Voivod - Phobos

Voivod - "Phobos"
chronique Voivod - Phobos

Le Dernier du Kvlt (ou "les classiques découverts sur le tard") – épisode 3

La plupart du temps, dans les rédactions des médias métalophiles, une règle tacite veut que les grands classiques ne soient chroniqués que par ceux qui s’en sont abreuvés dès le biberon, ceux qui les connaissent sur le bout des tympans. Agir autrement serait risquer le faux pas, la risée générale, bref: l’opprobre publique. Et puis ce serait une faute de goût, un manque de « professionnalisme », et le ridicule assuré pour le malheureux qui serait passé à côté de la vérité collective – et donc universelle.

Eh bien rien à battre…! CoreAndCo et le lapinmikaze vous proposent en effet une série de chroniques thématiques qui revisitent certains classiques à travers un regard neuf, sans préjugé, suite à une découverte récente. Alors à vos fatwas: 3, 2, 1… C’est parti!

 

Pour le coup, avec cette chronique de Phobos, on est un peu moins dans la démarche "grand saut dans le vide" que ce que pourrait laisser sous-entendre l’intro récurrente de notre série « Le Dernier du Kvlte ». Certes, il m’aura fallu attendre l’arrivée du père François à l’Elysée pour découvrir ce 9e album de Voivod. N'empêche que cela n'aura pas empêché mes tendres années d'avoir été abondamment bercées au son de Killing Technology et Nothingface. Donc bon... D’ailleurs tout cela est lié. Non non, je ne veux pas dire que Piggy et François Hollande se livrent à des soirées bondage déchaînées (ce qui, en outre, serait antinomique...), vous m’avez mal compris... Ou bien vous confondez avec le couple Marilyn Manson - DSK. Non, c’est la découverte de Killing Technology, puis de Nothingface qui explique que j’aie arrêté toute activité Voivodienne pendant une quinzaine d’années, pour n’y revenir que maintenant.

 

... Mais si, c'est logique! Je vais vous expliquer: au moment de la découverte de la Technologie Tueuse, ça a été la grosse teuf en Salle d'Etudes. Bordel: « Tornaaado! Tornado! », « The blackguards con-trol! »… Quel panard maousse cet album! Signe qui ne trompe pas: malgré mes maigres économies de l'époque, dès que je suis tombé sur une autre galette frappée du logo Voivodien – Nothingface en l'occurrence –, hop, direct’ une nouvelle incision dans le portefeuille, dépaquetage, enfournage dans le lecteur, Play… Et là: pas glop! C’est quoi ces vieux trips fumette, ce psyché rock de l’espace, cette B.O. de « Buzz l’Eclair au pays des grosses guitares »? Je veux mon SF thrash avant-gardiste moi: rembourseeeeeeeeeeeez!!

 

D’où une période de régime sans Voivod. Passage en mode bouderie quoi... Et puis, à l’occasion d’une réécoute de L’album culte ci-avant évoqué, « Quand même! » me suis-je dit, « C’est trop con: repartons à l’assaut du bastion québécois! ». Et c’est ainsi qu’après avoir pris conseil auprès d’un fervent amateur du groupe, je me portai acquéreur de Phobos. Et bien m’en prit… Mais commençons par replacer un peu le contexte qui a vu naître l’album: après une période au cours de laquelle le groupe frôla le split pur et simple, celui-ci reçu un coup de fouet salvateur de la part des Ramones (sous la forme d'une « spéciale dédicace » effectuée lors d’un concert à Montréal). S'ensuivit la rencontre avec Eric Forrest – qui allait devenir le bassiste et chanteur du groupe le temps de 2 opus –, et il n'en fallut pas plus pour pousser les canadiens à revenir à plus d'agressivité et à repartir à la conquête de l’espace métallique, ceci à l'aide de l’album Negatron. Puis vint Phobos, moins de 2 ans plus tard, dans la même droite lignée.

