Fishbone - The Reality Of My Surroundings

Chronique CD album (59:39)

chronique Fishbone - The Reality Of My Surroundings

Désolé M'man, il fallait juste que j'le fasse.

 

Bon, j'avais quand-même parlé de Chim Chim's Badass Revenge, mais ça ne suffisait pas.

J'veux dire, comment passer outre ce disque, c'est pas permis, ça ne devrait pas l'être, c'est interdit. Y'a ''Everyday Sunshine'' dessus mec (et Larry Fishburne* en featuring, ça ne s'invente pas quand on s'appelle Fishbone), tu comprends ? Tu piges?

Voilà.

Béh en plus ils viennent de ressortir un EP sobrement intitulé Fishbone célébrant le retour progressif à la Maison-Mère-Maman de Chris Dowd et Walter Kibby, deux membres des origines. Alors je viens réparer l'erreur, si seulement je pouvais redonner à Fishbone plus de gens (mais j'en doute, bizarrement, ai bien conscience de ma petitesse), plus de gens qui les écoutent, sur disque, plateformes (avec ou sans boots), en concert...

 

En concert... Figurez-vous que je les ai vus pour la première fois de ma vie, il y a peu, seulement en cette fin de printemps 2023, à Voujeaucourt. J'ai dit à : VOU-JEAU-COURT. Dans le Doubs**, de la couronne de Montbéliard, prononcez « Monbééyiaaahr » ou ne prononcez pas. C'était peu avant leur passage au Hellfest, où ça s'est pas très bien passé, vu ce que j'ai entendu sur le malheureux live retransmis par Arte : gros soucis de son, les gars ne s'entendaient pas et... ça s'entendait, notamment ''Dirty'' Walter Kibby qui chantait et jouait à côté complet...

Dans le Doubs, ça avait été cool les gens, mais pas trop vénèr', plutôt donc en mode détendu, feel good (quoique ''Estranged Fruit'', c'est pas du gai, hein...), en commençant par le génial ''I Like To Hide Behind My Glasses'', bien cabaret déglingos, puis très funky, Ska et pas beaucoup de Punk-Rock (''Subliminal Fascism'', quand même) et autres fâcheries... Mais c'est pas grave ! J'avais l'impression de revoir des vieux amis, vraiment, ça ne m'a jamais fait ça avec aucun groupe, même pas les Melvins ! Non, là, les Fishbone c'était vraiment mes vieux amis qui reviennent dans le coin. Quelle joie ! Et quel groove !

C'est dire comme j'ai leur musique dans ma putain de peau, hein ? C'est p't'être aussi parce que je les écoute depuis que je suis gosse... Mais non, c'est propre à Fishbone. Juste eux.

Ça ne s'explique pas.

C'est « beaucoup des sentiments »

 

Après ce concert fort chouette mais un peu trop sage, je n'ai eu qu'une envie, réécouter leurs disques. Notamment celui qui nous concerne ici, mon préféré avec Chim Chim's Badass Revenge.

Oui, oui, y'a le tube ''Everyday Sunshine'' (qui est un morceau complètement dingue aussi, en fait, c'est pas un tube « classique », c'est bien plus taré que ça, on y reviendra), mais il y a bien bien plus que ça.

Rien que pour ce morceau incroyable, dans tous les sens du terme, tiens, ''Behavior Control Technician'', partons de çui-ci : mélange halluciné et hallucinant de gros Metal, Gospel, Funk sombre, de shredding eighties, d'emphase quasi néoclassique, de gros riffs de cuivres conquérants et menaçants, putain l'ambiance, ça fait un peu frissonner dans les coins et oh comme ça emmène, ça emmène, avec Dirty Walt qui harangue entre les coups de semonces des saxos et trompettes. Pis ce chœur féminin, là ! Un morceau inouï et un exemple parfait de Fusion euh... parfaite. Voilà jusqu'où pouvait aller la Fusion. Non, pas la Fusion, mais Fishbone. Et je vous parle pas de nawakerie, là, (Lapin, j'ai rien contre la nawakerie, hein) mais bien d'un savant mélange raffiné de toutes les musiques en une seule, unique, celle de Fishbone, qui n'est pas celle d'un autre, OK, compris ?

