Stolen Babies - Naught

Stolen Babies - "Naught"
chronique Stolen Babies - Naught

L’étiquette « female fronted metal band » est relativement grotesque, on est d’accord. Non mais c’est vrai: quel rapport vous voyez, vous, entre Melt-Banana, Nightwish, Holy Moses et Opera IX? Pourtant, quand nous sont tombés coup sur coup sur le coin du museau 2 Unlimited de Pin-Up Went Down, The Butcher’s Ballroom de Diablo Swing OrchestraAnthology II de Akphaezya et There Be Sqabbles Ahead des Stolen Babies, il était tentant de voir dans cette déferlante pétillante la manifestation d’une scène « female fronted nawak metal » aussi séduisante qu’hyper inventive – on remercie d’ailleurs au passage Ascendance Records (R.I.P.) et The End Records (également maison mère des pas si éloignés Unexpect) pour leur intense participation à l’éclosion du "genre".

 

Maintenant, si les 3 premiers mousquetaires du carré ci-dessus évoqué nous ont depuis régulièrement donné des nouvelles – et des bonnes! –, on avait par contre relativement perdu de vue le combo américain après sa tournée européenne aux côtés de Poison The Well et The Dillinger Escape Plan. Etait-ce dû aux activités annexes de Gil Sharone, le master batteur, au sein du Dillinger en question? A priori non, celui-ci ayant quitté le navire mathcore dès le début 2009. Le problème était plutôt à chercher du côté du rythme adopté par le groupe – piano, piano –, ainsi qu’à ces pleines brouettes de miles nautiques qui nous séparent du « Nouveau Monde ». A l’été 2010 pourtant, bonne nouvelle: les américains sortent un single tout à fait alléchant, « Splatter », qui se retrouve d’ailleurs intégré à la tracklist finale de Naught. Puis arrive enfin septembre 2012 et la sortie digitale du 2nd méfait de nos pédo-cleptomanes préférés, suivie un mois plus tard par son pendant plastique tout couvert de microsillons laser.

 

Je ne sais pas vous, mais là j’ai envie de faire direct’ un détour par la conclusion… Allez bam, j’suis un déglingo de la chro: regardons les choses en face, Naught nous fait quand même une impression moins boulversifiante que There Be Sqabbles Ahead – premier album qui nous avait d’emblée giflés, puis, sur le plus long terme, tout tourneboulés au-dedans. Mais pour être moins elliptique, il faudrait détailler la séquence des émotions provoquées par ce nouvel opus: la 1ère écoute est excitante, la demi-douzaine qui suit est un peu décevante, avant qu’enfin l’opercule ne soit retiré de notre pot de yaourt cérébral et que Naught aille finalement se caler sur l’une des étagères haut placées de notre estime de fan exigeant. « Décevante », oui: on en passe par cette étape quand on réalise que « Never Come Back » est terriblement calibré (du Stolen Babies pur jus, idéal pour accueillir le fan pantouflard), quand on s’endort sur la ritournelle « Behind The Days », quand on attend vainement la fin de l’intro de « I Woke Up » avant de réaliser que tout le morceau est ainsi fait, quand on s’abime les nerfs sur la blagounette « Birthday Song » – qui semble avoir été composée pour un public d’automates nippons –, ou quand en guise de grand final, il ne nous est proposé que la ritournelle psychiatrico-langoureuse qu’est « Grubbery (burnt to a crisp) » (‘tain, vous vous rappelez de « The Button Has Been Pushed » ? C’était autre chose quand même…).

 

Diantre, alors que There Be Sqabbles Ahead était quasi-immaculé…

 

Certes certes, Naught ne déborde pas des « Awfull Fall », « So Close » ou « Tablescrap » qui avaient illuminé son prédécesseur en même temps que nos yeux éblouis. Certes, le groupe a rétrogradé d’une vitesse, et mis un peu le holà sur sa dimension « indus groovy ». Mais c'est que les Stolen Babies ont choisi de développer leur Cabaret Burton metal plus avant le long de l’axe du grotesque, de la menace sourde et de la fragilité psychologique. Et ceci se traduit par des atmosphères plus glauques, plus déliquescentes, et pas seulement par ces grands smashes dans les esgourdes et cette grosse basse dodue qu'on associait jusqu'à présent au nom du groupe. D’où le malaise de « Grubbery », d’où la décadence de « Birthday Song », d'où le réveil cyber-apocalyptique du démon de « I Woke Up ». Sauf que tout cela est finement travaillé, riche en atmosphères, et au final tout à fait tripant.

 

D’autant qu’en dehors du fan insupportablement pinailleur qui ne se focalise que sur ses mini-frustrations – cf. les jérémiades du dessus – il n’échappera pas à l’auditeur normalement constitué que Naught est blindé de ces tubes et autres hauts faits musicaux marqués du sceau du "C,C&C" (circus, cartoon & cabaret metal). On y retrouve cet accordéon merveilleusement décalé – tantôt sympathiquement vintage, tantôt follement balkanique –, ce chant de poupée désarticulée et ces accès de possession black metal qui offrent autant de détours bienvenus dans l’univers du nawak metal de l'extrême. Et au rayon des morceaux qui tuent, la maison Stolen Babies nous propose un « Splatter » entraînant et joyeusement menaçant, un « Second Sleep » rampant et complètement dévastateur, un « Mousefood » très Unexpectien, un « Dried Moat » à la gouaille goth-noise’n’roll, un « Civil Disguise » sombre et speedé et surtout un extraordinaire « Prankster » aussi tranchant que groovy, et dangereusement accrocheur.

 

Vous voyez, pas d'inquiétude à avoir: les Babies tiennent la grande forme, la mort subite du nourrisson n'est pas pour demain!

 

Bon, je dois reconnaître qu'en plus d’être trop longue, cette chronique est branlée comme l’as de pique: on croirait presque – pour peu qu’on la lise en diagonale – que l’album est décevant. Genre… Ne vous méprenez pas: Naught est indispensable (bien qu’un cran en-dessous de There Be Sqabbles Ahead...), et réaffirme bien fort la légitimité du groupe à figurer tout en haut de l’affiche des gourmandises métalliques les plus saugrenues et les plus pétillantes qui soient.

 

 

 

 

 

 

 

La chronique, version courteNaught est un 2nd album de nawak cabaret metal à la fois frappé et poétique, et quasiment aussi bon que son exceptionnel prédécesseur. Pour fan d’Akphaezya et de Pin-Up Went Down.

photo de Cglaume
le 07/12/2012

1 COMMENTAIRE

Crom-Cruach

Crom-Cruach le 08/12/2012 à 20:37:23

En plus la chanteuse est à croquer: rôôôôôh quel argument !!
Pas encore jeter une oreille dessus, "le changement c'est maintenant", euh...

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