Moon Tooth - Crux

Chronique CD album (43:42)

chronique Moon Tooth - Crux

En 2013, grâce au volume 10 de la (regrettée?) compilation Combat Nasal, je découvrais des étoiles plein les yeux les Américains de Moon Tooth, auteurs d'un très bon premier EP intitulé Freaks. Leur créneau était un peu à part, entre Hard US, Metal moderne flirtant avec le registre du TDEP le plus Pop, et un Prog burné mais racé à la Nevermore / Scale The Summit. Pas un cocktail allant de soi, donc, et pourtant aussi brillamment équilibré que sacrément bandant. Trois ans après sortait Chromaparagon, premier album longue durée qui n'a pas fait plus de bruit que ça par chez nous – j'ai moi-même loupé le coche, honte au lapin! – mais qui a toujours été incroyablement bien réceptionné partout où il a su se laisser écouter. Alors malgré ma minable impasse, l'arrivée cette année de Crux – deuxième album sorti en mars sur une petite structure indépendante, mais à présent repris en main par Pure Noise Records – était l'occasion ou jamais de demander à la luuuuu-u-neuh, si elle voulait encore de moi, de lui présenter mes excuuu-u-seuh, pour qu'elle n'ait plus de dent contre moi!

 

… « Comment salir un superbe album avec 30 secondes d'Indochine et une rime à chier », fin de la première leçon.

 

Sur ce nouvel opus à la magnifique pochette, la classe, le velouté et la force que le groupe manifestait déjà il y a 6 ans de cela demeurent intacts. Et même mieux que ça: ceux-ci se retrouvent renforcés par un son monstrueux qui réussit à être organique et sensuel malgré l'indéniable touche « modern » de la musique (Machine – qui a bossé pour Lamb of God, Every Time I Die, King Crimson et Clutch – et Mark Morton de Lamb of God ont mis la main à cette onctueuse pâte). Le chant de John Carbone est toujours aussi incroyable, d'autant qu'il s'enrichit cette fois d'occasionnelles intonations « soul » qui, dans les moments les plus chaleureusement Rock, m'ont rappelé de loin en loin Ultraphonix. Rock donc, Moon Tooth sait l'être, tantôt en y injectant une grosse dose de feeling (cf. « Motionless in the Sky », le début de « Crux »), tantôt en se prenant pour un Metallica période Black Album (« Thumb Spike »), tantôt en y ajoutant une pesanteur presque Stoner (« Musketters »), ou tantôt en adoptant une approche rythmique légèrement décalée qui laisse percer des influences plus Metal 2.0 (« Rythme and Roar »).

 

Mais ce gros son (Pensez « force et velours »: on a l'impression d'être le jouet d'un gros lion qui pourrait nous décoller la tête d'un coup de patte, mais qui se contente de nous faire ressentir sa force avec bienveillance) ce gros son, disais-je, et cette approche très personnelle placent définitivement les Américains dans une sphère à part, comparable à celles des Nevermore, The Erkonauts et autres Tanertill. Ceux-ci flottent donc loin au-dessus de la masse, irradiant l'auditeur envoûté d'une lumière toute personnelle. Entre souplesse et tension, l'album dévoile progressivement ses trésors disséminés avec régularité tout au long des onze morceaux, de la séance de Trampoline Rock « Trust » – qui cache en sa 2e moitié un break extra-terrestre enrichi de cuivres complètement improbables – jusqu'au nouveau tube de cette fin d'année, « Awe At All Angles », qui mêle accroche profonde et intelligence mélodique rare – bordel, quel guitariste ce Nick! Le voyage nous fait également passer par un « Through Ash » immersif, plus nuancé, plus intime, par « Musketeers » qui offre de superbes mélodies s'entortillant en grésillantes piquées, ou encore par « Omega Days », plein d'élégants décalages et de pics grandioses. Ainsi que par plein d'autres bien sûr, pas moins méritants.

 

Pour que Crux tende plus asymptotiquement vers la perfection, peut-être aurait-il fallu que « Thorns » soit un peu plus dense (il pâtit un peu de la comparaison avec ses compagnons de tracklist), et que la fin d'album soit moins sur une pente descendante – le morceau-titre a un peu de mal à rendre complètement cohérent le mélange de ses élans les plus délicats avec les grosses frappes métalliques modernes de sa deuxième moitié. Et puis « Raise a Light » n'est pas franchement le coup d'éclat que l'on était en droit d'attendre pour conclure l'aventure. M'enfin cela ne suffira pas à me faire évoquer les « dents de l'amer » au moment de livrer mon impression finale sur ce 2e album de Moon Tooth. Tout juste cela l'éloignera-t-il un peu du sommet de notre top de fin d'année. Car on reste avant tout ébloui par autant d'intelligence et de feeling, et l'on espère de tout cœur qu'un plus large public va se saisir de cette petite merveille, afin de donner enfin au groupe le succès et la visibilité qu'il mérite. Allez: passez-vous les clips de « Awe At All Angles » et « Trust », et laissez-vous convaincre!

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

La chronique, version courte: en 2013 on avait déjà craqué sur Freaks. Donc oui, on savait que le mélange Prog / Rock / Metal moderne de Moon Tooth est particulièrement personnel, intelligent et sexy. Et Crux continue en plein dans cette logique en proposant onze titres de force, de classe et de feeling purs. C'est typiquement le genre d'album à offrir à un pote: on est sûr de lui faire plaisir.

photo de Cglaume
le 04/12/2019

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