 

Pauvres hères qui croyiez que Fishbone c'était forcément du reggae-ska, je vous invite à sauter direct pour voir à ''Babyhead'', morceau branché cul jusqu'au malaise, qui sonne glauque presque à la Fripp/Belew dans les années 80, qui se tend en crescendo sur la quasi seule puissance du basse/batterie (et quel basse/batterie!!!) et des chants. On pourra remarquer qu'ils singent les psalmodies de pleureuses Africaines, détournées en plaintes sexuelles. Un truc, un machin génial inouï aussi.

Même aujourd'hui en deux mille putain d'vingt-trois.

 

Les chants, purée, les chants : du disque, des morceaux, ils en débordent, vu que les sept membres peuvent se mettre à chanter n'importe quand, en réponses, contres, contrastes, refrain-dans-le-refrain, ou exhortant l'auditeur à mieux euh... auditionner.

Oui-donc, ils sont sept à cette époque : ils ont récupéré l'ex-Miles Davis John Bigham, un monstre à la gratte – ce qui fait donc avec le regretté Kendall Jones, ben, deux monstres regrettés aux six cordes.

Dès le très Fusion des 90 introductif ''Fight The Youth'', c'est très choral, si bien que tout au long de ce disque-concept de 18 plages, on ne sait plus si on écoute du Gospel satanique et du Funk ébahi en même temps que du Metal-Prog déviant ou du Ska-Punk spécialement débridé... Prince et Van Halen magnifiés par la dinguerie, Stevie Wonder, Jeff Buckley, Sly And The Family Stone et Bad Brains en coït contre-nature, et vous avez saisi un tout p'tit chouïa l'idée...

 

C'est un peu tout ça. C'est beaucoup tout ça. C'est beaucoup tout.

C'est un peu éreintant. Mais, hé, la musique, c'est pas pour se reposer, hein ? Bordel !!!

BOUH !!! DEBOUT !!!

 

J'ai parlé de concept album. C'est pas revendiqué par le groupe, je ne crois pas, mais ça se pourrait très bien.
De nombreux morceaux font échos les uns dans les autres : ''Everyday Sunshine''/''Sunless Saturday'', hé, t'as vu. Les interludes qui ponctuent le disque à bon escient, l'affreux-drôle ''Asswhippin' '' revenant à la fin du cauchemardesque ''Housework'' (encore un titre-phare pour un album éblouissant de mille feux) – hep !, si Noirs-et-esclavage-et-hurlements-et-bruits-de-fouet vous mettent mal à l'aise, ne passez surtout pas votre chemin, Fishbone est là pour touiller la cuillère dans la plaie – ou encore les ''If I Were A... / I'd...'' enregistrés en live qui tranchent quatre fois le disque... Les salaces ''Babyhead'' et ''Naz-tee May'en'', et les trois prières ''Junkies Prayer'' (un slam horrible sur la came), ''Pray To the Junkiemaker'' (la Came à la Maison BLANCHE : ''YOU WILL !!!'' et ''THEY DO' !!!') et ''Everyday Sunshine'' qui font sens... sens dessus dessous !

Bref, un album, un tout, un vrai bloc de cacophonie inspirée, complètement cohérent dans sa folie et sa démesure. Comme les justement démesurés ''Housework'' et ''Pressure'', qui rendront fous n'importe qui, tant l'énergie est démoniaque, avec en plus... ahahahah !, des trompettes ! DES TROMPETTES !

Car oui, les thèmes des cuivres sont aussi géniaux qu'inventifs et apportent énormément au son du groupe. Même les sons de synthés aujourd'hui un peu vieillots n'arrivent pas à entacher cette musique si classieuse. Sons de claviers parfois perchés d'ailleurs, qui, en plus de ces voix outrées et de tout le reste, me feraient bien passer un petit coup de fil à Mr. Bungle (déjà dans l'album précédent le tré cool tré fré Truth And Soul, y'avait des prémices). Oui, je parle de leur premier album, aux Bungles.