 

Bon, Phobos n’est pas non plus un retour au bon vieux thrash avant-gardiste et teigneux de Killing Technology, même si on peut en trouver quelques réminiscences ici ou là. Non, sur cet album, Voivod continue de développer son visage le plus suffocant, le plus lancinant, le plus hypnotique, ceci aboutissant à une œuvre tout ce qu’il y a de plus actuelle – et je dis ça en me plaçant en 2012, et non pas dans le contexte de l’année 1997 où sortit cet album. Cette froide mécanique rythmique, cette répétitivité stroboscopique, ces décalages judicieux, ces caresses à rebrousse-poil, cette grandeur rampante: tout ça sonne très moderne, au sens jento-Meshuggien du terme.

 

En fait, si l’on devait résumer cet album en ne retenant que le minimum, on pourrait le faire en 2 images. Sur la première figurerait une salle des machines dévastée, baignant dans une obscurité bleu-gris tout juste percée par quelques lueurs verdâtres éparses, ainsi que par la neige cathodique coulant de moniteurs blafards. L’autre image serait panoramique, et s’ouvrirait sur les confins de l’espace pour nous offrir le spectacle d’étoiles agonisantes, de supernovas éblouissantes, de puissantes éruptions solaires et d’imposants trous noirs. Et c’est dans ce second registre que la musique du groupe est la plus grisante, les canadiens prenant le temps (les morceaux durant souvent de 6 à 8 minutes) de dresser de fabuleuses cartes postales de ces étendues infinies. Ces vagues cosmiques qui secouent notre pauvre coquille de noix spatiale au début de « Phobos »: bordel quelle expérience unique! Et ces secousses massives qui agitent le cœur de « Rise », comme pour annoncer une apocalypse volcanique imminente! Et cette bataille intergalactique laissant parler une artillerie titanesque sur « Quantum »… C’est pas La Guerre des Mondes en technologie 3D IMAX peut-être? Dérivant à travers le vide, bercé par des échos lointains, accompagné par la voix écorchée d’un spectre hantant les immensités intersidérales, l’auditeur devient le spectateur fasciné d’une succession d’événements cosmo-musicaux d'ampleur...

 

Mais si le groupe sait à merveille évoquer ces phénomènes cyclopéens, il réussit aussi bien dans le domaine de l’infinitésimal (cf. « Bacteria », « Neutrino », ainsi que toutes ces intros fourmillantes évoquant autant de mouvements particulaires à l’échelle subatomique), ainsi que dans celui de l’« intimiste » – comme lors de cette interlude « Yann Tiersen dans les coursives du Nostromo » offerte sur « Temps Mort ».

 

Si l’on essaie quand même de s’extraire de la fascination provoquée par ces visions grandioses et ces ambiances glacées, on reconnaitra quelques longueurs à l’album (sur « Neutrino » par exemple), une voix parfois irritante et un riffing retors qui nous ramène parfois brutalement sur le plancher des vaches alors qu’on planait bien tranquille loin au-dessus de la stratosphère (tiens: vers 1:02, au début de « Quantum », après la superbe lévitation syncopée initiale). Et il manque cette pèche vindicative qui ancrait encore Killing Technology dans le bon vieux thrash. Par contre, je le concède, Phobos réussit à évoquer de magnifiques visions cosmiques, et à nous en coller plein les mirettes.

 

Allez, c'est entériné: je renoue avec les québécois!

 

PS: certaines éditions contiennent également 2 morceaux bonus. « M-Body » est un morceau court et vraiment chouette, construit en partie autour d’une pulsation entêtante de basse – ce qui n’est pas étonnant quand on sait que le morceau est l’œuvre de Mr Jason Newsted. « 21st Century Schizoid Man » est quant à lui une reprise de King Crimson qui colle assez bien à l’univers du groupe, même s’il renvoie plus aux séances de fumette de Nothingface qu’aux pluies de météores habituelles.

 

 

 

 

 

 

La chronique, version courte: Phobos est la retranscription métallique de ces clichés de nébuleuses ou de constellations lointaines qui sont à couper le souffle, ceci via une musique froide, déshumanisée, monumentale et lancinante. C’est la B.O. de Rendez-Vous Avec Rama écrite par un Meshuggah en plein trip prog/cyber/spatial.

photo de Cglaume
le 23/12/2012

1 COMMENTAIRE

Cobra Commander

Cobra Commander le 24/12/2012 à 10:14:33

Prolixe le Lapin de Noël!
Album purement génial, en plus il ne vieilit pas!

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