Moon Tooth - Phototroph

Chronique CD album (42:22)

chronique Moon Tooth - Phototroph

Ils ont une approche bien à eux de la musique, un chanteur qui n’a pas copié-collé ses cordes vocales sur un modèle en vogue, un Master en tubologie (ou diplôme équivalent – je ne me suis toujours pas remis de « Ebb​/​Flow », et encore moins de l’énorme « Awe At All Angles »), une personnalité bien trempée, et une aptitude indéniable à provoquer la sympathie. Sans compter que cette bande de potes a réussi à rester soudée depuis que le groupe s’est créé, il y a 10 ans de cela. On n’est pas à Jeopardy, donc on ne vous demandera pas « Je suis… Je suis… ? » – d’autant que la réponse clignote en gros et en gras au-dessus de la « question », bande d’assistés – n’empêche : si cette énumération à elle seule ne peut suffire à trouver à coup sûr les Américains de Moon Tooth, elle garantit néanmoins que les réponses pertinentes seront d’un intérêt majeur pour nos oreilles. Et ce n’est pas Phototroph, leur 3e album, qui fera mentir ce postulat.

 

Alors c'est vrai, « Phototroph » a la particularité de se dire de manière identique aussi bien en l’état qu’en verlan, pour peu que la chose soit prononcée par un dyslexique. Et oui, cette constatation est parfaitement débile, raison pour laquelle il était impensable de ne pas la formuler ici. Hop, comme dirait Achille. Pour relever un peu le niveau après cette blagounette affligeante, on (surnom usuel de Wikipedia) précisera que la phototrophie est la caractéristique des organismes vivants qui tirent leur énergie à partir de la lumière – la photosynthèse n’étant que l’un des moyens de mettre en œuvre la chose. Ceci explique en partie le choix de la pochette ci-dessus, tout comme le ton des nouveaux morceaux qui restent toujours positifs, même quand les sujets abordés pousseraient naturellement à faire la gueule. Apparemment le groupe a décidé qu'en 2022 sa boussole serait invariablement orientée vers la lumière. Je sais, c’est beau comme la conclusion d’une homélie dans une église New Age… D’ailleurs, tiens : fais tourner les space-hosties Danny !

 

Vous aviez aimé Crux et les précédentes sorties de Moon Tooth ? Alors avec Phototroph préparez-vous à faire à nouveau bonne chère ! Car si le groupe s’est un peu éloigné de l’approche « moderne » du Metal saccadé 2.0 pour un supplément de gras Rock’n’Roll, il n’a pas non plus foncièrement altéré sa patte si personnelle. Si l’on devait évoquer ces quarante nouvelles minutes via une comparaison à l’emporte-pièce, on pourrait dire qu’on a cette fois l’impression d’écouter un hommage au Rock couillu (celui de Clutch, mais aussi celui, plus Grunge, de Soundgarden – les 20 premières secondes de « I Revere » donnent l’impression d’avoir zappé sur « Black Hole Sun ») un hommage au Rock couillu, disais-je, rendu par une bande d’anciens modern-progueux à présent assagis (pensez Protest The Hero en position du lotus). Et le résultat est vachement mieux que ce que cette description pourrait laisser penser. Pour vous en convaincre écoutez donc « I Revere » et sa guitare solaire, « Alpha Howl » qui serait loin devant sur le podium si un refrain raplapla ne lui avait pas fait perdre un peu de sa superbe (putain c’est rageant cet accès de tiédeur au beau milieu d’une débauche de génie !!), « The Conduit » qui appuie sur la pédale de la saturation pour nous gratouiller expertement les extrémités, ou « Nymphaeaceae » qui dévale les descentes, virevolte dans les virages et chevauche un Thrash’n’Roll vif et décidé avant de grimper tout en haut d’un refrain depuis lequel on admire un large horizon plein de promesses.

 

C’est beau, c’est grand, c’est frais comme un verre de Cabarnet d’Anjou et une coupelle d’olives vertes sur une petite place ombragée, face à la vallée.

