éponge d'entrée de jeu pour moins que ça!

 

Mais sur CoreAndCo on est persévérants. Et puis allez: les bougres citent Incubus, les Red HotJamiroquai et encore RATM dans les groupes qui les branchent. Il y a donc peut-être moyen de s'entendre malgré tout.

 

Et c'est vrai que ça slappe drôlement de la basse par moment sur Tu Error Ajeno. La prod', sans forcer sur les chromes ni la testostérone, a le mérite d'être aérée et de bien laisser entendre tout ce qui se passe. Et puis une gratte aux accents parfois rondement funky tire un sympathique file d'Ariane de morceau en morceau. Alors certes, comme l'indique assez clairement la pochette de l'album – plus mignonne que marquante – on s'aperçoit vite que l'on n'est là ni à Hollywood, ni sur une Main Stage du Hellfest. Le groupe évolue plutôt dans la même division qu'un Cool Cavemen (excellent groupe au demeurant), quoique quelques rangs plus bas dans le classement. Pour autant on apprécie certains morceaux au mordant et à l'énergie plus protubérants que chez leurs voisins de tracklist. Comme « Mi Adiccion », qui alterne poussées Metal sympa avec un Rock qui swingue, et s'autorise même des accents bluesy. Comme « El Descanso del Guerrero », plus tendu, plus convainquant, qui joue ponctuellement la carte du delay pour apporter un peu de profondeur. Ou encore comme « Detalles », plus fin, plus chaud, plus Prog aussi, qui est placé en dernière position sur le promo reçu (mais pas sur la tracklist officielle), et constitue un chouette dernier tour de piste, judicieusement agrémenté d'un passage à castagnettes, histoire de bien affirmer une dernière fois son ancrage ibérique – presque exclusivement marqué par le chant de Victor, sinon. On citera encore « Agente Naranja » qui déverse du défoliant avec d'occasionnels faux airs de FFF, et – ah, quand même! – O'Funk'illo. Dommage néanmoins que le propos soit un peu dilué sur la longueur.

 

Mais en dehors de ces quelques morceaux qui sortent un peu du lot, c'est moins folichon. On sent que les gars se font plaisir, en dégainant quelques plans funky et en faisant ronronner la basse (tiens, sur « Esclavos »)... Mais même si les ingrédients sont là, il manque clairement quelque-chose. Un « El Muro » par exemple semble avoir le potentiel, et s'avère assez sympa (c’est le qualificatif qui revient le plus souvent, non?). Mais au bout du compte le morceau retombe à plat, et sent fort la seconde zone. C'est encore plus gênant avec « Tu Error Ajeno », dont on attend beaucoup en tant que morceau-titre, mais qui ne décolle jamais vraiment, et peine à séduire.

 

Pas non plus de raisons valables de tirer à boulets rouges sur Tu Error Ajeno. Avec un apéro Chorizo & Sangria, l'album fournit un fond sonore nickel, léger, croustillant, ambiance « Les Copains d’abord à Pampelune ». Le problème c'est que 2019 a été une cuvée exceptionnelle pour la Fusion hexagonale (cf. SchrodingerTrapped in FreedomDr. EggsZe Gran Zeft...), et que Melting Blood souffre clairement de la comparaison avec ses pairs. On espère quand même que le groupe ne se laissera pas dissuader par les propos parfois peu amènes de cette chronique, et qu'il saura faire fructifier son capital sympathie (encore une fois, oui) jusqu’à atteindre les standards qualitatifs de la scène actuelle à l'occasion d'une sortie qu'on accueillera alors avec un plaisir non feint.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

La chronique, version courte: de la Fusion Funk/Metal/Rock pleine d’accents d’Outre-Pyrénées… Ça vous fait penser à O’Funk’illo, pas vrai? C’est plein de ce type d’a priori positifs que l’on s’est lancé dans l’écoute de Tu Error Ajeno, avant de réaliser que l’on avait placé la barre des attentes carrément trop haut. Ce premier album est sympa, mais encore un peu maladroit par moment. A laisser mûrir en barrique encore quelques petites années. 

 

photo de Cglaume
le 14/01/2020

2 COMMENTAIRES

pidji

pidji le 14/01/2020 à 08:38:04

à l'est de quoi ? :D

cglaume

cglaume le 14/01/2020 à 09:00:06

À l'est du rideau de fer, là où on cautérise les plaies à l'alcool de pommes de terre :D

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