Et si nous devons évoquer la dinguerie de leur musique, il faut signaler que sur leur méfait suivant Give A Monkey A Brain... And He'll Swear He's The Center Of The Universe, ils iront encore plus loin peut-être avec leurs morceaux ''Drunk Skitzo'' et ''The Warmth Of Your Breath''. Pour un rendu sur l'intégralité du disque plus inégal ceci-dit... Chim Chim's Badass Revenge étant lui très bien fourni à ce niveau, dans un registre plus cru, moins Metal, plus Punk âpre, je vous le conseillerais aussi si vous aimez quand ça déraille débraillé.

 

La classe, oui. Putain, ''So Many Millions'', ce mélange Funk-serpent, cet esprit Soul et Afro-Jazz, ces grattes de virtuoses Métalleux, et la mélodie de ce refrain qui te hante : ''Soooo maaany miiiillions feel this strong / All these people can't be wrong, be wrong'', et après ces textes ''It's a pile of shit in the White House / And I'm gonna step on when I'm visiting / So I can drag it more all across your flag''.

Duh !!! T'en ferais une thèse, de ce morceau, que t'en aurais toujours pas fait le tour.

Ouaip, tellement la classe que la plupart des morceaux sont des tubes.
Un léger côté FM teinte d'ailleurs les deux derniers titres, qui sont ma foi ceux qui me bottent le moins, mais il y a du bon à prendre aussi. ''Those Days Are Gone'' met du Heavy dans son Doo-Wop et présente de beaux chorus mélancoliques et orientaux, ''Sunless Saturday'' pouvant de son côté fièrement représenter la Fusion colorée de son époque en mélangeant ce même Heavy Metal avec les Silencers et Faith No More. Ça ferait un parfait générique de film d'action du même millésime. On dirait que des rayons lasers sortent de leurs guitares et de leurs trompettes.
Bon, fini la rigolade, ''Everyday Sunshine'' est proprement un pur instant de génie. Solaire et douloureux en même temps, avec ses mélodies inoubliables, chœurs divins, duo de chants à vif entre Chris Dowd et Angelo Moore, final explosif et gargantuesque, on passe du rire aux larmes, puis les sanglots dans le sourire, et la frénésie, la frénésie, avec toujours la quête de la joie en ligne de mire, quoiqu'il arrive : l'espoir. Même quand ça fait mal au bide.

 

Ajoutez à tout cela le personnage d'Angelo Moore, magnifique chanteur et saxophoniste, et bête de scène charismatique, infatigable, inconsciente (il a fait des plongeons de scène et de balcons, ou de l'escalade qui auraient pu lui coûter la vie, sérieusement***) et... bref, c'est Fishbone.

Vous avez le tournis ? Moi aussi. C'est ce que fait ce disque, en bien bien mieux. J'aurais pu en écrire un livre. J'aurais dû.

 

Merci mes vieux amis, force et courage !

 

 

 

  • *serait-ce le même Laurence ''Larry'' Fishburne, l'acteur, qui fera toute la voix off pour le documentaire « Everyday Sunshine : the story of Fishbone » ? Il semblerait bien !

  • **z'ont aussi joué à Champagney, à Belfort et à Trifoullis-les-Oies en pleine Russie, z'ont joué partout en fait

  • *** ça lui a quand-même presque coûté ses genoux, et plus tard, un procès avec dommages et intérêts (1 million et 400000 dollars tout de même) avec quelqu'un du public

 

photo de El Gep
le 06/08/2023

16 COMMENTAIRES

pidji

pidji le 06/08/2023 à 09:53:21

Mais oui !!!
Le retour d'El Gep 😁

Et sinon, Fishbone, je n'ai jamais réussi à pleinement entrer dedans...

el gep

el gep le 06/08/2023 à 12:09:52

Suis en vacances et ça me turlupinait depuis leur concert de juin alors j'ai pris le temps... de leur écrire une lettre d'amüüür !

cglaume

cglaume le 06/08/2023 à 15:56:21

Ouaaaaaaaaais, du pur Gep’ dans le texte !!!

Toujours aussi honte de ne connaître vraiment que Give a Monkey a Brain… D’autant que tu vends rudement bien la came (… comme d’hab en fait)

Pingouins

Pingouins le 06/08/2023 à 16:17:13

Mais du coup t'as aimé l'album ? On comprend pas trop.

Crom-Cruach

Crom-Cruach le 06/08/2023 à 18:40:23

Gepeto 4 president

el gep

el gep le 06/08/2023 à 20:23:55

Glaume: ah bah si t'aimes ''Give A Monkey...'', y'a vraiment aucune raison que t'accroches pas à çui-là.

