Shining - IX - Everyone, Everything, Everywhere, Ends

Shining - "IX - Everyone, Everything, Everywhere, Ends"
chronique Shining - IX - Everyone, Everything, Everywhere, Ends

Cette nuit, je me regardais un concert d'époque des B52's – s'entend, avec tout le kitsch des tenues, coiffures et chorégraphies qui va avec – et aujourd'hui, je m'attelle à la rédaction du nouveau méfait de Shining version suédoise. Avec bien évidemment, le sujet dans les oreilles. Le tout, sans vraiment de transition, ambiance, ambiance... Car ce n'est pas avec ce IX – Everyone, Everything, Everywhere, Ends, que je me permets de raccourcir à son simple numéro à partir de maintenant, que Niklas Kvarforth semble décidé à nous se faire mettre de cérémonie d'une petite sauterie aussi déjantée qu'acidulée au doux pays des gai(y)s lurons. Bien au contraire. Définitivement, ce n'est pas en 2015 que son médecin lui a fait découvrir tous les bienfaits de gélules de prozac habilement camouflés en trompe-l’œil dans une purée d'agomélatine. Après, je vous l'accorde, c'est vraiment très con ce que je peux dire là : en Suède, il n'y a pas de sécurité sociale, autant dire qu'un canif et une bouteille de Jack Daniel's est un traitement bien plus abordable financièrement parlant que toutes ces boîtes de pilules.

 

Enfin, je dis ça mais il s'avère quand même que le père Niklas ait un peu investi dans le médicamenteux car il semblerait bien que quelques calmants aient macéré dans son bourbon. Car, vraiment, si les thématiques tournent toujours autour des plus noirs desseins de l'âme humaine, la rage, elle, semble définitivement éteinte. Un bon coup de pédale douce ou bien encore la preuve d'un petit coup de vieux de la part de sa tête pensante ? Allez savoir mais une chose est sûre : si l'on compare un IX au référentiel cinquième opus du combo, la baisse de régime est radicale. De même que l'ensemble de IX se révèle bien plus propret sur lui.

 

En même temps, beaucoup ne s'en étonneront pas puisque cela fait quelques albums que l'on tend là-dessus, au grand dam des plus trves de l'assistance qui ne manquent pas de bien mollarder ce cher Niklas. Après, le bougre en serait-il sensible ? Tous ceux ayant vu la formation en live riront en repensant à cette jolie scène de gerbe inter-bouche entre chanteur et bassiste. Autant dire qu'un mollard de plus ou de moins, ils n'en sont plus à cela près chez Shining.

 

En revanche, ce que l'on reprochera dans cette courbe d'évolution, c'est qu'elle semble régressive sur un point : il faut reconnaître que depuis le référentiel V – Halmstad, on ne peut pas dire que l'inattendu vienne exciter les conduits auditifs. Et ça, n'importe quel mâle viril parlera sans mal de concept de mi-molle. Pas vraiment folichon dit comme cela. Et à ce niveau, IX ne démérite pas : rien de bien neuf à se mettre sous la dent en fin de compte. Et ce, même si Shining tente bien de faire évoluer sa recette. Moins d'agressivité pour mettre en avant l'atmosphérique de sa musique. Ou partir vers des contrées plus folks et plus bluesy. Et associer à cela avec un nom comme Shining, cela peut paraître étonnant sur le papier. Et pourtant dans la pratique, cela ne surprend pas plus l'auditeur plus que cela. C'est un fait : Shining ne surprend plus. Et honnêtement, je pense que plus jamais il n'arrivera à surprendre. Tout du moins, pas avec l'intensité d'antan. Car même Kvarforth n'est pas immortel.

 

Sombre constat, mi-molle comme je vous disais. Mais bon, comme je ne fais pas partie de ces virils en quête de haine auditive constante, que je n'ai rien qui me pendouille entre mes jambes d'ailleurs, je ne m'en vais pas non plus tirer la sonnette d'alarme trop vite : l'audace n'est peut-être plus de mise mais est-ce si merdique pour autant ? Certes, on arrive à un niveau inférieur au référentiel passé, on ne le cachera point. On le clamera même tout haut. Est-ce que ce manque de surprise pourrit l'intensité de IX ? Pas forcément en fait. La rage et l'agressivité ont disparu pour laisser place à quelque chose de plus posé. Tout en restant dans l'obscurité. Une sorte de mélancolie méditative et hypnotique. Au final, en laissant du temps au temps, écoute après écoute, notre fibre sensible s'affole et nos tripes se laissent prendre au délire. Un délire moins fascinant que par le passé mais paradoxalement plus viscéral. C'est un peu comme si on avait évolué au même niveau que son géniteur : la fougue juvénile des débuts s'estompe peu à peu pour partir vers une certaine contemplation. Écouter ce IX, ce serait comme mimer grossièrement cette fameuse position du Penseur. Et musicalement, cela se manifeste comme un Shining qui reprendrait de son passé avec un soupçon de mode « Ralenti », auquel il entremêlerait quelques régurgitations d'Opeth pour certains arpèges atmosphériques ou encore de Tryptikon. Ce dernier plus pour une appréhension plutôt similaire de la mélancolie que pour des emprunts d'éléments strictement musicaux.

 

Alors, oui, Shining version 2015, c'est moins bandant qu'avant. Mais d'une manière différente, ça titille encore dans le bas-ventre. Alors, oui, l'excitation est peut-être moins franche qu'avant mais reconnaissons toutefois qu'on n'en est pas encore arrivé au traitement de non-retour à base de pilules bleues. Juste pour ça, il n'y a pas à se morfondre et mollarder trop vite car on peut se dire que la situation aurait pu être pire. Et dans le pire, Shining nous a montré qu'il pouvait l'être au cours de ces huit dernières années.

photo de Margoth
le 01/02/2016

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