Tele.s.therion - NEKROMANTISCHE HEXENTVM [TA MEGALA MYSTERIA]

Chronique CD album (06:23:16)

chronique Tele.s.therion - NEKROMANTISCHE HEXENTVM [TA MEGALA MYSTERIA]

Comme je bénéficie d’une avance plutôt confortable dans la rédaction de mes chroniques pour COREandCO, je peux me permettre de me pencher sur Nekromantische Hexentvm aux allures de défi. Dix titres composent ce nouvel album de Tele.S.Therion, mais sa durée totale atteint presque les six heures trente. Oui, vous avez bien lu, 6:30. Trois cent quatre-vingt dix minutes. Il a faut du temps pour écouter, réécouter, digérer et comprendre cette longue pièce de musique. D'autant que ce n'est pas de l'Easy Listening. Après la frénésie qui a caractérisé pour moi cette première moitié de 2022, cette période plus posée où je ne cours pas après le temps, est des plus bienvenues. Certains groupes m'ont habitué aux morceaux fleuves (Sleep, Sunn O))), kkoagulaa...). Mais dans ces cas, un seul par album suffit.

 

Pour la très grande majorité entre vous (moi y compris), le nom de Tele.S.Therion n’évoque rien, le groupe évoluant dans des sphères éloignées du Metal, du Hardcore ou du Punk, voire même du Rock en général. Même si le groupe se décrit comme un ensemble de Black Metal acousmatique. D’après une source très sûre, ce terme « qualifie une musique électroacoustique fixée sur un support dont les sons sont déliés des sources qui les ont produits et n’entretiennent pas avec elles de rapport visuel causal ». Jérôme Perignot et Michel Chion ont remis d’actualité ce concept après guerre. On est en effet plus proche de la Musique concrète et du Dark Ambiant.

 

L’avertissement sur la page Bandcamp de l’album est assez clair quant aux intentions du collectif: elles « peuvent causer de l’anxiété, de la confusion, de la peur, de la terreur, de la menace, de la tromperie, de l’effroi et déclencher des réflexes de surprise ».

 

Le CV des musiciens impliqués est presque aussi long que la durée de l’album. Si cet aspect vous intéresse et que vous lisez l’anglais, je vous invite à cliquer ici. Le plus connu des lecteurs de ce webzine doit être l’ukrainien Lunurumh (Virvel Av Morkerhatet, Chapter V:F10…).

 

Instrumentale et improvisée, la musique de Tele.S.Therion, sous la direction de Sandro Gronchi, et Pietro Riparelli qui endossent le costume de chef d’orchestre. Quand ce dernier invoque les influences d’Abrumptum, de Celtic Frost ou encore d'Utarm, il ne faut pas s’étonner que le projet attire l’attention de metalleux, tout du moins ceux qui sont versés dans les aspects rituels et ambiant de l’Art Noir. Chaque musicien participant a enregistré séparément ses parties sans savoir ce que les autres jouaient. Les nombreux triturages, modelages, reconstructions, façonnages de cette matière musicale dense comme un trou noir, ont permis de créer une musique dissonante.

 

L’auditeur est lâché sans aucun repères visuels ou auditifs, les sons arrivent, se répètent, tournent en boucle, s’évanouissent dans le néant, avec aucune possibilité de se retenir, de s’accrocher. IL est projeté presque contre son gré dans une sorte d’apesanteur sonore, sans haut ni bas, où les cauchemars passent pour des jolis rêves. Les ténèbres dominent, mais pas cette noirceur propres à certaines branches du Metal Extrême. Sandro Gronchi affirmait que la musique de Tele.S.Therion est « capable de matérialiser des entités sonores véritablement fantomatiques, par un procédé liturgique de manipulation sonore. » Il est difficile de lui donner tort.

 

Non, l’avertissement cité plus haut est vrai. Jamais vous n’avez entendu quelque chose de tel, l’écoute de Nekromantische Hexentvm (Ta Megala Mysteria) peut provoquer des réactions physiques non contrôlées (et je ne parle pas de poils au garde-à-vous ou de kiki tout dur). Il y a dans cette musique un je-ne-sais-quoi qui la rend insaisissable, et donc unique. Ce qui pourrait le plus s’en rapprocher, ce sont les performances du Norwegian Noise Orchesta, ce dernier étant moins travaillé, moins « écrit » que les travaux de Tele.S.Therion.

