1914 - The Blind Leading The Blind

Chronique CD album (56 mn)

chronique 1914 - The Blind Leading The Blind

2014 a été l’année de commémoration du centenaire du début de la Première Guerre mondiale : les ouvrages, colloques, séminaires et autres manifestations scientifiques ont alors pullulé pour s’en faire l’écho. La résonance d’un tel anniversaire a même touché le monde du Metal. En témoignent par exemple la création en France du groupe FT-17 (Verdun !​​​​​​) et la sortie par Sabaton le 19 juillet 2019 de leur concept-album The Great War, présenté quelques mois auparavant à ... Verdun même. Les Suédois avaient déjà sorti en 2008 leur Art of War. D’autres groupes n’avaient d’ailleurs pas attendu cet anniversaire pour puiser dans cet évènement d’une intensité et d’une brutalité inédites une source d’inspiration pour leur musique, leur atmosphère, leurs artworks, … à l’exemple de "One" de Metallica (1988), de "1916" de Motörhead (1991) ou de "Paschendale" d’Iron Maiden (2004).

 

 

2014 est également l’année de création de la formation ukrainienne 1914, qui a entrepris dès son origine de faire de la Grande Guerre l’élément absolument central de son environnement sonore et visuel. Son premier album Eschatology of War, sorti fin 2015, avec ses morceaux tels que "Gasmask", "Verdun" ou "Zeppelin Raids", ne laissait déjà guère de doutes à ce sujet ! Et que dire des noms de scène de ce quintet ?

- Ditmar Kumar au chant : « 2.Division, Infanterie-Regiment Nr.147, Oberleutnant »

- Liam Fessen à la guitare : « 37.Division, Feldartillerie-Regiment Nr.73, Wachtmiester »

- Vitalis Winkelhock à la guitare : « 5.Division, Ulanen-Regiment Nr.3, Sergeanten »

- Armin von Heinessen à la basse : « 9.Division, Grenadier-Regiment Nr.7, Unteroffiziere »

- Rusty Potoplacht à la batterie : « 33.Division, 7.Thueringisches Infanterie-Regiment Nr.96, Gefreite »

 

Sabaton peut donc aller se rhabiller !

 

 

Le second opus de ce groupe-concept, intitulé The Blind Leading The Blind, a connu une première vie, plutôt calme, suite à sa sortie en auto-production le … 11 novembre 2018, soit « à la 11e heure du 11e jour du 11e mois de l’année ». Quand je vous dis que 1914 ne faisait pas semblant ! Les musiciens-soldats sont peu après entrés dans le collimateur d’un gros label, Napalm Records, qui n’a pas manqué l’occasion de l’intégrer dans son roster avec, à la clef, une seconde sortie fixée cette fois-ci le 31 mai 2019.

 

Attention, les Ukrainiens ne sont pas là pour faire passer un message nauséabond et réactionnaire, qui ferait par exemple la promotion surannée de l’ordre et de l’équilibre imposés par toute société militaire. C’est même l’inverse opposé! Leur musique est présentée comme le vecteur d’une culture mémorielle ; 1914 résume ses idées au travers de ces quelques maximes que je vous livre :

« For the Fallen Ones »

 « Where death becomes absurd and life absurder… »

« Because those who cannot remember the past are condemned to repeat it »

 

La fragilité des corps et des esprits face à la violence de masse et au déchaînement des armes produites à une échelle industrielle (le « ashes to ashes, dust to dust » hurlé dans "Passchenhell"), l’absurdité de la guerre totale promue par des états-majors aveugles de la situation réelle des champs de bataille (refrain « We need more skulls ! Kill ! Kill ! Kill ! » de "C’est Mon Dernier Pigeon"), l’annihilation des hommes devant la machine, les souffrances subies par la communauté combattante sont les thèmes forts abordés par 1914. La mort y est omniprésente, comme l’illustre l’artwork de l’artiste praguois Smerdulak. Malheureusement, il n’y a rien d’exagéré à cela, tant la mort devient durant la Grande Guerre familière pour chaque soldat. L’illustre ainsi ce glaçant croquis dessiné par Jules Ponceau qui, incorporé au 106e régiment d'infanterie, participe aux combats qui se déroulent dans la région de la Meuse. Il sera blessé en 1916.

