Blood Incantation - Hidden History of the Human Race

Chronique CD album (36:20)

chronique Blood Incantation - Hidden History of the Human Race

Depuis que le regretté Cobra Commander a fait son pot de départ, CoreAndCo n'est plus vraiment le genre de zine au sein duquel on trouve de ces chroniques assassines qui descendent avec un malin plaisir des albums encensés par le reste de la planète Metal. On y préfère en général le miel des coups de cœur au fiel des coups de gueule, et les commentaires constructifs de bas de page aux menaces de trolls non connectés fustigeant ces crétins de chroniqueurs qui n'ont manifestement rien compris. Pourtant de loin en loin monte l'envie de faire entendre un autre son de cloche. Pas par esprit de contradiction, ni pour se faire un kiff « The Punisher »: mais pour tenter de voir si d'autres voix discordantes n'auraient pas également été réduites au silence par le puissant brouhaha du troupeau bêlant son admiration. Ou si – « non, vraiment tu dois avoir un problème » – ce sont en fait nos oreilles qui buguent...

 

Vous avez vu la note, lu le chapitre précédent: vous savez donc le chemin que va emprunter cette chronique. D'ailleurs si vous êtes juste ici pour défendre votre poulain et souhaitez ne pas perdre trop de temps à lire ce papier (et que vous n'avez pas vu la section « La chronique, version courte » qui est pourtant là pour vous, amis feignants), laissez-moi vous donner tout de suite mon impression sur cet album, sans attendre la conclusion: Hidden History Of The Human Race est prétentieux, pénible, retors, honteusement calqué sur ses références, et souffre d'une production brumeuse gavée d'échos qui voudraient évoquer les confins du cosmos mais qui rappelle surtout l'atmosphère suffocante d'une pièce dans laquelle on a longuement poncé du plâtre. Partant de ce ressenti – forgé après plus d'une vingtaine d'écoutes, et non je ne m'appelle pas Kevin et je n'ai pas 13 ans – j'ai du mal à comprendre ce concert unanime de louanges, et cette présence systématique sur les plus hautes marches des podiums 2019. OK, à mon âge on est au courant que certains prennent leur pied à se faire piétiner le scrotum ou à s'introduire des cactus dans le rectum: mais a priori ce ne sont pas les pratiques les plus communément rependues. A moins que... On m'aurait menti?

 

Insérons quand même ici un paragraphe « BFM TV », histoire de vous donner les news que vous auriez pu glaner ailleurs, mais qu’on vous prémâche pour que vous n’alliez pas vous perdre en d’autres lieux moins bien fréquentés. Blood Incantation est donc une formation américaine relativement récente ("relativement", car formée en 2011) dont le premier album sorti chez Dark Descent Records a fait beaucoup parler de lui. En bien. S’en sont suivies de nombreuses dates (avec Demilich, Cruciamentum, mais également Morbid Angel, Immolation ou encore Cannibal Corpse), de nombreux festivals (Brutal Assault, Party-San, Maryland Deathfest…), de nombreux label dating (et c’est Century Media qui a finalement su doser au mieux le GHB), pour arriver finalement à la sortie de ce deuxième album.

 

Alors oui, le qualificatif « prétentieux » utilisé quelques lignes plus haut n’offre pas une description très objective de la musique ici offerte. Celui-ci se justifie néanmoins par 1) l’agacement certain ressenti par le chroniqueur 2) une ligne de conduite proche des talibans du Prog (comprendre des morceaux à rallonge, des passages tripés, une volonté claire de ne pas être facilement accessible) 3) l’utilisation de titres qui sentent le bobo parisien en train de refaire le monde devant un café à 12 euros (« Awakening From The Dream Of Existence To The Multidimensional Nature Of Our Reality (Mirror Of The Soul) »). Mais il est plus que temps de décrire la musique du groupe, qu’on pourra résumer en « Psyché Tech-Death cosmique et retors », à défaut de mieux. Vous prenez les plans les plus maladifs de Morbid Angel, vous les agitez derrière un voile sonore maussade et indistinct (je ne sais pas si c’est le fait d’avoir enregistré cet album en tout analogique, mais mes oreilles ont rarement eu autant l’impression d’être des yeux cherchant désespérément à distinguer quelque-chose à travers le brouillard d’un soir d’automne londonien), vous glissez des plans Jazz / Opium / Alpha du Centaure dignes d’un Cynic ramolli par 2 mois de fumette à Katmandu, et vous obtenez ce qui est devenu le summum du trop cool chez les death-metalleux. Enfin c'est ce qu'on lit partout.