 

Art Of Noises d'Edgar Varese, de même que la philosophie pythagoricienne, servent de terreau idéologique au projet, qui, maintient en permanence en équilibre le fond et la forme. Contrairement à de nombreuses réalisations d’Art contemporain, le message de prend pas le pas sur l’œuvre, même s’il reste primordial pour comprendre l’album. On sent bien que l’étude musicale a été très poussée, le concept derrière Nekro a été longuement réfléchi afin de permettre un travail méticuleux et rigoureux d’écriture et d’arrangement. Cet aspect rappelle la méthode employée par Daniel O'Sullivan et Ulver pour ATGCLVLSSCAP.

 

Les règles musicales habituelles ne semblent pas s'appliquer, du bruit émerge l'émotion, la sensation, le silence devient angoissant. Même si elle est jouée par des être humais, la musique de Tele.S.Therion est totalement inhumaine, l'inspiration n'est aucunement d'ici-bas, mais plutôt du chaos primordial dans lequel se vautre, au milieu de musiciens, le Sultan des Démons. Les basses font retentir les mélopées monotones et déstructurées, les percussions martèlent implacablement et font se contorsionner les sons de Nekromantische Hexentvm (Ta Megala Mysteria).

 

En tendant bien l’oreille et en ayant une écoute attentive, des différences et des subtilités apparaissent. Par exemple « VI. [ceteris rebus omissis] » est plus orienté Drone à la Sunn O))), tandis que l’intro de « VIII. [ceteris rebus omissis]  » rappelle les moments les plus spatiaux des premiers Pink Floyd, tandis que « IX. [ceteris rebus omissis] - pt.1 » est moins basé sur les dissonances.

 

Le challenge que représente l'écoute Nekromantische Hexentvm (Ta Megala Mysteria), tant au niveau de sa longueur que de sont contenu n'a pas été des plus aisé, d'autant que je ne suis pas coutumier de ce genre de musique. Il vous en faudra du courage et de l'abnégation pour arriver à décortiquer cette œuvre qui mettra au défi votre intellect et votre audition.

photo de Xuaterc
le 13/09/2022

9 COMMENTAIRES

8oris

8oris le 13/09/2022 à 10:50:07

6h30...Incroyable. Surtout à notre époque. Typiquement le genre d'objet pour lequel la chronique est vraiment bienvenue et permet de savoir à quoi s'attendre

8oris

8oris le 13/09/2022 à 10:51:02

Le lien que tu indiques dans la chronique (https://www.minotaurorecords.com/telestherion/) semble être mort

Xuaterc

Xuaterc le 13/09/2022 à 11:12:32

En effet, le lien est mort, mais on a les info sur la page BC. J'ai corrigé le lien

cglaume

cglaume le 13/09/2022 à 15:20:13

Le genre de défi que je ne relèverai jamais…

Moland

Moland le 13/09/2022 à 15:31:34

Tu allèches ! 

Xuaterc

Xuaterc le 13/09/2022 à 19:09:08

« Le genre de défi que je ne relèverai jamais… » votre manque de foi me consterne.
Tu ne fais aucun effort…

cglaume

cglaume le 13/09/2022 à 21:28:20

Je suis sûr qu’on n’y entend même pas une fois un « Mets tes deux pieds en canard… ». En plus de six heures !!!

Xuaterc

Xuaterc le 14/09/2022 à 07:14:16

@Cyril, non, effectivement mais, si on tend bien l'oreille à la fin de  IV. [ceteris rebus omissis], on peut entendre la chenille qui redémarre.
Mais on ne l’entend pas non plus  sur le dernier 6:33

AdicTo

AdicTo le 19/09/2022 à 08:27:10

Scandaleux! Même pas de version vinyls…

AJOUTER UN COMMENTAIRE

anonyme


évènements

  • Seisach' Metal Night #3