Nightfall - Athenian Echoes

Chronique CD album (48:12)

chronique Nightfall - Athenian Echoes

Fin 1995. Kev Adams bavait encore sur les pages de Petit Ours Brun dans Pomme d’Api. Au même moment le lapin jaune qui monologue en ces pages perdait son pucelage métallique en assistant à son premier concert de musique joufflue. C’était à quelques encablures de Noël, au Bateau Ivre, à Tours. L’affiche du soir? Nightfall, accompagné de Misanthrope en première partie. Les Français défendaient leur 2e album, 1666… Theatre Bizarre, tandis que les Grecs faisaient de même avec leur 3e sortie longue durée, Athenian Echoes. Là, comme ça vous ne vous étonnerez pas si vous croyez discerner quelques chevrotements nostalgiques dans les lignes qui suivent…

 

Je vous parle d’un temps, donc, où le label Holy Records, bien que balbutiant, brillait de mille feux. Une époque où, outre les 2 groupes évoqués quelques lignes plus haut, sortaient les premiers Septic Flesh, Orphaned Land et On Thorns I Lay. Ainsi que les galops d'essai d'Elend et Godsend – pour ceux qui aiment autre chose que les gros bras musclés. Et pour les Grecs de la nuit tombée, Athenian Echoes constituait l'apogée d’une discographie qui, par la suite,  ne retrouvera plus jamais la même superbe. Car après des débuts Doom/Death/Black b[r]ouillonnant – et avant des élucubrations gothico-discutables – la bande d’Efthimis Karadimas semblait avoir trouvé un équilibre artistique certes instable, mais franchement délectable.

 

Ah ça on sent comme un tiraillement sur cet album situé à la croisée d’un Death/Black furieux, d’un Doom dandy, d’un Death atmosphérique orientalisant et d’un Heavy/Goth particulièrement dansant. D’ailleurs les lignes de chant reflètent bien cette schizophrénie, celles-ci alternant entre growls acides (shrieks profonds?), raclages de pharynx à la Martin Van Drunen (…dirons-nous) et complaintes « dark bobo » emperlousées. Mais plutôt que d’hésiter balourdement entre l’un et l’autre de ces styles, c’est sans complexe que le groupe se plaît à balancer une louche de l’un, une pelletée de l’autre, l’utilisation de nappes de clavier unifiant l’ensemble quelque-part entre la péninsule arabique et le soleil du nord-est africain. Et le résultat est affolant de fraîcheur et d’audace (non seulement pour l’époque, mais aujourd’hui encore). D’ailleurs on ne serait pas étonné qu’un « I'm a Daemond » ait pas mis la puce à l’oreille de Melechesh, ou que ce soit l'accès de violence grandiloquente, aux 2 tiers d’« Armada », qui ait ouvert les yeux à Nile (d’autant que, faut-il le rappeler, George Kollias – qui officiera dans Nightfall en 1999 – rejoindra plus tard les Américains).

 

Le paradis des contrastes, la rencontre des tornades du désert et du rafraîchissant glouglou des oasis, du tranchant du cimeterre et de la douceur d'un nombril parfumé au safran: voilà qui résume bien Athenian Echoes. Car si « Aye Azure » distribue du blast et crache une haine à la harissa avec la virulence d’un panda déchaîné, « Armada » embraye sur un clavier à la « Cosmic Sea » (Death), puis sur un tempo irrésistible et une gouaille Rock’n’Roll qui donnent envie de hurler des « Ouh Yeah! » virils. Notez par ailleurs que vous êtes ici en présence d’un vrai tube. Mais les brusques changements de température ne s’arrêtent pas là, et « Ishtar » de nous emmener à dos de dromadaire dans des souks luxuriants, alternant chevauchées énergiques (yihaaaaaa!, à 1:28), trips ethno (muezzin, danse du ventre et opium sur les 4e et 5e minutes) et tourbillons Death/Black atmo chaleureux. Par contre, hic, « The Vineyard » verse dans le Goth/Doom dégoulinant, ce qui – au vu de nos goûts tranchés – place une première écharde dans la note finale.

 

Côté face B, après un démarrage minimalisto-bobo un peu pénible, « I'm a Daemond » déchaîne un Black majestueux qui terrasse sans pitié l’amateur des Sisters of Mercy égaré en ces lieux. Puis virage dans un sublime Death mélancolico-atmosphérique sur « Iris », où l’on croirait presque entendre un Opeth ou un Katatonia old school aux pieds brûlés par le sable. Tube what-the-fuck par excellence, « My Red, Red Moon » démarre par un solo d’harmonium déroulé sur fond de beat Hip-Hop, avant de partir dans une chaude coulée de Goth Metal irrésistiblement dansant. Du coup on regrette un peu que « Monuments of Its Own Magnificence » nous finisse à coups de langueurs esthétiques désabusés qui, par moments, rappellent ce même travers un peu lourdingue qui entachait parfois à la marge le Sublime Dementia de Loudblast. Deuxième écharde.

 

Alors oui, le son de cet album est relativement vieillot, et la batterie semble parfois un poil synthétique. Oui, quelques pleurnicheries gotico-doomesques noircissent le tableau. Sauf que cet album avant-gardiste n’a quasiment rien perdu de son impact 24 ans après, et qu’il est sans doute l’un de ces opus cultes qui ont influencé dans l’ombre une tripotée des démons du désert qui s’activent de nos jours dans le Death des dunes ou le Black des pyramides. Et puis nom d’une pipe, Athenian Echoes contient 50% de gros tubes – titres auxquels peuvent sans mal prétendre « Armada », « Ishtar » , « Iris » et « My Red, Red Moon »... Alors refrénez donc ce mouvement de recul causé par les sorties ultérieures commises par le groupe, et offrez-vous une escapade dans Athènes à la tombée de la nuit. Vous verrez: il y a des chances que vous deveniez accro' Paul !

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

La chronique, version courte: Si la sortie du Sahara d'Orphaned Land constitue sans doute l'année 0 de la scène Metal extrême oriental, l'année 1 fut marquée par celle d'Athenian Echoes, album de toutes les audaces qui mêle Death, Black, Doom, Rock et gotheries dansantes sous le soleil du Moyen-Orient. Pas sûr qu'un Melechesh ou un Nile ait jamais existé sans ce superbe 3e album de Nightfall!

photo de Cglaume
le 29/09/2019

3 COMMENTAIRES

Xuaterc

Xuaterc le 30/09/2019 à 10:22:28

Moi, j'aime bien le côté Heavy de Lesbian Show

cglaume

cglaume le 30/09/2019 à 11:27:28

Ne sont ce pas plutôt les brûlantes hormones du Xuxu ado d'époque qui ont craqué devant la thématique de l'album d'après ? :P

Xuaterc

Xuaterc le 30/09/2019 à 18:36:42

Ah, tout se suite, la réputation...

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