Swallow The Sun - Moonflowers

Chronique CD album (52:45)

chronique Swallow The Sun - Moonflowers

Les Finlandais de Swallow the Sun, dont le nombre d'années d'activité se compte à deux chiffres depuis une décennie déjà, parviennent à maintenir un rythme soutenu de sortie d'environ un album tous les trois ans, dont le dernier en date et donc celui qui nous intéresse ici, Moonflowers. Sa pochette, très esthétique, a été créée par le guitariste Juha Raivio, avec son sang et des fleurs qu'il avait cueillies au moment de la mort de sa compagne, Aleah Stanbridge (qui, en plus d'un projet solo, avait aussi collaboré par le passé avec Swallow the Sun ou encore Amorphis). C'est également lui qui est à l'origine de la composition des morceaux de StS. Sachant cela, on se doute bien que la joie ne sera encore une fois pas le moteur de la musique du combo.

 

Personnellement, c'est avec Ghosts of Loss, en 2005, que je les avais connus et avait poussé jusqu'à aller les voir dans un bar obscur au moment de leur tournée pour leur album suivant, Hope. A mon grand regret, aucun morceau de Ghosts of Loss n'avait alors été joué et je dois bien admettre qu'après ce disque là, je n'ai plus jeté qu'une oreille distraite à la musique des gobeurs de soleil. La grosse voix de Mikko Kotamäki m'avait pourtant particulièrement marqué, notamment du fait de sa capacité à pouvoir articuler des mots relativement compréhensibles malgré son registre d'outre-tombe, le tout dans une ambiance très froide.

 

Il faut dire que le rythme de la musique pratiquée par le combo est un avantage en ce sens : quasi-exclusivement articulée sur des tempos lents depuis le début de leur discographie, la diction en est facilitée et il n'est généralement nul besoin d'avoir à mettre un place un comptage de débit de mots pour s'en sortir.

L'intro ici de « Keep Your Heart Safe from Me », où l'on trouve même de la double-pédale, pourrait pourtant tendre à servir de contre-argument à la phrase ci-dessus, mais l'exercice est suffisamment rare pour qu'il relève de l'anecdotique. Bon, certes, le morceau de cloture « This House Has No Home » et ses sections tout à fait black tendent aussi à infirmer, mais en fait non.

 

Parce qu'effectivement, sur Moonflowers, Swallow the Sun ne s'écartent pas trop du schéma musical qui les porte depuis leurs débuts : une rythmique et une voix qui penchent plutôt du côté doom / death et une production et des mélodies des sections à cordes qui vont plutôt chercher du côté du death mélodique, sans le côté speed et punky. Un sentiment accentué par, au bout du compte, une pesanteur des basses assez peu poussée, donnant une impression plus aérienne que doomesque dans la lenteur, qui peut parfois faire penser à Katatonia, de l'autre côté de la frontière du froid scandinave. Un certain nombre de parties chantées en voix claires et d'arrangements au violon, de légers choeurs ou de sonorités aux claviers donnent en effet parfois aussi cet aspect un peu goth que l'on avait chez les Suédois (« Woven into Sorrow »).

Une bonne partie de cette sensation vient de la présence des invités de Trio N O X, un trio d'instruments à cordes, violons et violoncelles notamment, qui ont par ailleurs enregistré une seconde version intégrale de Moonflowers, orientée classique.

 

Sur l'album « de base » dirons-nous (celui dont on parle dans cette chronique), on retrouve souvent ces sections superposées aux sections les plus agressives, atténuant le contraste entre les phases plus douces et planantes (globalement majoritaires, je dirais, de même que le (plutôt bon) chant clair sur l'ensemble de l'album, avec d'ailleurs un feat. de Cammie Gilbert, chanteuse d'Oceans of Slumber, sur le joli « All Hallows' Grieve ») et les premières. On a donc sur Moonflowers un ensemble de morceaux honnêtes, très propres, mais peut-être trop justement, en tout cas à mon goût, même pour un groupe dont la démarche musicale est d'aller vers des univers marqués par la mélancolie et le sentiment de perte.

