Testament - Titans of Creation

Chronique CD album (58:34)

chronique Testament - Titans of Creation

Vous allez finir par croire qu'on les boude. Parce qu'autant, dès que sort un nouvel Overkill, un nouveau Death Angel ou un nouvel Annihilator, on sort la plume et le clavier pour vous dire si couci, si couça, si youpi, si ou pas. Par contre pour Testament, sur CoreAndCo, rien. Ou presque. A croire que la mèche blanche du père Skolnick nous file des boutons. Alors que pas du tout: aucune raison spéciale à cette quasi-impasse, si ce n'est que, face à la luxuriante actualité métallique, nos choix s'avèrent toujours défavorables aux Américains, sans qu'il y ait une vraie bonne raison à cela (... hormis le difficile accès aux promos Nuclear Blast, peut-être).

 

La sortie du 12e album de Chuck Billy et ses compères (la comm' promotionnelle parle d'un 13e album, mais franchement, les réenregistrements de First Strike Still Deadly comptent pour du beurre) nous offre enfin l'occasion de sortir de notre coupable mutisme. Et de vous proposer ce même genre de chronique qui – à de rares exceptions près – vous est servie à chaque fois que l'un des barons du Thrash repointe le bout de son nez. Mais si, vous savez: ces papiers dans lesquels il vous est dit « Un Xeme album solide, doté d'un gros son mitonné par Andy Sneap, sans réelle surprise si ce n'est [mettre ici un truc qui sorte vaguement de l'ordinaire, comme un solo de saxo ou des ambiances orientales] sur le titre XXX, du You-Get-What-You-Want Thrash qui ravira les fans. ». Vous voyez le genre? Si vous n'en voulez pas plus, vous pouvez stopper-là la lecture de cette chronique, la suite ne va être que détails (... et, sans doute, jeux de mots à la con – ce serait bien la mort si vous n'en trouviez un ou deux ci-après).

 

Titans, Osiris, Ishtar, Hammurabi: pour attaquer cette nouvelle décennie, les Test' ont ressorti la Pierre de Rosette est leurs vieux bouquins de mythologie pour nous emmener plus loin que les habituelles rues de San Francisco. Pour autant le décor musical ne change pas plus que cela. Car Eric et Alex balancent toujours aussi généreusement leurs solos, Chuck retombe souvent sur les mêmes gimmicks vocaux, et l'impression de découvrir une extension vaguement modernisée de Practice What You Preach ou Souls of Black se fait plus d'une fois ressentir – sur « Ishtars Gate » par exemple. Naviguant en terrain connu, l'auditeur est à l’affût, près à saisir toute nouveauté juteuse, tout riff plus inspiré, ou – à l'opposé – tout signe de faiblesse. Mais rien qui dépasse suffisamment pour élever une nouvelle statue à l’effigie du groupe, ni aucun loupé qui mérite de lancer une fatwa. On reconnaîtra quand même que l'album souffre de quelques longueurs. Parce qu'avec 12 titres dont 3 de plus de six minutes, il faut savoir entretenir le suspense si l'on veut garder l'auditeur sur le pont. Et de fait l'album aurait pu être rogné aux extrémités, « WWIII » faisant un démarrage bien plus fracassant que « Children of the Next Level », tandis qu'à l'autre bout le tout aussi excité « Curse of Osiris » aurait clos l'aventure avec plus de panache que la conclusion pompeuse « Catacombs » – dont on ne sait trop quoi faire, d'autant qu'elle ressemble plus à une intro qu'à une outro.

 

... Allez, on râle encore un brin?

 

Oh-oui-oh-oui!

 

Puisque vous y tenez: allons brûler la sorcière « Night of the Witch » sur le bûcher critique. Non parce que crénom: qui a eu l'idée d'en faire le premier extrait de l'album? Six minutes quarante-trois de Thrash sombre et retors, qui louvoie et feule comme le préposé au guichet F quand on l’interrompt pendant sa sieste. Même le solo, après la barre des 3 minutes, peine à convaincre! Non mais quelle idée! Du côté de « Symptoms », en dehors d'un démarrage assez craquant superbement soutenu par la basse, on se fait chier, on se traîne le long d'un titre lourdaud, sans intérêt. « False Prophet » est quant à lui l'archétype du morceau baudruche, qui démarre tout fiérot, mais qui se dégonfle dès qu'on gratte un peu, celui-ci ayant tout du bouche-trou interchangeable sans saveur propre (allez: les missiles allumés vers 3:20 lui permettent quand même de sortir la tête haute).

 

Bref, si on arrêtait le bilan Titans of Creation ici, on pourrait sérieusement envisager de rebaptiser les loustics Eric Pépère-son et Chuck Affaibilly.

 

Heureusement, à ce degré d'expérience, le groupe sait faire ce qu'il faut pour que sa Nième livraison ne ressemble pas trop à une huître tiédasse. Tiens, par exemple: pour garder du ressort, celui-ci ménage à nouveau de larges espaces à Steve DiGiorgio afin que celui-ci laisse sa basse y gambader gaiement. La formation décide par ailleurs de la jouer canaille en injectant à sa sauce un peu de bonne vieille distorsion gouailleuse – à 3:29 sur « City of Angels », via un solo qui sent le bayou, mais aussi sur l'intro de « Code of Hammurabi ». Et puis, surtout, elle montre qu'elle a de beaux restes. Sur le vigoureux « WWIII » qui affiche une imposante musculature. Et à travers l'utilisation récurrente de vocaux extrêmes – du grunt Thrash/Death, du growl-ou-presque (sur la fin du refrain de « Symptoms »), et du shriek aussi, sur le fulminant « Curse of Osiris » – qui voit d'ailleurs Gene Hoglan placer quelques trop rares blast beats.

 

Bref, comme beaucoup des albums récents des grands anciens du Thrash, Titans of Creation propose du Bon, du Brutal, mais aussi un peu du Truand. En même temps, quoi de plus approprié après tout: Testament ne vient-il pas du pays du western ?

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

La chronique, version courte: c'est quoi déjà la formule-type resservie dans toutes les chroniques des derniers albums des grands du Thrash ricain? Ah oui: « Un 12e album solide, doté d'un gros son mitonné par Andy Sneap, sans réelle surprise ni grosse déception. Du You-Get-What-You-Want Thrash fait par des pros, pour les fans. ».

photo de Cglaume
le 01/04/2020

3 COMMENTAIRES

Xuaterc

Xuaterc le 01/04/2020 à 10:26:09

Du Testafanservice

Seisachtheion

Seisachtheion le 01/04/2020 à 11:26:45

Ce batteur est une machine...

HateSpherex@hotmail.com

HateSpherex@hotmail.com le 02/04/2020 à 07:48:02

Ça envoie toujours autant ! Et la production est Vraiment top !

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