Pig Destroyer - Prowler In The Yard

Chronique CD album (36:43)

chronique Pig Destroyer - Prowler In The Yard

Aujourd'hui, il est dimanche. Comme tout dimanche qui se respecte, il est l'heure de revêtir nos plus beaux apparats et habits repassés pour le traditionnel repas de famille : dentelles et boutons de manchette bien en place, cols de veston bien repliés, on oublie pas les ourlets, et surtout une taille de barbe (ou de cheveux) bien dégagée derrière les oreilles. Mais alors BIEN dégagée derrière les oreilles : que plus rien ne reste dans l'espace qui sert d'intermédiaire entre les deux conduits auditifs, parce que ce dimanche, ce sont les petits cousins de Pig Destroyer qui sont aux fourneaux et, comme dans tout bon repas de famille qui se vaut, il y a des sujets à éviter. Mieux vaut donc bien se vider la tête avant d'arriver, pour éviter de se retrouver à esquiver les conversations avec tonton Bobby et Tatie Francine en accumulant verre de pif sur digestif bas de gamme.

 

Le vidage de tête préventif, c'est donc Pig Destroyer qui s'en chargent, pour un plat du jour chargé en bidoche (voir la photo du menu sur la pochette). Lorsqu'ils se lèvent au début du repas, en bout de tabl,e pour porter un toast avant de commencer, c'est à Jennifer qu'ils s'adressent, droit dans les yeux, la langue déjà fichée dans les globes oculaires. « Jennifer », c'est donc l'intro de Prowler in the Yard, cet album qui, mine de rien, est devenu un peu légendaire dans le merveilleux monde du grindcore. Je ne vous cache pas que l'histoire de Jennifer n'a que peu de chances de bien se terminer.

 

Le repas (la sortie du disque, ndt) a lieu le 24 juillet 2001, c'est-à-dire quelques jours à peine après le fameux G8 de Gênes et la mort de Carlo Giuliani, tué par une balle dans la tête par un policier. Ca n'a rien à voir, excepté le fait que Pig Destroyer aurait dû à l'origine s'appeler Cop Killer et que les dates correspondent. Bref, voilà, faites ce que vous voulez de cette information. De toute façon, les raccourcis gratos, on est un peu là pour les empiler dans ce genre de réunion de famille.

 

'fin bref, Prowler, c'est une grosse demi-heure de finesse que l'on qualifiera de « terroir », emmêlée dans les boyaux du grindcore, à patauger dans un fluide rougeâtre plutôt punk et à fricoter avec des abats divers et variés.

Pas strictement grind donc, les gourmets pourront hurler à la faute de goût, quand bien même un certain nombre d'ingrédients de la recette sont bien présents dans l'élaboration de la grosse vingtaine de tapas présents sur la galette : des morceaux très courts, du gros blast avec un son de caisse claire typiquement très sec et mis en avant (et je dois dire que j'adore les petits coups de baguettes ou les mini-breaks de « Trojan Whore » en terme de batterie), des riffs qui tâchent plus rouge croûté que rouge croûté, et malgré tout un groove sans équivoque qui fait qu'on y revient avec gourmandise.

 

Côté voix, on est peut-être plus proche du hardcore ou du crust que du gros grind où l'on a parfois l'impression que le but principal est de manger ses propres dents. Alors attention, on a quand même droit à du bien bas du front proche du gruik gruik saturé, mais (MAIS!) on distingue tout de même des lignes vocales. C'est fou tout de même.

 

Mine de rien, les cordes font un gros travail de groove dans les mélodies rythmiques, la batterie ne se cantonne pas du tout au blast et vient chercher pas mal de mouvements complètement dégueulasses (dans le bon sens du terme) entre ces fameux coups de caisse claire, les morceaux proposent tous de nombreux changements de riffs et de plans.... Bref, ce n'est pas aussi simple qu'il y paraît au premier abord. S'il y a bien un côté bête et méchant et « tiens, si j'essayais de casser un caillou avec un autre caillou », comme on le disait, ce n'est pas du trve grind : des parties quasi d-beat (« Naked Trees »), un esprit très punk dans la rythmique qui va chercher du côté du hardcore.

 

On ne s'attardera pas sur les paroles parce qu'il s'agit typiquement du genre de disques où ça ne m'intéresse pas une demi-seconde, tout comme la plupart des discussions de ces fameux repas de famille. Et tant pis pour l'intérêt littéraire du découpage de membres à la cuillère élimée à l'aide d'un dentier du siècle dernier retrouvé dans une jarre à glaviots balancée par le rade de derrière la gare du coin après avoir cherché un endroit où poser ses remontées acides de mauvaises bières de supermarché cheapos.

Je me complais dans mon ignorance, dans ce genre de cas. En plus, j'ai déjà pris mon petit déjeuner, café et tartines, merci. Et même du jus de fruit pour faire les choses bien. On n'a pas besoin de tout savoir, dans la vie. Je me servirai du livret pour caler la table, et ça ira très bien.

 

Bref. Ce truc est sorti il y a plus d'une vingtaine d'années maintenant. Y'a de grandes chances que vous l'ayez déjà entendu si vous fricotez avec ce genre de conneries. Si ce n'est pas le cas, c'est quand même un album à s'envoyer au moins une fois, au même titre que Terrifyer. De mon côté, je me le renvoie toujours de temps en temps, et ça me fait plaisir. Il faut un peu virer les traces de moisi sur les côtés (pas facile de se conserver pendant 20 ans), mais dessous, ça goûte tout pareil, un peu comme la confiture.

C'est rarement le genre de moment où je me sens proche de gagner un prix nobel ou même de me souvenir d'où j'ai bien pu foutre mes clés de bagnole (voire d'où elle est garée), mais c'est en général la bonne ambiance. Sauf quand il y a du monde autour.

 

Et j'avoue qu'en proposant « finesse et poésie » comme description stylistique ici, j'espérais secrètement attirer deux trois personnes (au moins) qui n'auraient pas connaissance des affreux loulous de Pig Destroyer en arrivant au banquet.

Parce que c'est quand même difficile à expliquer à celles et ceux qui n'ont pas été invité-e-s à la grande table du grindcore : « ouais j'écoute Pig Destroyer et j'aime bien, parce que.... euh bah... pafpafpafpafpafpafpafpaf Gruiiiiiiiiiii pafpafpafpoutchaGRUIIpoupoutchpafpgruigruipaf, ça m'inspire et ça me rend de bonne humeur. Et ça, en ce moment, c'est important ».

 

En fait non, je reviens sur ce que j'ai dis : c'est facile à expliquer. Par contre c'est pas évident à comprendre.

 

Ils pourraient faire des efforts, quand même.

 

A écouter avec un bavoir efficace et sans avoir peur de l'indigestion. Une fois lancé, ça passe tout seul. Même vingt ans plus tard.

photo de Pingouins
le 15/05/2022

2 COMMENTAIRES

el gep

el gep le 17/05/2022 à 15:44:53

Eh-hé, cool la chro oldiiiie!

Pingouins

Pingouins le 17/05/2022 à 16:16:07

Coeur avec du gras <3

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