 

Bien sûr que l'on va par là, et que ce sont ces sensations que l'on va toucher du doigt. Mais ce côté propre, lisse, donne finalement plutôt l'impression de quelque chose de tristoune que de quelque chose qui va véritablement creuser dans la pure noirceur. Une sorte de mélancolie de routine mais qui ne va pas vraiment faire pleinement affleurer la tristesse ou le désespoir, en tout cas du côté récepteur. Et ça, ça peut être une chose que l'on percevra en bien ou en mal, selon ce que l'on recherche, bien évidemment. Mais j'ai la sensation personnelle de rester un peu trop en superficie de ce point de vue là, et c'est l'une des principales raisons qui m'ont fait décrocher du groupe après Ghosts of Loss, tout en y trouvant tout de même de bonnes choses. Cependant, le caractère forcément très personnel de ces émotions, la perte, la tristesse, est fondamentalement différente pour celui qui les écrit que pour celles et ceux qui sont confrontés à un résultat fini et transcrit en musique : le fond et les paroles sont ancrées dans cette douleur, mais pas forcément la musique dans son ensemble. Bref.

 

Cela dit, les sections plus acoustiques et les arrangements en collaboration avec Trio N O X apportent une réelle beauté d'ensemble, une beauté froide et hivernale, et le résultat est globalement réussi. On notera aussi la présence de quelques solos de guitare, parfois dispensables dans l'ambiance (sur « The Fight of Your Life » notamment), et peut-être un peu trop d'étirement dans la durée, quand bien même cela est inhérent au style pratiqué. Il n'empêche que le disque aurait potentiellement pu être amputé d'un morceau.

 

A noter par ailleurs que l'album est intégralement clippé en animations, pour celles et ceux que cela intéresserait d'observer quel univers les membres de Swallow the Sun ont voulu associé à leur musique sur ce huitième album.

 

Au bout du compte, Moonflowers s'adressera plutôt à celles et ceux qui recherchent une mélancolie qui mêle subtilité et douceur, même froides, à travers des mélodies et ambiances pensives, qu'aux adeptes des vibrations intenses et plongées dans l'outre-tombe. Il semble faire sentir que malgré la tristesse, le jour finira par se lever sur ces fleurs nocturnes. Les voix hurlées, bien que réussies, sont finalement très peu présentes, contribuant à installer cette ambiance plutôt gothisante et atmosphérique que réellement doom/death. Cela fait de ce dernier album de Swallow the Sun un album potentiellement très accessible pour des néophytes qui voudraient s'encanailler un peu (vraiment un peu), ou pour des initié-e-s qui aimeraient simplement contempler en musique des paysages enneigés, sans qu'il n'y soit question de vikings, de grandes épopées ou de glorieux faits d'armes : simplement le froid, la neige, la contemplation d'une sensation de vide (mais avec une bonne tasse de café chaud entre les pattes tout de même).

 

A écouter en se levant tôt, une boisson chaude à avaler pour aller contempler le lever du soleil peu après la fin de la grosse cinquantaine de minutes que dure cet album, et aller de l'avant : après tout, comme le dit Raivio lui-même, le nom de l'album vient de ces fleurs « qui éclosent aux heures les plus sombres de la nuit ».

photo de Pingouins
le 05/01/2022

3 COMMENTAIRES

8oris

8oris le 05/01/2022 à 10:07:58

Pardon mais je suis absolument fan de ta façon de conclure tes chroniques! 

cglaume

cglaume le 05/01/2022 à 10:25:00

Pareil, j'aime beaucoup cette série des "A écouter..." <3

Pingouins

Pingouins le 05/01/2022 à 11:11:01

Merci les copaings :)

Du coup faudra peut-être que je fasse des modifications sur les vieilles chroniques, histoire d'en ajouter ahah.
J'ai déjà celle pour le premier Frontierer (Oranger Mathematics) : "A écouter quand on trouve que son mobilier a un peu trop de cohérence structurelle d'ensemble".

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