Channel Zero - Feed'em with a brick

Chronique Vinyle 12" (45)

chronique Channel Zero - Feed'em with a brick

L’angoisse de la page blanche…  Bon sang, je vais causer du dernier Channel… Mince. Excité comme si j’attendais le générique de fin de Gym Tonic dans les années 80, l’acné turgescente à enfin pouvoir mater une paire de seins et des fesses à l’heure de la messe. C’est que vous voyez Channel, c’est quelque chose chez nous. Considéré, à juste titre, comme LE combo métal du siècle dernier dans mon plat pays ; Channel Zero remet le couvert avec un plaisir non dissimulé aux vues des prestations scéniques qui ont terrassé tous les superlatifs. Ben oui, pour une fois (sic)… On se la pète en Belgique. Leur retour coïncide avec un record. Janvier 2010, L’AB, vénérable salle de concerts de Bruxelles, a affiché complet durant six jours consécutifs, soit 12 000 personnes, et comme pour la genèse, un septième jour était dévolu gratuitement aux plus faibles d'entre nous. De l’avis des spécialistes, ils auraient pu faire 10-12 dates, le succès eut été semblable. Voilà pour le constat, nous voilà bien marris !

 

Ma dernière rencontre avec Channel Zero remonte au 31 juillet dernier. Ils sont programmés aux Lokersefeesten, sympathique festival qu’accueille la riante petite ville de Lokeren. Même que j’ai eu la flemme de vous en faire une review cet été. Coincés entre les vétérans de Thin Lizzy (efficaces et partageurs) et la machine Dream Theater (soporifique et faux sur l’ensemble de la prestation) les presques locaux avaient à cœur de nous retourner. Ambiance. La plupart des kids (j’ai pas dit trentenaires) sont là pour Soulfly qui clotûre cet après-midi heavy. Les « vieux » sont paisibles et avinés lorsque retentit un titre mix d’Aphex Twin (?) qui glisse à merveille sur le « She watch Channel Zero » de Public Enemy. Mélange des genres, chuchotements et même incompréhension dans l’assemblée (là c’est moi qui comprends pas).  Punaise les réacs sont de sortie…  Les grésillements de « Hot Summer » se font entendre et le combo prend place sur scène… L’orage éclate sous un soleil brûlant. Bien sûr, ils vont revisiter leurs classiques « Black Fuel », « Run with the torch », « Stigmatized for life », « Tales of worship », « Fool’s Parade », « Misery » pour le plus grand bonheur d’un public chauffé à blanc, hilare et chanteur. C’est bien là l’une des marques de fabrique du groupe: on peut chanter ! Show imparable, habité et puissant, une belle baffe!

 

« Black Flower » qui avait suivi les sets à l’AB était d’une platitude lunaire, il ne figure même pas sur ce Feed ‘Em with a brick. Le 10 mai 2011, le groupe poste sur youtube la vidéo de « Hot Summer » ; une version Mad Max, les seins tout en boue, de Gym Tonic, on jubile même si musicalement, on reste sur sa faim. Merde, un retour avorté de plus… 'vont quand même pas nous la jouer pop-metal, 14 ans après…

 

On ne connaîtra probablement jamais les vraies raisons qui ont amené le groupe à se remettre en route. Xavier Carion, le guitariste originel et âme fondatrice du groupe en 1990, n’est pas de la partie (suite à des problèmes auditifs). On retrouve à ce poste Mike Doling, fondateur de Snot et passe-plat pour Fat Max -Soulfly- Cavalera. Quoiqu’il en soit, le plaisir quasi-juvénile du trio historique, lors de leur prestation à Lokeren, en disait long sur le bonheur de jouer ensemble et d’en remettre une couche. Et quelle couche ! Ce cinquième album studio s’annonce comme leur album le plus abouti. Le parti-pris étant de puiser dans toutes les tranches du Heavy-Metal avec un même bonheur. Après plusieurs écoutes, j’en viens même à me dire que je conseillerais cet album à qui ne connaît pas les racines Heavy, en plus ça sonne moderne. Ma femme qui aime pas le Metal, adore cet album ! Hé oui les pti loups, c’est là que vous allez sortir les crocs. Oui, ils ont sorti un album Grand Public. En parfait exemple pour illustrer mon propos, commencer l’écoute de cette plaque par « Freedom »… Alors ça joue pas grave sa reum ? Ce riff thrash 1986 (Bay Area Style) ne vous donne pas la gaule? En plus, ça synthétise la voix comme Mike Patton période Angel Dust ! T’as vu tu chantes avec !

 

Feed Em with a brick, que l’on pourrait traduire en chti par - minge eun brique - et en français familier par – Prends ça dans les dents – (non, je n’utilise pas gougeul translette) bénéficie d’une production exemplaire de Logan Mader (= Ross Robinson de la décénnie 2010) qui se repose sur des compositions très solides, des riffs efficaces, une groove machine derrière à toute épreuve (même la plus passéiste) et la voix exceptionnelle de Frankie DSVD. On l’a peut-être oublié, mais l’ange noir est un chanteur hors pair capable d’aligner les octaves comme les Ramones enchaînaient leurs titres. Une brillance éblouissante dans le timbre et une puissance phénoménale. Les années n’affectant en rien son énorme potentiel de 1994 (la première fois que je les ai vus). L’album se veut mélodique, aggressif, moderne et respectueux. Gros challenge d’inviter l’Indus « War is Hell » et le Thrash « Freedom » à un banquet réunissant Judas Priest et Biohazard. Ce ne sont peut-être pas les meilleures références, on s’en fout Channel Zero fait du Channel Zero. Ça groove, ça bastonne, et ça brille. Marcello Dias (Soulfly) pose sa basse sur le démentiel « Ammunition », un titre écrit par Tommy -Prong- Victor.

 

Le combo belge (rien à voir avec l’autre) s’offre une vraie cure de jouvence. Les tensions originelles s’étant diluées dans le temps, le conflit linguistique n’ayant jamais existé au sein du groupe, trop occupé à se prendre la tête pour être le prochain Biohazard ou Megadeth à l’aube de leur carrière. Feed Em with a brick renvoie tous les Metallica, Machine Head de la planète Heavy à leurs études. Plus qu’un retour, Channel Zero surpasse le trop de culte et reprend sa carrière en mains et ça fait un bien fou.

photo de Eric D-Toorop
le 10/11/2011

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