Aara - Triade I : Eos

Chronique CD album (45 mn)

chronique Aara - Triade I : Eos

L’année 2020 et son cortège de vicissitudes liées à la pandémie de Covid-19 ont eu bien des effets néfastes. Le confinement planétaire qui s’en est suivi également. Les conséquences positives sur le monde de la culture sont infinitésimales, nulles pour ainsi dire ; il en existe une spécialement, à laquelle je suis confronté, peut-être la seule et unique d’ailleurs à bien y réfléchir, à savoir le coup de boost que cet enfermement contrait a pu donner à la composition de musique. Ceci est frappant dans la nébuleuse Black Metal, où on peut observer la présence d’une kyrielle de « one-man projects ». Mais buddies teamers de Coreandco ne le ressentent pas forcément, mais pour le blackeux que je suis, je me prends ces dernières semaines en pleine tronche un raz-de-marée de sorties qualitatives, qui mériteraient un texte critique pour chacun d’elle.

 

Je me débats, je suffoque, je me noie !

 

Attention, composer n’est pas enregistrer et pléthore de groupes se retrouvent posés là, sans solution. Certains ont pu y accéder, plus ou moins aisément, parfois à (longue) distance les uns des autres. Mais, pour le Black, la vague créatrice est bien là.

 

En résumé : indicible bonheur du fan, mais formidable épreuve du chroniqueur.

 

Ne serait-ce que pour le 19 mars 2021 ai-je pu relever la sortie attendue des derniers Mare Cognitum, Kankar, Midnight Odyssey et Fuath (le side-project d’un membre de Saor). Allez, BIM, mange tes croûtes ! En attendant de me pencher sur le premier cité (et le deuxième si je peux :\), j’ai souhaité cracher un papier sur le dernier long-format des Suisses d'Aara, disponible lui officiellement une semaine plus tard. Ayant chroniqué au début de l’année leur album En Ergö Einai sortie en avril 2020, la tentation était trop forte pour écouter (ou non) les novations et les améliorations apportées par ce groupe – duo devenu trio depuis l’intégration précieuse du batteur « J. » –, animé vous l’aurez compris par une vitesse de création assez inouïe !

 

Comme son nom l’indique, Triade I : Eos est la première pierre d’un nouvel édifice, d’une nouvelle trilogie. Et d’ailleurs, à l’instant même où j’écris ces quelques lignes, Aara est déjà en train d’en enregistrer le deuxième jet ! Alors que Ergö Einai puisait sa source d’inspiration dans le XVIIIe siècle et l'Europe des Lumières pour nous proposer un Black Metal élégant chargé d’émotions, le nouveau projet de ces Suisses s’appuie dorénavant sur l’univers de Charles Robert Maturin (1782-1824), spécialement de son ouvrage le plus connu Melmoth ou l'Homme errant (Melmoth the Wanderer, 1820). Marquant alors une forme d’apogée du genre gothique, ce livre met en scène son héros, qui, après avoir signé un pacte avec Satan, vit 150 ans d'aventures en tous genres. Et pour cause : il parcourt le monde à la recherche de quelqu'un qui daigne prendre sa place de maudit ! Quelle référence littéraire réjouissante !

 

Le précédent effort d’Aara ne m’avait réellement transporté qu’à l’occasion de son ultime pièce "Telôs" qui donna par son souffle épique une dynamique conclusive très forte. J'ai été heureux et soulagé d’entendre que les 6 pistes d’Eos empruntaient la même voie, avec même des progrès significatifs tant dans l’intensité que dans la volupté, car nous faisons bel et bien face à un Black Metal décomplexé, totalement vibrant et exalté. On retrouve le même jeu de contrastes, semblable à celui présent sur la pochette (qui fait fortement penser aux peintures de Georges de la Tour), qui habitent depuis leur début les membres d’Aara, spécialement son maître d’ouvrage Berg. Un jeu constant et tenace entre ombre et lumière, entre violence et émotion, entre désespoir et grandeur.

 

La musique composé avec brio et porté avec non moins de talent par la chanteuse Fluss, se met dans les pas de Melmoth, ce héros naufragé qui, au cours de sa vie démesurément longue et de ses cinq aventures emboîtées narrées par le dandy Maturin, arpente un monde interlope et sinistre où, à l’instar de Faust, de Méphistophélès, du Juif Errant ou du Prisonnier de Chillon, s’entremêlent la quête de sens, l’esprit de révolte, le goût de l’occulte, la soif de la connaissance et - à l’issue - la recherche de soi. Chaque morceau y contribue, avec force et lyrisme.

 

Aara s’est engagé corps et âmes dans la création d’une machinerie extravagante et flamboyante, qui - enfin ! - remue tout sans ménagement et bouge les lignes au-delà du raisonnable et du perceptible, au point de poser là, au milieu de la scène européen, un des plus gros pavés Black Metal de l’année. Et j’ose vous rappeler qu’il ne s’agit ici que de la première partie. Vivement la suite !

photo de Seisachtheion
le 23/03/2021

1 COMMENTAIRE

el gep

el gep le 24/03/2021 à 21:44:44

Nan mais ils n'y a rien de positif dans la... Euh... Ah... Ok, ok!
Merci pour le rappel en introduction, Seisacht'!
Pas étonnant que les chevaliers misanthropes des ténèbres "profitent" de la pandémie pour atteindre l'état de grâce dans la Grande Lux!
Intriguant... Comme cette pochette effectivement très de la Tourette.

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