Oddland - Vermilion

Chronique CD album (38:52)

chronique Oddland - Vermilion

Rien de tel que de s'essayer à l'exercice de la chronique musicale pour faire dégonfler les plus boursouflés des Mr JeSaisTout qui pensent avoir tout vu, tout entendu, et tout connaître. Remarquez il existe peut-être de véritables encyclopédies sur pattes qui ont tout goûté, tout cartographié de leurs genres de prédilection. Si c'est le cas une chose est sûre : je ne fais pas partie de cette drôle d'engeance omnisciente. Car une fois de plus, en vérifiant le contenu de ma bannette gmail et commençant à ouvrir le paquet promotionnel empaquetant Vermilion, j'ai péché par excès de confiance en me disant « Tiens, des p'tits nouveaux qui n'en veulent ! ». Car, vous pensez bien, un groupe dont le nouvel album « est censé s'adresser aux fans de Tool, Leprous, Pain Of Salvation & Faith No More », s'il avait des kilomètres au compteur, j'aurais forcément déjà croisé sa route ! Du moins était-ce ce que je pensais du haut de mon impudente assurance. Or, une fois de plus, il s'agit en fait là d'une formation aguerrie, qui a quasi 20 ans d'expérience, dont le premier album est sorti chez Century Media, qui a bossé avec Dan Swanö et Daniel Bergstrand, et dont l'actualité est occupée par la sortie d'un 3e album.

 

… J'en connais un qui a dû faire beaucoup de micro-comas ces dernières années !

 

« C'est vrai Votre Honneur, mon client est parfois un peu présomptueux. Mais cette fois, à sa décharge, il faut prendre en compte le fait qu'il n'est pas franchement fan ni de Tool ni de Pain of Salvation – qu'à vrai dire il connait surtout de réputation. Et puis honnêtement, vous avez écouté ce fameux Vermilion ? Osez soutenir qu'il y a vraiment du Patton là-dedans ! »

 

Si on reconnaitra que ce rouge album finnois possède par bien des aspects – notamment cinq premiers morceaux qui s'enchaînent en une unique pièce de 26 minutes – une dimension indéniablement épique, rien à voir avec le tube FNMien. Non, cette œuvre toute de délicates attentions et de tensions rythmico-émotionnelles est plutôt à ranger dans la case « Modern Prog », au sein de ce club de moins en moins fermé des « gendres idéaux » talentueux au sein duquel on trouve effectivement Leprous, mais aussi Vola ou Haken pour ne citer qu'eux. De ce point de vue « Vermilion part 1 : Arrival » joue parfaitement son rôle de carte de visite. Pulsation délicate de piano qui s'étoffe progressivement pour se retrouver bientôt accompagnée d'une basse et d'une batterie subtilement Djent'n'Jazz, l'intro continue les présentations en ralliant ensuite à sa cause un saxo langoureux, puis des orchestrations classes, quoique sans excès d'emphase. On est clairement dans la sophistication mesurée et de bon goût, dans les épanchements sombres mais solidement campés sur une rythmique aux aguets... Bref le cocktail champ' / biscotos musculeux promet du lourd !

 

Et ce ne sont pas les épices moyen-orientales qui ouvrent longuement « Vermilion part 1 : Below » qui changent durablement la tonalité de l'album. En effet celles-ci ne font que convoquer au cocktail le Orphaned Land Prog'n'Folk coaché par Steven Wilson, tout de subtiles déhanchés et de sombres présages mi-gruntés mi-gémis en chant clair. De là le buffet voit défiler sans discontinuer les mets les plus raffinés, servis par des musiciens au toucher de velours, mais qui pour autant savent tailler sévèrement dans la bidoche quand cela est nécessaire – mais dans ce mode tranchant, froid et désarticulé typique du Djent, je préfère vous prévenir sachant que certains sont hermétiques à cette pourtant riche télégraphie. La tonalité générale de l'album s'avère plutôt sombre et pessimiste, mais pas uniquement, ce qui offre de nombreuses occasions d'observer de magnifiques clairs-obscurs lors desquels des rayons victorieux percent des ténèbres pas si inéluctables que cela.

 

L'inconvénient de cette dynamique d'album qui voit ses pistes se fondre les unes dans les autres en un long mouvement continu, ainsi que de l'extrême homogénéité de ton, c'est qu'on a du mal à distinguer les titres et à distribuer les bons points à tel ou tel favori (… même si, allez, on citera quand même « Vermilion Pt. 4 - Feed The Void » et son refrain poignant, mais aussi « Vermilion Pt. 5 - Emancipator » qui, entre autres faits d'arme, ouvre une superbe et profonde tranchée à la guitare vers 4:33). Notable exception à cette règle uniformisatrice, « Unity » offre un grand final nettement au-dessus du lot en terme d'envergure et d'accroche, cette apothéose conclusive laissant sur une inévitable impression de « Whouawh, putain, ah ouais quand même ! » qui pèse au moment de se confectionner une impression globale de l'album, et d'attribuer une note, qu'on arrondira donc à un 8/10 au final bien mérité.

 

Un album délicieux, donc, ciblant un public clairement circonscrit amateur de belles œuvres se dégustant avec plus d'à propos dans les salons feutrés que dans les garages crados.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

La chronique, version courte: un cocktail sombre et classe de tout ce qui fait l'attrait de Leprous, Vola, Haken et même parfois Orphaned Land, ça vous dit ? Si votre cœur aime pulser au rythme des saccades d'un Djent aussi mesuré que velouté, et saigner lors de grands élans poignants transcendés en de puissants clairs-obscurs, il y a peu de chances que Vermilion, le 3e album des finnois de Oddland, vous laisse de marbre.

photo de Cglaume
le 05/08/2022

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