Yarostan - II

Chronique CD album (38:35)

chronique Yarostan - II

Pour celles et ceux qui se diraient qu'il y a une faute de frappe dans l'énoncé stylistique associé à cette chronique, détrompez-vous, car Yarostan nous viennent du sud, un pied à Marseille et l'autre à La-Fare-Les-Oliviers-From-The-South-Coast (xCode postal hardcorex), là où on « aime bien la musique dark » (à prononcer avé l'accent). Alors entre qui préfère « harcore » et « hardecore », il a fallu faire un choix. Après tout, c'est aussi ça le hardcore : être clair dans les intentions, tracer des lignes de position, assumer d'aller de l'avant, parteggiare (prendre parti) comme dirait l'autre. Bref.

 

Sur ce nouvel album donc, répondant au doux nom de II , Yarostan ont selon moi franchi d'un coup plusieurs paliers de progression depuis leur précédente sortie. De bonnes bases y étaient déjà présentes, mais (toujours selon moi) il manquait malgré tout un petit quelque chose qui ferait ressortir leur performance de celle d'autres groupes officiant dans un registre proche.

Et bien cette fois, après quelques années de plus dans les bagages et l'apport d'une nouvelle guitare au groupe, ajoutant une complexité supérieure et une intrication des lignes musicales, la réalisation d'ensemble est vraiment à la hauteur des attentes dans le style. Il en résulte un disque tout à fait excellent, qui se trouve une réelle voie se démarquant du côté un peu plus classique de ce qu'ils faisaient avant.

 

Les morceaux découverts en live lors du Bus Stop Fest en décembre laissaient vraiment présager du tout bon pour cet album, vu la qualité de la prestation en concert, et ça n'a pas manqué, le résultat est à la hauteur des espoirs.

 

Mais rentrons un peu plus dans le détail du disque, maintenant qu'on en a plus ou moins vu les contours.

 

Alors que mon cher camarade Freaks était passé boire un (ok, plusieurs) coup à la maison pour une session d'écoute, et qu'en arrière-plan résonnent les premières secondes de « Minéral », le morceau d'ouverture, celui-ci énonce sa sentence : « Le départ est ultra Birds in Row ! ».

Affirmation à laquelle je ne saurais qu'aquiescer, car c'est effectivement le cas, tant au niveau du type de son que de la rythmique. Mais bien vite, Yarostan évoluent et s'emparent d'un univers qui leur est propre, avec un travail très propre lui aussi dans les transitions. On aura d'un côté les phases de screamo cathartiques portées par une batterie épileptique et un gros travail sur l'imbrications des instruments à cordes, en plus de trois voix qui apportent beaucoup de nuances à l'ensemble ; de l'autre, des respirations plutôt post-rock (pour lesquelles on ressent fortement l'influence de Godspeed You! Black Emperor, sur le début de « L'attente a fait un désert des jardins de notre enfance » par exemple), assez proche par ailleurs de ce qu'avaient fait les Tourangeaux de Rosa l'année dernière, et de nombreuses demi-mesures entre les deux.

 

On pourra donc trouver des sonorités postcore à la Isis (période Oceanic) à mi-chemin du quatrième morceau « Aux Miroirs Brisés », des sections hardcore / screamo pas si loin de groupes comme Majority Rule ou Jeanne, des mélodies qui peuvent naviguer entre une sorte de math-rock ici et basculer sur quelque chose plus proche d' Ànteros là (« Les Mains Vides »)....

 

En bref, sur II, Yarostan digèrent très bien tout un panel d'influences stylistiques pour en faire quelque chose de très personnel et qui fonctionne parfaitement. Les cinq morceaux que les Provençaux proposent ici se développent sur presque quarante minutes, laissant la place et le temps pour amener de nombreuses idées, peaufiner des arrangements et explorer différents paysages musicaux et émotionnels.

Et s'il peut de ce fait aussi y avoir quelques longueurs ici et là (la partie plus ambiante du troisième morceau par exemple), ces cinq pistes permettent néanmoins de poser Yarostan très sérieusement sur la scène hexagonale, et même au-delà.

 

A ce propos, je voudrais aussi noter que le chant en français ajoute ici réellement quelque chose de particulier, qui là encore fonctionne vraiment bien.

Si l'on ne s'en rend pas forcément compte sur une bonne partie de l'album puisque les voix sont principalement hurlées, je trouve que Yarostan ont vraiment bien joué leur coup : le fait que les quelques voix claires soient essentiellement organisées dans des choeurs (et jamais comme voix lead) est hyper bien vu. Pour les gens comme moi qui ont tendance à être réfractaires aux voix claires dans les musiques pas contentes, ici, ça marche vraiment bien. Le début de « Jouer dans des ruines », par exemple, est vraiment très bon de ce point de vue là, vite doublé par des lignes hurlées, donnant beaucoup de texture à l'ensemble. Les choeurs de la fin de « Les Mains Vides » sont eux aussi ultra bien placés par-dessus une mélodie en tremolo très efficace. Et comme je le disais, les paroles en français donnent en sus un petit côté catchy fort appréciable.

 

Bref. Comme on dit ici, Yarostan, ils font le rock. Ils le font bien. Très bien. Au point qu'il est d'ores et déjà certain que II figurera assez haut dans mon top de l'année 2022.

 

Signalons par ailleurs qu'ils seront en tournée en ce début avril avec les Strasbourgeois de Yurodivy.

 

A écouter en jouant aux boules avé l'anisette et de quoi s'hydrater régulièrement (les habits noirs, ça accumule la chaleur les enfants).

photo de Pingouins
le 08/04/2022

6 COMMENTAIRES

Freaks

Freaks le 08/04/2022 à 10:40:47

II, c'est le gap de la maturité pour Yarostan :p En tout cas, fouillé et varié, dans les standards du/des genre(s) .. Très bonne sortie que j'ai hâte d'entendre sur scène.. ;) 

Tookie

Tookie le 08/04/2022 à 20:17:30

Le départ est ultra Birds in row ! © Freaks
La suite aussi d'ailleurs ! mais pas que alors c'est cool. (cette phrase-ci est libre de droit)

el gep

el gep le 08/04/2022 à 22:06:01

"Hardecore" c'est pour le copyright Marseillais?
Avec l'accent, c'est vrai que ça marche même si c'est pas français (en même temps, Marseille est-ce vraiment la France, mouahah!).

el gep

el gep le 08/04/2022 à 22:07:41

Merde j'avais lu en diagonale, j'ai lu le premier couplet à la fin!

Pingouins

Pingouins le 08/04/2022 à 23:23:03

@Freaks : ça viendra, tu finiras par y arriver !
@Tookie : merci, je m'en servirai un de ces jours de cette phrase !
@gep : je vois qu'il y en a qui suivent :)

Moland

Moland le 09/04/2022 à 06:13:59

A priori pas ma came (quoique, y a GYBE dans le name dropping de catin de luxe), mais ta chronique donne envie de laisser sa chance au produit, alors y a plus qu'à faire preuve de curiosité. Merci. 

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