Mordred - The Dark Parade

Chronique CD album (03:25)

chronique Mordred - The Dark Parade

Faites un expérience: placez un vieux fan de Fusion en présence de The Dark Parade. En moins de temps qu'il n'en faut pour dire "basse slappée" les loupiotes de son tableau de bord mental vont se mettre à clignoter joyeusement, tandis que tous les indicateurs vont s’y coincer l’aiguille dans le vert… Et il y a de quoi :

  • ça faisait quand même 27 ans que – s'il est constitué normalement (il est fan de Fusion ou bien?) – le pépère attendait une suite à The Next Room
  • cette pochette mazette… Avouez qu’elle en jette salement ! A l’époque où le fouineur metalophile que j’étais achetait encore des CDs d’occase au seul jugé de leur pochette (tiens : Stop The Madness de The Spudmonsters par exemple), l’objet aurait certainement fini dans mon panier
  • et puis ce titre aussi : Parade / Carnival… Dark / Coal (= « charbon », voyons)… Si si, il y a ici un petit côté « Entrez le carnaval, joignez-vous la fête » qui titille fort cette corde inconsciente – tout là-bas, au fond du cerveau – qui reste profondément attachée à ces doux souvenirs franco-nawakophones de la fin du précédent millénaire

 

Et bonheur: ces a priori délicieux se prolongent une fois chaussé l’album dans le lecteur. Car ce riff scintillant, plein d’emphase et de réverb, qui démarre « Demonic #7 » : honnêtement il ne lui manque que la sirène pour rappeler l’entame de « Falling Away ». La pression y monte dans les mêmes proportions, pour finalement aboutir sur un riff rêchement Thrash et astucieusement relevé de scratches… Tout comme sur le titre de 1991, eh oui ! Et si vous doutiez encore de la filiation, Scott Holderby se charge de bien vous mettre les points sur les i : « We aaaaall faaaaall dooooown from heeeell ». « Down », pas « Away ». N’empêche : on ne nous la fait pas à nous ! Et le festival du Metal festif et métissé de continuer plus fort que jamais sur un morceau titre qui dégaine cuivres et rythmique de joyeuse sarabande, à un point tel qu’on se met à chercher la mention du featuring des membres de Diablo Swing Orchestra dans le livret…

 

Mais il est grand temps de dé-waltdisneyser cette chronique. Car si tout ce qui est écrit ci-dessus est vrai et bien vrai, l’ambiance idyllique de ces propos n’est rendue possible que grâce à quelques coupables omissions. Pour commencer, rappelez-vous : le grand retour de Mordred, c’était en fait l’année dernière. Et l’EP Volition qui matérialisait ce comeback nous avait laissés mi-figue mi-chagrin. Le groupe aurait-il depuis pratiqué un salutaire RAZ afin de repartir d’un meilleur pied ? Plus ou moins… Car les reproches d’alors restent en partie valables un an après. Pour commencer le chant de Scott, s’il s’avère tout à fait délectable sur un « Dented Lies » ou sur le refrain de « Malignancy », continue à d’autres moments à nous picoter plutôt qu’à nous chatouiller. Sur « I Am Charlie » par exemple, où il déblatère plus qu’il ne chante. Alors certes, ceci participe à la personnalité du groupe, mais cette participation a un peu trop en commun avec la contribution de Joey Belladonna à la « patte Anthrax » (vous aurez compris que je ne suis qu’à moitié convaincu par le grand chef indien). Autre sujet qui fait débat : les scratches de « Pause ». S’ils défoncent objectivement sur le « solo » qui lui est accordé au sein de « Malignacy » (délectez-vous de cette excellent sorties de refrain à 2:06), ils semblent parfois moins affirmés, voire plus hasardeux (cf. le début de « Demonic #7 », les lourdingues « Why Do You Do This ? » sur « I Am Charlie », et la série un peu artificielle, à 2:35 sur « Smash Goes The Bottle », dont la finesse rappelle cette fois encore le « Born Dead » de Body Count). Enfin, à l’image des deux vrais nouveaux titres de l’EP (je mets l’expérimentation Trap à part), un certain nombre de morceaux de The Dark Parade sont loin d'être au niveau de nos attentes… Ainsi « All Eyes on the Prize » fait le taf, mais sans vraiment briller (on pourrait même dire qu’il est assez terne). Le morne « Dragging For Bodies », lui, file carrément le bourdon, et s’avère assez typique de cette tendance du groupe à développer des mélodies à la dynamique plutôt descendante. Quant à « I Am Charlie » (qu’on aurait voulu aimer, vu la thématique abordée, et le sample initial du regretté Charb), malgré des riffs typés Anthrax, il nous laisse la morne impression d’un morceau laborieux et maladroit…

 

M'enfin vous savez comme moi que la présence de défauts objectifs n’empêche pas un cerveau humain de se focaliser uniquement sur ce qui l’intéresse. Et la douce nostalgie du vieux fan ainsi que le plaisir de retrouver le groupe après cette looooongue absence contribuent – sans doute pour beaucoup – à laisser une relativement bonne impression de ce 4e album. Car bon sang : « Malignancy » est quand même un putain de bon morceau, fort d’un refrain planant qui contraste idéalement avec de bonnes petites accélérations Thrash et l’intervention particulièrement inspirée du grand maître des platines (la chose est déjà évoquée quelques lignes plus haut). Même plaisir sur « The Dark Parade » qui, bien que sombre, donne envie de se mêler aux loustics peu fréquentables de la pochette. Les amateurs de bons gros riffs à la ZZ Top aimeront également la façon dont l’album se termine – même si l’intention initiale était plutôt de rendre hommage à Thin Lizzy. Quant à « Dented Lives », voilà une belle petite tranche d’intelligence thrashy dont les riffs tranchants et les chœurs éthérés contribuent à accentuer la profondeur du propos.

 

Bref, Jordan et Maureen ne seront peut-être pas d’accord – bon sang, qu’ils retournent plutôt écouter Fever 333 ! – mais nous autres vous recommandons chaudement The Dark Parade, avec ses quelques défauts et – surtout – ses nombreuses qualités.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

La chronique, version courte: oui, ok, ok, The Dark Parade aurait été un retour plus flamboyant avec un chanteur plus mélodique et possédant plus de coffre que le Scott Holderby de 2021. On aurait également aimé que « I Am Charlie » et « Dragging For Bodies » soient plus convaincants – voire carrément remplacés par « The Baronnes », et pourquoi pas « What Are We Coming To », pour la touche expérimentale. Mais en l’état, on ne boude pas notre plaisir, et on espère bien que Mordred ne s’arrêtera pas à ce 4e album !

 

 

photo de Cglaume
le 16/07/2021

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