Pingouins: t'as raison, j'ai oublié de dire que les textes étaient mortels. Aussi.

Crom: c'est gentil, ça me fait au moins une promesse de voix, c'est un début... que je ne tenterai pas de conclure. On a autre chose à foutre, hein, comme par exemple écrire des chroniques interminables en plein mois d'août.

Arnaud

Arnaud le 06/08/2023 à 20:31:54

Superbe chronique. Merci
Mon préféré. Sorti en 91. Aurait tellement mérité un sort similaire à d'autres albums sortis cette année là. 
Après c'est difficile de rendre sur album la folie de leur concert

lapaju

lapaju le 07/08/2023 à 07:53:24

Fishbone, le meilleur groupe de scène de tous les temps.
J'ai le souvenir d'un concert au Rex Club dans les 90's où Angelo Moore était porté par le public pour l'aider à marcher sur le plafond, la tête en bas, micro en main. C'était ENORME !
J'ai un peu laché après Give A Monkey...
Merci El Gep pour cette chronique.

el gep

el gep le 07/08/2023 à 15:18:03

Bah de rien.
J'aurais tellement voulu les voir à cette époque, pfffff...

Freaks

Freaks le 13/08/2023 à 22:32:06

Ouiiiii la guêpe c'est ça!! Elle piquote et butine tjrs aussi bien.. ça fait mouche en tout cas.. ;) 

roberto

roberto le 18/08/2023 à 19:01:05

Dans l'interview parue dans New Noise l'an dernier, Trevor Dunn explique que c'est après avoir vu Fishbone en concert que les gars de Mr. Bungle ont décidé de s'orienter vers la musique joué sur leur premier album, après leurs débuts thrash.

el gep

el gep le 18/08/2023 à 21:27:23

C'est une évidence à l'écoute.
Et c'est pas un mal en soi.
Mais je ne me rappelle pas avoir lu ça, pourtant je l'ai lu l'interview, j'avais zappé ce passage je suppose.

Roberto

Roberto le 18/08/2023 à 21:50:18

Je me suis trompé, je me souviens maintenant, j'ai lu ça dans un communiqué de concert, Mr. Bungle a partagé l'affiche avec Fishbone récemment, et il y était expliqué ça

Joosh

Joosh le 18/05/2024 à 20:20:23

Clair, bonne analyse, je l'ai vu aussi délirer depuis un balcon, reprendre la salle qui était pas au top, il menaçait d'arrêter tt si ça bougeait pas plus et à partir de là, un peu con mais ça a été trop fort. Angelo, meilleur concert de ma putain de vie, en sueur de la tête aux pieds

lelex7986

lelex7986 le 19/05/2024 à 10:10:34

Album le plus abouti pour moi, Give a monkey reste à part dans leur discographie avec ses influences metal, également un des mes préférés. Difficile de parler de la suite car j'ai décroché aprés Chim Chim qui m'a trés déçu. Mais surtout des concerts de dingues, d'autant plus qu'à une époque ils tournaient trés souvent en France dés que je piuvais j'allais les voir (vu au centre culturel de Niort en milieu de semaine, on devait être 150, avec en première partie un groupe dont 2 membres allaient devenir Inspector Cluzo, ou à Diff Art à Parthenay il y a 15 ans environ). Mais surtout, c'est grace à Fishbone que j'ai découvert TOOL qui ont ouvert pour eux au debut des années 90 (theatre Barbey à Bordeaux plein, Angelo saute du balcon ! Un classique). Ils avaient encore la pêche à la warzone l'année dernière. 

el gep

el gep le 19/05/2024 à 14:48:39

Ah mais moi j'adore Chim Chim, je comprends pas ce qu'on lui reproche (c'est çui-là qui est à part, je trouve pas ''Give A Monkyey...'' très éloigné de ses prédécesseurs en fait... y'a déjà du Metal tout plein dans ''The Reality Of My Surroundings'' en fait, non?)°.
Pou' Chim Chim, agad', ali, ai-aicoute et chanjedavi:
https://www.coreandco.fr/chroniques/fishbone-chim-chims-badass-revenge-5764.html

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