Morrow - The Quiet Earth

Chronique CD album (43:31)

chronique Morrow - The Quiet Earth

Maître Cromy tenait en son break un adage : « J'avais dit pas de néo » !

 

Et bien cette fois, l'adage tombe à l'eau, parce que The Quiet Earth, troisième album de Morrow, tombe tout à fait sous le joug de cette dénomination de neo. Neocrust, certes, mais neo quand même. Désolé Cromy.

 

En même temps, le groupe annonçait la couleur sur ses réseaux : l'album à venir serait dans la veine de Fall Of Efrafa, Ekkaia et Drei Affen. De quoi faire saliver un tantinet l'amateur ou l'amatrice de ce genre de conneries, ce qui est tout à fait mon cas, puisque je pense que la musique (dans son ensemble, en temps que concept) aurait pu être arrêtée après qu'Ekkaia sorte Demasiado Tarde Para Pedir Perdon. Mais bref. Revenons à nos crusties du jour.

 

Morrow, c'est l'une des créatures dans lesquelles chante Alex CF (Fall Of Efrafa, Archivist, Light Bearer, Carnist, un Anopheli qui ne m'avait pas marqué plus que ça, un Wreathe qui est encore dans les tiroirs...), même si, de ce qu'on m'en a dit sans que je ne puisse le vérifier, la plupart des titres seraient ici composés par le batteur David Robinson (qui est aussi dans Carnist mais a aussi fréquenté Devil Sold His Soul). On imagine en tout cas sans peine qu'il s'agit d'une oeuvre collective.

 

Parlons donc de la batterie. Si à « crust » on associe généralement assez facilement « d-beat », ce n'est ici qu'à partir de la troisième minute du second morceau (c'est-à-dire après presque déjà dix minutes d'avancée à travers la musique du groupe) que ce type de rythmique fait son entrée, entrecroisée avec des emballements plus proches de ce qu'on trouverait justement chez Drei Affen, avant de s'installer un peu plus dans la durée.

On se trouve donc sur du crust qui ne se cantonne pas au poutchapoupoutcha en 4/4 bête et méchant, (il me semble distinguer au moins du 5/4 assez vite) et ça virevolte, on ne reste pas bien longtemps sur les mêmes riffs et les mêmes plans, ce qui m'a du coup par endroits fait penser à Alpinist qu'on aurait mixé avec les autres influences revendiquées. Et ça c'est cool.

 

Les morceaux sont en général assez longs (même si on se souvient d'Elil de Fall Of Efrafa dans le genre), ce qui laisse de la marge pour développer pas mal de progression dans cet album et au sein même des différentes pistes (la fin de « Totemic », par exemple, peut rappeler l'album sus-cité).

 

On retrouve par exemple une intro acoustique sur plusieurs morceaux, bien qu'elles soient variées : si elle est un peu lambda sur l'ouverture « Rejoice This Quiet Earth » avant que la voix typique d'Alex vient nous chatouiller les tympans (accompagné de la première des nombreuses voix guests présentes sur cet album), elle est plus minimaliste sur « Totemic » pour finalement être écrasée par un riff sludge/post-hardcore au tempo beaucoup plus lent, et encore différente avec cette voix hurlée sur « To The Fold ». Sans parler de l'interlude « A Right In Rest », qui intègre du spoken word à sa guitare folk. Bref, c'est varié.

 

Et cette variation sert la narration. Car sur The Quiet Earth comme sur les précédents albums, Morrow (sous la plume d'Alex CF) raconte l'histoire des Norr. En très gros (allez lire les paroles des disques si vous voulez suivre l'histoire), tout ça se passe au cinquième millénaire, des milliers d'années après la chute de la civilisation industrielle, et la Terre s'est remise du carnage écologique et climatique. Les Norr, c'est l'une des peuplades qui vivent encore en ces temps là. Mais c'est pas toujours facile, il y a des problèmes avec d'autres, et c'est là qu'intervient cette histoire.

 

Cette narration est servie par de nombreux éléments : la longueur des morceaux qui permet la progression dont on parlait plus haut, la variété des éléments acoustiques, l'intégration assez classique d'un violon qui fait vite percevoir la dimension du conte, de l'épique, du fantastique, mais aussi un léger détail consistant en la présence de « quelques » invité·e·s derrière le micro.