 

Jules Ponceau (1881-1961), croquis tiré d’un album de dessins réalisé entre 1915 et 1919

(Musée d’Histoire de la Ville de Nantes)

Texte annoté, présent en bas à droite du croquis :

« Mon cher Yves, je te dédie ces 201 croquis, dont beaucoup sont des souvenirs de biens mauvais moments.

Puisses-tu ne jamais en connaître de semblables ? Pour cela tu feras en sorte de lutter selon tes moyens

et de toute ton énergie contre les fauteurs du plus grand des malheurs qui puissent être, la guerre. »

 

The Blind Leading The Blind est le fruit d'un gros travail de recherche, dans la mesure où il comporte un nombre impressionnant d’extraits de chansons et de films de guerre, à l’exemple de l’intro "War In", en fait une chanson patriotique de 1914 d’Helen Clarke "Your King and Country Want You" ou du début de "C’est Mon Dernier Pigeon" qui reprend les paroles du général Mireau dans Les Sentiers de la Gloire (1957) de Stanley Kubrick (« Hello there, soldier. Ready to kill more Germans ? »). L’album regorge également de samples de bruits d’explosions, de bastos, de chenilles de chars, de hennissements stridents de chevaux, de pluies battantes, de chants, cris et pleurs de combattants ("Hanging On The Barbed Wire"), par instant amplifiés par les propres hurlements du chanteur. Parfaits pour se mettre dans l’ambiance.

 

Et musicalement, vous me dires ? Hé bien, rien de très original, à dire vrai. 1914 propose un Blackened Death d’école, très « mainstream » – et je dis cela sans morgue – avec des enchaînements plutôt efficaces, mais très classiques, qui renvoient tout à la fois à des attaques authentiquement Black ("High Wood. 75 Acres Of Hell", très bon "C’est Mon Dernier Pigeon", "The Hundred Days Offensive"), des riffs et solos très Death Old School ("Passchenhell" avec la prestation convaincante du guest vocal David Ingram de Benediction et de Bolt Thrower) et même des passages sludge (début de "High Wood. 75 Acres Of Hell") ou doom ("A7V Mephisto"). Mais on y retrouve dans le même temps des refrains manqués et des choix douteux, comme cette reprise ratée du cultissime "Beat The Bastards" de The Exploited, entamée à la ... cornemuse ! Mais qu’est-ce que cela vient faire ici, bordel !

 

Je comprends pourquoi 1914 a rejoint depuis peu la machine Napalm Records. L’agressivité d’un Black/Death très béhémothien, associée à l’énergie du frontman armé de son micro-fusil et à une mise en scène soignée (samples de l’album réutilisés et musicos habillés soit en uniforme, soit un costume cintré très « fin-de-siècle »), tout cela fera merveille j’en suis sûr lors des festivals que les Ukrainiens ne manqueront pas de fréquenter en 2020, à l'exemple des prochains Dark Easter, Inferno, Pitfest, Brutal et Motocultor.

 

 

La musique, malgré quelques moments sympas passés lors des réécoutes ("High Wood. 75 Acres Of Hell", "Passchenhell", "Stoßtrupp"), ne m’a guère transporté. Mais peut-être que le message l’emporte ici sur le reste… Non ?

 

 

 

photo de Seisachtheion
le 23/01/2020

4 COMMENTAIRES

Xuaterc

Xuaterc le 23/01/2020 à 11:28:17

https://www.facebook.com/photo.php?fbid=383192631745358&set=a.106523432745614&type=3&theater

Crom-Cruach

Crom-Cruach le 23/01/2020 à 18:24:25

Une kro dont la qualité est inversement proportionnelle à celle de l'album. Moi j'arrive pas à faire "ça". "Beat The Bastards"... à la cornemuse.

Seisachtheion

Seisachtheion le 26/01/2020 à 21:01:44

Ils vont même faire les Metaldays...

Seisachtheion

Seisachtheion le 01/04/2020 à 13:10:11

Un groupe à rajouter sur la liste...
... Guerra Total du Thrash Black de Colombie.
https://youtu.be/npppzdolx64

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