 

Evidemment, un Crom-Cruach ronchon vous dira que c’est bien joli tout ça, mais ça manque de sueur. Voire que ça schlingue les décibels proprets pour cadres-bobos ayant découvert le Metal au terme d'une enfance passée à ingurgiter du Phil Collins et du U2 sur la banquette arrière de la berline familiale. Ça serait vil de sa part, peut-être pas entièrement mal vu… Mais ça éclipserait une vérité que certains ne veulent pas entendre : on peut avoir une culture Prog/Pop/Rock, les ongles propres, manger bio, et pourtant faire des merveilles dans un genre qui n’a pas systématiquement besoin de sentir la vieille huile de vidange pour donner ce qu’il a de meilleur. Par contre, c'est vrai : on regrettera quelques moments moins forts, comme un « Grip On The Ridge » quelque peu hésitant et semblant se confondre en excuses, ainsi qu’un « Carry Me Home » initialement bien sous tous rapports, mais se transformant finalement en un brouet générique aux nuances de rose bien trop radio-friendly (notamment sur son dernier quart).

 

Les quelques réserves ci-dessus m’interdisent d’attribuer à Phototroph une note qui lui assurerait dès à présent une place de choix dans le futur Top 2022. Pour autant cela n'empêche pas celui-ci de fournir un nombre conséquent de morceaux pour un hypothétique best-of qui, même s’il se contentait de compiler des échantillons des 3 sorties et demie figurant dès aujourd’hui dans la disco’ du groupe, n’aurait déjà que du tube qualité premium à proposer. On restera donc sur l'impression suivante : « Le poids des Moon, le choc des Phototroph » serait un slogan réactualisé des plus appropriés si l’on devait décrire façon ticket chic-formule choc l’entrée des New-Yorkais dans leur deuxième décennie…

 

 

PS : j’allais oublier : le son de ce 3e album est une fois de plus énorme. N’importe quelle fripouille bossant derrière des vitrines regorgeant de matos HiFi vous passerait l’un de ces 11 morceaux dans des enceintes miteuses, je vous parie un billet qu'elle réussirait à vous convaincre que sa camelote est le top du top. Ce genre de détail me laisse d’habitude assez froid, mais c’est tellement criant ici que ça va mieux en le disant...

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

La chronique, version courte: avec Phototroph, l'élève Moon Tooth livre un troisième bulletin de notes quasi-irréprochable. Ce dernier s'est recentré sur un son plus « Metal & Rock », nouvelle approche qui donne l’impression d'écouter un Protest The Hero zen reprenant du Clutch et du Soundgarden. A noter que cette comparaison méchamment lacunaire occulte la singularité et l’accroche de ces 11 nouveaux morceaux qu'on se réinjecte dans nos intimités auriculaires plus souvent qu'initialement planifié... Un signe qui ne trompe pas!

photo de Cglaume
le 13/05/2022

8 COMMENTAIRES

Tookie

Tookie le 13/05/2022 à 08:35:21

Haha ! Je ne sais pas si je suis de bonne humeur ou si c'est parce que j'aime bien ce groupe que je n'écoute pas assez souvent (et découvre avec plaisir cette sortie dont je n'avais pas vraiment eu vent).
Bref, excellent article qui m'a bien fait marrer !

cglaume

cglaume le 13/05/2022 à 09:20:09

On n'écoute jamais assez souvent Moon Tooth !!
Sinon merci pour les mots gentils :D 

Dams

Dams le 13/05/2022 à 15:46:26

Une bien sympathique découverte !

cglaume

cglaume le 13/05/2022 à 16:40:29

Cool si ça te plaît :)

noideaforid

noideaforid le 20/05/2022 à 17:09:35

Excellent cru encore une fois. Par contre, le chanteur se tait jamais... On dirait ma mère. 

cglaume

cglaume le 20/05/2022 à 19:20:34

Ce pur commentaire de fête des mères 🤣

noideaforid

noideaforid le 24/05/2022 à 16:10:59

😀 mais tu ne trouves pas qu'il est un peu bavard par moment? Que ça coupe un peu le côté instrumental ?

cglaume

cglaume le 24/05/2022 à 19:00:55

Pour être honnête ça ne m’a pas dérangé plus que ça…

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