Molassess - Through the Hollow

Chronique CD album (01:04:53)

chronique Molassess - Through the Hollow

The Devil's Blood, c'était un peu ce groupe misant sur le revival du heavy rock/metal occulte des 70's qui équivalait à Ghost au cours de la fin des années 2000 / débuts 2010 en terme d'accueil au sein de la scène metallique. Génial pour les uns, charlatans pour les autres sans qu'il n'y ait rien au véritablement au milieu. Pas de demi-mesure, de la même manière que le personnage de Selim Lemouchi qui n'y allait pas par le dos de la cuillère vis-à-vis de son œuvre musical tant son côté « Petit dictateur plus exigeant tu crèves » a pas meublé les frasques plus people des sites de news metalliques. Pour preuve : quoi de plus radical pour dissoudre une entité qu'en se donnant la mort ? C'est ainsi qu'en 2014, il emportait le démon avec lui vers l'au-delà, laissant derrière lui trois albums autant adulés que méprisés selon la sensibilité de chacun... Et surtout sa frangine, Farida Lemouchi, qui officiait au micro au sein du combo, un autre pilier très fort de l'identité The Devil's Blood.

 

Il lui a fallu du temps d'ailleurs pour digérer cette tragédie vu que son nom n'est réapparu que l'année dernière, de manière plus que confidentielle, au sein d'un EP estampillé du sceau Molasses. Pour mieux revenir cette année sous la forme de Molassess – petite modification pour de simples questions de droits – avec un vrai album long format sous le bras. Là encore de manière plutôt confidentielle, une volonté des plus louables de la part de Farida, épaulée par quelques ex-membres du groupe live de The Devil's Blood, tant la volonté ici est de tout reconstruire en repartant de zéro. Hors de question ici de jouer sur une communication pompeuse ramenant trop au passé donc.

 

Et ce, même si ce Through The Hollow se conclue par un « The Devil Lives », présentant une version finalisée du dernier titre exploitable trouvé dans les fonds de tiroir de Selim. Un titre ramenant directement et fidèlement à l'entité The Devil's Blood. Farida nous lâche ça comme un ultime cadeau à se mettre sous la dent. Mais également pour elle-même, pour sa propre reconstruction personnelle tout en symbolique. On boucle ainsi la boucle et l'on referme ici une bonne fois pour toute le chapitre The Devil's Blood pour en commencer un nouveau. Molassess donc. Le démon est mort, définitivement donc mais ça ne l'empêche nullement d'être présent d'une certaine manière. C'est qu'après tout, il a toujours été une question de sang et Farida n'en reste pas moins Lemouchi. Et quoique l'on puisse penser de The Devil's Blood, il faut reconnaître qu'il y avait dans ce duo fraternel tumultueux une véritable sincérité dans la démarche. Le fait d'explorer des contrées occultes et psychédéliques, dans la lignée des premiers Black Sabbath et consort, résultait d'une véritable philosophie de vie, de pensées et de croyances. C'est ainsi que l'on peut lire sur les récentes interviews de Farida données pour promouvoir Through The Hollow qu'elle était intimement persuadée que son frère était toujours plus ou moins là, à ses côtés, veillant sur elle. D'où le fait que le démon vive toujours, d'une certaine manière.

 

Et cela se transparaît sans surprise sur le reste de cet album. C'est que Molassess a beau essayer d'écrire une page neuve, il ne tire pas un trait radical de son passé au point de se reconvertir pour faire un album de disco. C'est ainsi que l'on retrouve cette base heavy rock/metal à portée occulte et psychédélique. Ainsi que la voix caractéristique de Farida et le côté véritablement possédé de son interprétation. Le deuil a été long pour elle mais il semble qu'elle soit parvenue à trouver un certain équilibre dans cette nouvelle façon de travailler et enregistrer sans son frère. Bref, une part de l'ADN est là. Mais là où Molassess réussit son pari haut la main, c'est que par-delà de ces bases identitaire communes, il parvient malgré tout à s'en extirper. Détaché de l'emprise autoritaire et dictatorial de Selim, chaque membre du groupe a loisir de montrer au grand jour certains aspects de ses influences. C'est ainsi que les rythmiques du titre éponyme ramèneront davantage au prog', comme si on ajoutait des atmosphères cérémoniels et rituels à l'Opeth que l'on connaît aujourd'hui. « Formless Hands » se la joue délicieusement jazzy. Tandis que « Death Is » nous montre ce que pourrait être un groupe comme Blues Pills s'il lorgnait vers le black metal. Et globalement, la partie atmosphérique est d'autant plus appuyée ici, avec plus de finesse et richesse (la fin de « Tunnel »). Bref, au sein de Through The Hollow, il y a eu tout un tas de très bonnes idées qui font mouche et c'est un véritable plaisir de constater que l'on part bien au-delà d'une simple resucée d'un The Devil's Blood 2.0. Et de montrer une bonne fois pour toute que le talent de ce dernier ne se jouait finalement pas forcément en la seule présence de Selim.

 

Au contraire, on découvre ici une nouvelle incarnation qui assume autant son héritage qu'il assume ses différences. Molassess sait se montrer aussi obsédant et hypnotique que The Devil's Blood en terme de rock psychédélique. Mais il demeure comme un goût de différent malgré tout. Plus atmosphérique et varié dans ses influences, il s'en dégage quelque chose de délicieusement rafraîchissant. Le démon est mort certes. Mais la mélasse qui s'est écoulée de son cadavre est là et se révèle au moins aussi talentueuse. En espérant que la finalité de ce nouveau chapitre se révèle moins tragique que le précédent !

photo de Margoth
le 17/12/2020

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