Sentence - Everywhere

Chronique CD album (55:51)

chronique Sentence - Everywhere

La fiche technique était alléchante. Des influences puisées du côté de Death, Cynic ou encore The Faceless. Un guitariste – Guillaume Pingard – qui s’est fait un petit nom dans l’hexagone, et dont mon collègue Eric vous a parlé avec enthousiasme (ici). Un enregistrement et un mix réalisés au White Wasteland Studio (la 2e maison de 6:33, chez Emanuel Rousseau… copaiiiiing’!), suivi d’un mastering au Hertz Studio (… et sans surprise: gros son). Tout ça sentait donc bon la dentelle fine, l’horlogerie de précision et les couilles de rhinocéros. D’ailleurs l’écoute rapide d’une mise en bouche sur la toile m’avait plutôt conforté dans ces a priori positifs. Tout indiquait que l'engin serait une grosse tartine de death mélodico-technique de qualité, de celles qui font tourner la tête et pulser les veines des tempes…

 

Et puis finalement, PSCHIIiiiitt, à force d’écoutes frustrantes et de raclements de nerfs auditifs à la râpe à fromage, l’enthousiasme initial s’est ratatiné comme une poupée gonflable chatouillée avec un god’ à clous. Sacrebleu, ¿qué pasa?

 

Eh bien pasa tout plein de trucs pas cools, parmi lesquels j’en retiendrai deux qui me chiffonnent tout particulièrement. Le moins critique des deux (… puisqu'un défaut similaire n’a pas empêché Necrophagist – par exemple – de pondre des pépites…) tient dans la prestation vocale, le growl impersonnel et terne qui nous est proposé ne tirant pas franchement les compos vers le haut. On en vient à apprécier les pourtant-pas-franchement-originaux passages vocodés à la Cynic. M’enfin le vrai problème de fond n’est pas là. Il tient plutôt dans le fait que, autant les membres de Sentence sont d’excellents musiciens, autant ils s’avèrent plus faibles sur le plan de la composition. Enfin perso' c'est comme ça que je le perçois. Ecoutez-donc « Everywhere of Nowhere » – le morceau-titre pourtant! – pour en juger: c’est l’exemple-type de la compo constituée d’une multitude de plans épars – certains tout à fait juteux, d’autres plus poussifs – collés les uns aux autres dans un grand fatras sans logique apparente ni transition bien huilée. On en ressort avec des impressions variées, quelques lourdeurs d’estomac, le souvenir de certains passages brillants, mais aucune impression d’ensemble, si ce n’est celle d’un grand bazar sans queue ni tête. Et c’est un défaut récurrent de Everywhere, les instants de grâce et les petites trouvailles enthousiasmantes étant régulièrement enfouies sous un gros tas de plans plus ou moins heureux. Sans parler de cette impression fréquente d’entendre du Death, du Cynic (on ne peut pas dire qu’ils mentaient sur la feuille promo) ou du Gorod (tiens, l’attaque de « Birth »)… Mais en moins bien. Et comme les morceaux font généralement entre 5 à 7 minutes, l’impression de grand bric-à-brac hétérogène n’en ressort que plus vivement.

 

 

Pourtant on entend de bonnes choses ici. Comme ce réveil Gorodo-Maidenien de twin victorieuses à 2:17 sur « Solitude », ou ce solo Schuldinerien une minute plus tard. Sur le morceau suivant, le passage saccadé à la mode Decapitated arrosé d’un piano timide s'avère aussi osé que sympa, tout comme « One Day » qui est peut-être le seul morceau quasi-uniformément bon (cette lead, et cette basse à 1:16!!). Le final de « Opposition » est quant à lui un pur moment de frisson digne des références citées par le groupe, tout comme cette séance de ping-pong à laquelle se livrent les grattes au bout d’une minute sur « Death ». Alors c’est sûr: mettre en forme et insuffler une âme à un réseau aussi dense de coups d’éclats métalliques, ça n’est pas donné à tout le monde: n’est pas Chuck Schuldiner, Muhammed Suiçmez ou Mathieu Pascal qui veut. Du coup on se dit que l'idéal serait que tout ce talent soit mis au service d’un chef d’orchestre plus expérimenté, ou plus inspiré…

 

Oui, c’est vrai, la note attribuée à l’album est sévère. Mais en même temps le style pratiqué ne supporte pas les approximations. Et bien que pointu et ambitieux, le death joué sur Everywhere reste – à mes oreilles du moins – trop brouillon, et trop inégal. M'enfin n'oublions pas qu'il s’agit là d’un 1er album: peut-être que la prochaine fois, les parisiens se concentreront un peu plus sur l’écriture de morceaux réellement solides que sur l’empilement glouton de plans ne s’emboîtant pas toujours très naturellement les uns dans les autres. D’ailleurs le groupe a perdu 2 membres dernièrement (Pierre-Jean et Alexandre): on ne peut que souhaiter que les changements induits par ce remaniement conduisent le groupe dans la bonne direction…

 

 

 

 

 

 

 

La chronique, version courte: Everywhere est un album de death technique, mélodique et ambitieux, (un peu trop) inspiré par Death, Cynic et Gorod, et dont le défaut principal est de noyer des passages vraiment intéressants dans des morceaux à la structure très fluctuante – pour ne pas dire bordélique.

photo de Cglaume
le 29/10/2013

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