Algebra - Pulse?

Chronique CD album (57:05)

chronique Algebra - Pulse?

Ne vous laissez pas induire en erreur par ce nom: avec Algebra il n’est pas question de Mathcore, mais plutôt de bon vieux Thrash. Car plutôt que Dillinger, ce qui branche Harry Tmetik, Eric Analyznum et Billy T. Probha (Fake news: les musiciens n'ont pas de tels pseudos… Mais ils devraient y songer!), ce sont les vieux Sepultura, les vieux Metallica, mais également – à l’opposé ai-je envie de dire – le Death Angel de Act III, ainsi que la discographie de leurs compatriotes de Coroner. Cette liste n'est pas un copier-coller des influences du groupe telles qu’elles sont peut-être mentionnées sur leur page Facebook (après vérification, je n’en ai qu’un de bon dans le lot haha…), mais bien l’arrière-goût qui reste en bouche après l’écoute de Pulse?, leur 3e album.

 

Ayant loupé le coche jusqu'ici, j’avoue découvrir les Suisses avec cette sortie. Je vous épargnerai donc le blablah sur leur évolution – même si leur conversion au genre n’est a priori pas récente, leurs 12 ans d’activité ayant toujours eu pour toile de fond le monde merveilleux de la veste à patches et des tennis à languette. Ce qui fait la particularité d’Al Gebrah, ce n’est pas une relecture au compas de la charia, mais bien cette double casquette Prog/Tech chiadé Vs Rugosité véloce à l’américaine. D’un côté les morceaux prennent leur temps (on parle de 11 titres dont deux courts interludes pour près d’une heure de musique), se construisent sur des structures alambiquées (ça breake et décroche à tout va), et aiment cultiver des ambiances sombres, louvoyantes, voire torturées. D'un autre côté les riffs sont nerveux, le chant à la finesse d’un ancien para au volant d’un transpalette, et parfois surgissent des chœurs de babouins façon "Crossover & skateboard" (sur « Quantum God »). Tout cela – prenez des notes – marinant par ailleurs dans un son au grain un peu « old school ».

 

« Alors, plutôt des matheux à blousons noirs ou plutôt de la racaille à gros ciboulot les p'tits gars d'Algebra? »

 

Plutôt un bon vieux groupe sachant tout autant réfléchir que tabasser. Et développer de bonnes accroches. Car malgré la relative complexité de certaines d’entre elles, on finit par écouter ces compos comme on enfile nos pantoufles. Et malgré la rugosité des cordes vocales de Chaos Edy – haha, ce patronyme / hommage à 3 francs suisses! – on finit par retenir des bribes de refrain! On piaffe de plaisir sur le très riche et très vif « Quantum God », on use nuque et air guitar sur le jouissif « Manipulated Soul », on se régale sur « Hateful Source »… Par ailleurs, chemin faisant, on grappille d’autres influences que celles mentionnées dans le premier paragraphe. Notamment lors du dernier titre qui développe sur son refrain (mais pas que) un je ne sais quoi de Voivod. On sent également un attrait pour Pestilence en découvrant le clavier de Testimony of The Ancients sur la fin de la première moitié de « Hateful Source », tout comme on pense à Death au début de la deuxième moitié du morceau-titre.

 

Mais il y a un « mais ». Voire plusieurs. Ce qui explique que la notation finale, bien que bonne, reste relativement tempérée. Pour commencer, on en a déjà parlé: le chant est assez limité. Dans l’esprit du Sepultura de la grande époque. C’est service minimum, donc. Et pour rester encore quelques secondes au Brésil: la reprise de « Dead Embryonic Cells » n’apporte strictement rien à l’original, ce qui limite l’intérêt de l’exercice. Mais ce n'est pas tout: comme je l’évoquais plus haut en mentionnant sa dimension progressive, le groupe aime un peu trop les détours sombres et retors à mon humble goût de lapin jaune. Ainsi « Addicted to Authority » provoque parfois des sensations aussi agréables que quand on se cogne le petit doigt de pied dans le coin de la table, tandis que « Concrete Jungle » donne l’impression de vouloir illustrer en 5 minutes de spleen l’expression « baisser les bras ». Et pour le dernier chapitre de ce réquisitoire de fin de chronique, abordons les morceaux moins folichons que sont « Digital Master » (train-train Thrash peu motivant qui fait perdre un peu d’énergie à l’album sur sa première moitié) et « Pulse » – car oui, ce long morceau-titre visiblement très marqué par les vieux Metallica dilue son propos et finit, après que les 5 premières minutes soient écoulées, par nous faire somnoler. Ce qui n’est pas la façon la plus pertinente de finir à la fois un album et un morceau porte-étendard, vous en conviendrez.

 

Mais malgré les maladresses ci-avant évoquées, on ne peut s’empêcher d’avoir une vraie tendresse pour cet album qui combine deux mondes tout particulièrement appréciés de ce côté-ci de l’écran. D’autant que – je n’avais pas évoqué la chose jusqu’ici je crois – cette petite heure de Thrash est truffée de beaux solos et d’une basse insistante. Alors oubliez vos bulletins de maths calamiteux et venez vous réconcilier avec une matière qui trouve en Algebra un fier ambassadeur musical!

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

La chronique, version courte: qu’aurait-on trouvé pour Pulse? sur le catalogue Adipocere de la grande époque (… réputé pour ses « chroniques / descriptions » ultra-lapidaires)? « Thrash prog rugueux: Coroner meets Sepultura meets Death Angel ». Oui, c’est crédible. Et ça fait une bonne « chronique, version courte ».

photo de Cglaume
le 04/05/2020

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