Voyez plutôt : 'ahem' (**éclaircissement de gorge**)

 

  • Anna - Archivist // Thurm // Nessel

  • Elsa - Drei Affen // Like weeds // OsoLuna

  • Alex - Habak // Morir Sonando

  • Carl - His Hero Is Gone // Syndromes // Dimlaia

  • Adam D - Omnigone // Link 80

  • Howard - Parthalon

  • Ian - Phantom Hymn // The Makai

  • James – Autarch

  • Keir - Whelm // Phalanx

  • Hanna - Socialstyrelsen // Sorghymn

  • Brijit et Daniel - Rot/woven

  • Natalie - Wildspeaker

  • Franzi - Malatesta

  • Elizabeth - la maman d'Alex

 

Et il est aussi possible qu'il y ait Victoria de chez Ura / Hyena dans un coin (elle était présente sur Covenant of Teeth), mais vu la quantité, j'avoue ne pas en être sûr et certain. Vous pourrez donc égayer vos longues soirées de printemps à tenter de repérer qui chante où. Je pensais avoir identifié Alex de chez Habak (groupe emocrust de Tijuana que j'aime beaucoup) sur « Totemic », bien que l'apparition au tiers du dernier morceau me mette le doute.

 

Donc pour résumer, en gros bref : l'ambiance sur The Quiet Earth est absolument typique ce toute cette scène crust « à l'anglaise » qui a l'air d'essaimer autour d'Alex CF, bien qu'il ne soit absolument pas le seul artisan de tout ça, on dirait qu'une belle bande et aux manettes derrière ce foisonnement. Mais si vous aviez tendance à aimer les groupes dans lesquels il apparaît, cela devrait se reproduire ici. Et l'apport de nombreuses voix, qui aurait pu être un peu hasardeux du fait du côté potentiellement un peu instable d'un micro à l'autre, est finalement un vrai plus, qui plus est bien mixé, qui peut donner l'impression de jeu de réponses. Ce qui, donc, s'intègre bien dans cette idée de faire un récit à travers la musique.

 

The Quiet Earth, au final, me semble un poil plus catchy que le précédent effort de Morrow, mais il reste à mon goût un petit poil en-dessous de leur premier opus Covenant of Teeth. Il m'a personnellement fallu quatre ou cinq écoutes pour vraiment rentrer dedans, et j'y suis parvenu notamment grâce un déclic produit par un excellent « To The Fold » où l'on ressent effectivement des accents à la Drei Affen assez marqués, une « ibèrisation de la scène neocrust anglaise » donc, pour faire semblant d'y paner quelque chose en termes d'influences entrecroisées. Bon, ok, ce n'était pas bien difficile d'arriver à cette conclusion : comme on le disait beaucoup plus haut, c'était annoncé.

 

Je le rangerai donc dans ma catégorie personnelle en tant que neocrust à l'anglaise à placer à mi-chemin de Owsla et Elil de Fall Of Efrafa, avec des accents emoviolence à la Drei Affen et des effluves postcore dans les ralentissements (ce riff bien placé aux deux tiers de « Fugue Plague » par exemple). Et une fois rangé, je le ressortirai pour le réécouter, parce qu'au final, et bien il est très bon.

 

A écouter pour les stages de survie pour les quelques millénaires à venir.

photo de Pingouins
le 20/04/2022

6 COMMENTAIRES

Crom-Cruach

Crom-Cruach le 20/04/2022 à 21:20:18

Nan mais j'écoute du Néo. Mais du bon, genre Agrimonia. Là clairement, c'est du bon Néo. Car la différence entre le bon Néo et le mauvais Néo, c'est comme la différence entre la bonne bière et la mauvaise bière. Tu vois où bien ?

Tookie

Tookie le 21/04/2022 à 07:44:52

Je n'aurais jamais cru être amené à écrire cela d'un album / groupe dont l'étiquette contient le terme crust, mais...j'adore ! C'est peut-être l'apposition de l'adjectif "néo" qui m'a poussé à attaquer l'album avec un peu plus de "bienveillance" (ou le nom d'un des labels) mais c'est excellent pour toutes les raisons que tu as énoncé. 

Pingouins

Pingouins le 21/04/2022 à 11:11:41

Crom : oui je sais ahah, je reprenais un de tes commentaires sur je ne sais plus quelle chronique.

Tookie : heureux d'avoir contribué à la rehabilitation du crust !

Freaks

Freaks le 21/04/2022 à 14:46:14

Du très bel ouvrage, avec des forces vocales en présence qui amènent vraiment de la diversité et de la gouaille. Légère préférence pour celui-ci par rapport à fallows qui était bcp moins énervé.

Tookie, si tu aimes Morrow va voir du côté de Fall of Efrafa, si bien sûr tu connais pas déjà.. Suis quasi sûr que ça va te parler ;) 

Tookie

Tookie le 21/04/2022 à 18:18:40

(Fall of Efrafa a quelques albums dans ma discothèque ;))

Freaks

Freaks le 21/04/2022 à 19:56:31

Voilaaaaa! Ça c'est une réponse qu'on aime à lire :p

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