 

Avec un peu de recul et de sang-froid, je reconnais que le travail abattu par le groupe est impressionnant. Sauf qu’il faudrait pouvoir en retirer du plaisir plutôt que de se faire râper les terminaisons nerveuses à la lime à ongle. Et il faut croire que mes oreilles n’ont pas été finies dans le bon moule, parce que ça me gratouille dès les premières secondes de « Slave Species of the Gods » qui rappellent une version bordélique du début de « Immortal Rites » (Morbid Angel). Les guitares leads, vaguement discernables derrière la mélasse, sont stridentes et furieuses. Ça dissone et ça tortillonne. Ça abuse – dans tous les morceaux, en général vers la barre des 3 minutes – de cet effet trop-stéréo-cosmique-Albator où la musique semble enfler et se déplacer entre vos écouteurs au milieu du souffle d’une navette au décollage. Ça met de l’écho pour qu’on voit mieux passer les comètes. Ça s’empâte lors de plans Doom amorphes fatigués et désespérants. Et ça finit avec une fleur fanée à la main, au bout de 18 minutes, dans les brumes éparses d’un matin blafard.

 

... Alors au vu du bilan émotionnel ci-dessus, qu’est-ce qu’on s’en fout franchement, qu’Antti Boman de Demilich soit venu faire un featuring au milieu du bousin?

 

Tout cela est évidemment très dépendant des sensibilités des uns et des autres, et de ce que chacun attend de la musique. Par ailleurs, afin de mieux jauger le contenu de cette chronique, il peut être bon de savoir que je ne suis pas très fan d’Immolation, d’Incantation, ni de ces groupes qui aiment mettre en avant la dissonance. Ceci doit forcément expliquer cela.

 

Mais sans déconner, vous tripez vraiment tous votre mère sur cet album?

Il est où Marcel Béliveau?

 

Pour finir sur une note constructive, je vous laisse sur les conseils contradictoires du lapin:

- si vous voulez du bon Death complexe et intelligemment retors, réécoutez donc les premiers Morbid Angel (bientôt dispo en « chro rétro » dans ces pages).

- si vous voulez du Death spatial compliqué et exigeant, essayez donc plutôt Mithras. Et puis sinon, en moins velu, un bon vieux Voivod c’est pas mal non plus...

- et plutôt que cet artwork très discutable, si vous aimez le rétro-futurisme, matez donc la pochette du dernier Afterbirth.

 

    

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

La chronique, version courte: si l’on trouve Morbid Angel trop Néo, si l’on aime devoir tendre l’oreille à travers un écran brumeux pour deviner quelles stridences aiguës sont vomies par les guitares leads, si les plans retors ne le sont jamais assez et que le panard total c’est quand ils se mêlent à des passages Doom dépressifs et des trips Psyché « petit doigt en l’air » sur fond de thématique SF, alors on risque d’adorer Hidden History Of The Human Race. Comme, semble-t-il, une grande majorité de gens. Putain, ça y est, c’est sûr: je suis (devenu?) un vieux con qui ne comprend plus rien au Metal contemporain!

photo de Cglaume
le 02/06/2020

4 COMMENTAIRES

pidji

pidji le 02/06/2020 à 09:06:09

Toi tu vas avoir des problèmes 😂

el gep

el gep le 02/06/2020 à 10:05:31

Jé pa lu ta cronikk mai je sé que sé trop dla merde!!!
Quat sur dix a bLoude inCentasion?!?
Tro pa ojbéctif sal con!

Crom-Cruach

Crom-Cruach le 02/06/2020 à 10:22:36

J'avais peur de lire un énième éloge de ce truc très pénible à écouter. Me voilà soulagé. Perso, j'aime bien Immolation et surtout Incantation, donc ça ne vient pas de là, Lapin....

sepulturastaman

sepulturastaman le 02/06/2020 à 21:13:24

Oui enfin lapin tu sais les gens sont admiratifs de Cattle Decapitation, alors bon ce disque chiant comme la lune adulé ne m'étonne guère.
Sinon pour du moins velu en cosmique il y a les très bons Oozing Wound.

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