Selenites - Animaltar

Selenites - "Animaltar"
chronique Selenites - Animaltar

Le chrono est en route, il me reste moins de deux heures pour vous parler du nouvel album de Selenites. A grands renforts de propos ramassés, je pourrais tirer trois ou quatre traits marquants de cet Animaltar. Sauf que la double plaque de cire avoisine les 54 minutes et 19 secondes ! Pourtant, l’urgence est là, il est impératif que je vous parle dans les meilleures délais de cette sortie.

 

D’abord, il y’a cette densité presque palpable dans chaque note délivrée. Le temps, eux, ils le prennent, ils le chérissent.  Si le silence n’a pas de place pour cet album, c’est la lente progression vers l’ultime qui est choisie. Ils auraient pu choisir comme d’aucuns des morceaux à rallonge, à tiroirs, pour brouiller les pistes. Ils ont le culot de prendre la direction attendue. Est-ce pour cela un album sans surprise ?

 

Dès les premiers accords, on plonge dans les effluves déversés par Dirge, Danishmendt et Celeste sur leurs derniers efforts. Le propos est sombre. Papa Neurosis n’est pas loin, il veille en toute mansuétude sur sa couvée. Et les hurlements déments du chanteur n’y changent rien. La différence, c’est la rouille. On imagine bien Animaltar comme bande-son pour un film qui a pour décor principal un entrepôt désaffecté, installé le long d’un port qui a pu connaître une époque florissante. Sous le désert humain, la houle se veut de plus en plus forte, les vagues lèchent les parois du bâtiment et la corrosion le mange petit à petit. Dans les temps forts, elle régurgite son trop-plein d’acier sous forme d’un puzzle perpétuellement inachevé. Décor pour toutes les rêveries pourvu qu’elles ne soient pas optimistes. Comme le temps est une des données principales (ces langueurs !), l’album s’écoute d’une traite.

 

Sélénite serait le nom que l’on attribue aux habitants supposés de la lune. C’est pourtant à Toulouse que l’on retrouve le quintet qui se veut avant tout apatride. Ils chantent dans trois langues, une musique si intense bouscule les frontières quelles que soient les formes empruntées. « I’m the One » résume à lui seul cet état de fait, accentué par la collaboration de trois labels qui distribuent l’œuvre, Ruin Your Fun pour la Belgique, Moment Of Collapse chez les teutons et Maximum Douglas Records pour l’hexagone.

 

Alors oui, l’album est sans surprise, il y a bien un chant en français, et l’une ou l’autre plage plus -ambiante-. Entre les émotions sombres sublimées par les extrapolations flangées, tendues et distorées, le propos est rude, le son, lourd. On retrouve surtout cette envie de digression, de progression pour chaque titre sans que cela sonne pompeux, nous ne sommes pas dans le classic-rock ici, m’voyez ! On navigue ici davantage entre les ondes à l’instar de Dirge sur son dernier album, ce qui fait de cet Animaltar un disque maître dans le genre. Sans les intonations Black pour le chant, bien senties, on pourrait rapprocher cet album de l’énorme Grief is my new moniker des Revok. La France du son se porte bien, merci pour elle.
Chrono éteint. 27 secondes.

photo de Eric D-Toorop
le 01/12/2011

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