S.u.p. - Dissymmetry

Chronique CD album (50:04)

chronique S.u.p. - Dissymmetry

Ce qui est bien avec les Nordistes de S.U.P. – et de l'alter ego Supuration par la même occasion – c'est la constance qualitative qui règne. Jamais il n'y aura eu un faux pas, quelle que soit l'entité que l'on passera au crible. Après, bien entendu, le reste de l'appréciation se fera selon les goûts de chacun, les deux entités ayant leur personnalité singulière qui, pour sûr, ne plaira pas à tout le monde. Ce qui est bien également avec ces mecs, c'est de parvenir à conserver cette bonne marge qualitative, quand bien même il se passe un long délai. Parce que ça fait quand même onze ans qu'on l'attend ce successeur d'Hegemony, les dernières années ayant été consacrées uniquement, pour ainsi dire, à Supuration. Mais au moins ne pourra-t-on pas leur en vouloir de récompenser notre patience avec de la merde : on a de cesse de dévorer ce Dissymmetry avec énormément de fascination que de respect pour tout le boulot accompli. A l'image des autres albums de S.U.P. au final.

 

Cette nouvelle plaque n'ira pas spécialement perdre les aficionados, ça transpire la griffe S.U.P. à fond, tout en parvenant à s'émanciper de tout ce que le combo a pu sortir par le passé. On sait que c'est eux mais jamais on ne pourra forcément faire beaucoup de parallèles entre les titres présents dans Dissymmetry et tout ce qui a bien pu sortir auparavant. Si, à la limite, on reconnaîtra que cette nouvelle fournée nous présente une recette plus rodée que jamais, tel un bon vin correctement maturé dans son fût de chêne. Et surtout, pousse le bouchon encore plus loin. Si la musique du combo a toujours été très froide, Dissymmetry nous montre un résultat réellement glacial de par ses différentes lorgnes vers le cyber, le gothique et la cold wave, se permettant d'ajouter énormément de lourdeur plus ou moins metallique. Jamais cette sensation d'oppression ne nous aura semblé aussi exacerbée que sur cette monture 2019. Ce qui n'est nullement gênant tant il s'agit pile poil de ce qui caractérise le concept de cet album : imaginez au sein d'un univers SF où l'on vous attacherait et enfermerait dans une cuve d'expérimentation afin de vous canarder de toutes les substances possibles et inimaginables à tour de rôle. Aucun moyen de partir ou de se défendre, on ne fera que subir ce carnage chimique qui nous atteint le cerveau, nous faisant passer par diverses étapes de sensations, d'hallucinations et émotions. Mais toujours avec cette gêne claustrophobe en toile de fond, même dans les moments de trips illusoirement positifs.

 

Du faux positivisme renforcé par l'efficacité globale de l'album : jamais S.U.P. n'aura paru être aussi facile à appréhender. Même si l'on se rend vite compte que tout le schmilblick n'est pas aussi simple qu'il n'y paraît. Ça regorge de détails et d'ambiances qui se dessinent çà et là, nous obligeant à multiplier les écoutes pour tout cerner, quand bien même la première écoute ne nous donnera pas forcément l'impression d'avoir affaire à quelque de trop bigarré, ni spécialement exotique. Parce qu'au final, l'étiquette avant-garde que l'on colle à S.U.P., ce n'est pas spécialement pour des tendances à partir vers des éléments et structures improbables, juste qu'il parvient à coller, avec une étonnante harmonie d'ailleurs, divers éléments de styles différents pour en faire une entité singulière où il demeure fort délicat d'en dégager des influences précises. Allez, peut-être pourra-t-on citer certaines tranches de Voivod, même si les deux combos ne s'appuient pas sur les mêmes bases. Mais une comparaison à laquelle on pensera pour cette même tendance à s'appuyer sur des atmosphères très spatiales, bien que S.U.P. se révélera au final beaucoup plus mécanique. Même lorsqu'il part vers des rythmiques groovy, c'est comme si tu sentais ce liquide que l'on t'injecte qui te remonte l'échine de manière glaciale pour te faire bouger légèrement et frénétiquement la nuque sans jamais que tu ne puisses jamais la faire craquer franco. Ni même se trémousser et s'essayer au moonwalk. On est pieds et poings liés, on le rappelle : on subit sans contrôle, sans jamais forcément parvenir à déterminer si c'est plaisant ou angoissant.

 

C'est peut-être d'ailleurs cette oscillation entre ces deux sentiments contradictoires qui rend Dissymmetry aussi fascinant. On accroche aux atmosphères contemplatives de la même manière qu'elles pourront nous étouffer. Et quand le registre se veut plus rythmé, le côté hypnotique nous coincera dans une étrange léthargie. La simplicité du premier abord fait vite place à la complexité de fond. S.U.P. nous terre dans un océan de demi-mesures savamment dosé, remarquable en tout point, dont on a fort du mal à ressortir indemne.

photo de Margoth
le 01/04/2019

4 COMMENTAIRES

Vince

Vince le 01/04/2019 à 10:09:32

Tiens, c'est assez amusant, perso je trouve au contraire que cet album est loin d'être le plus accessible de leur discographie déjà bien fournie, surtout si on compare à Anomaly, Room Seven ou même Imago par exemple. Je trouve dans Dissymmetry pas mal de cassures dans les compos (musique ou chant), des rythmiques tordues, quelques répétitions hypnotiques plus longues qu'à l'accoutumée, tout ça sonne très étrange au début mais ça devient vite naturel au fil des écoutes, forcément... enfin, bien évidement, il ne s'agit que de mon ressenti, pas d'une quelconque vérité universelle.

En bref, encore un superbe album, et c'est toujours comme ça avec les nordistes. Alors qu'avec Supuration, on se retrouve avec bonheur le même univers, en terrain quasi connu, dans chaque album (normal, c'est la même histoire), avec SUP c'est toujours différent, même si y on retrouve leur patte.

Margoth

Margoth le 01/04/2019 à 19:02:21

Ah tu trouves ? Je me souviens qu'il m'avait fallu du temps pour apprivoiser les précédents albums, Imago tout particulièrement. Alors que celui-ci m'a accroché d'emblée. Mais j'avoue qu'il y avait peut-être un peu du fait que j'avais pas mal baigné il n'y a pas si longtemps sur pas mal de films ou de jeux vidéo ayant des thématiques SF, ça a dû sans doute contribuer au fait que l'ambiance qui se dégage de l'album m'a tout de suite parlé (et devient d'ailleurs mon préféré de SUP par la même occasion d'ailleurs)

Vince

Vince le 02/04/2019 à 09:31:07

C'est vrai qu'Imago est moins homogène dans ses sonorités et peut-être plus difficile à cerner pour certains, je ne saurais dire... perso ceux que j'ai mis le plus de temps à décortiquer sont Hegemony et The Cube (ok, techniquement, c'est du Supuration, mais j'ai une excuse, il s'agissait de la réédition de chez Holy, sortie sous le nom SUP).
Bon, après, globalement, chaque album demande un minimum d'effort si on ne veut pas passer à côté de tout ce que peut offrir leur cinéma sur galette... mais je dérive trop, alors je vais conclure en écrivant que Dissymmetry était attendu au tournant (en tous cas par moi) et qu'il m'n a collé tout de même une bonne derrière la nuque, démerdez vous avec ça :).

loic

loic le 21/04/2019 à 02:04:22

Probablement leur travail le plus chiant et poussif. On s'emmerde ferme. Dommage.

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