Handsome Prick - Plastic Baby Living Facility

Chronique CD album (35:29)

chronique Handsome Prick - Plastic Baby Living Facility

« … Bordel qu’il est bon le dernier Archspire ! Quand on rajoute dans le panier 2021 les derniers First Fragment et Handsome Prick, on sait à quoi va ressembler le podium de fin d’année ! »

 

C’est en substance ce que s’est écrié une connaissance de confiance sur l’un de ces réseaux sociaux qui a livré la Maison Blanche à Trump. Vu la qualité des autres groupes présents en ce même panier, il aurait été criminel d’ignorer l’existence de ce Joli Connard (ceci est une traduction, pas un jugement) tout droit venu d’Indiana. C’est donc logiquement que je demandais à mon dealer en streaming de bien vouloir télécharger sur ma prothèse 4G ce 3e album dont la pochette a manifestement été réalisée d’après une photo de la crèche dans laquelle les 5 futures « Forces » colorées pilotant Bioman ont passé leur plus tendre enfance.

 

Bilan d’une grosse vingtaine d’écoutes de la chose : il abuse un peu mon poto Facebook. Parce que pour que Plastic Baby Living Facility finisse sur le podium 2021, il faudra que celui-ci se fasse greffer de nombreuses marches supplémentaires. C’est qu’il y en a eu quelques-uns, cette année, des albums tellement bons qu’ils en sont quasi déjà légendaires ! Et parlons peu parlons vrai : sur les 12 pistes du présent album on est plus dans le registre de la belle histoire que dans celui de la légende. Par contre, OK, c’est vrai, ce skeudounet est vraiment craquant. Car un peu différent, un peu barré, bien méchant, et en même temps carrément pointu. De la belle bête donc, pas du genre beauté fatale, mais bourrée de charme. Je finis ma part de tarte, je reprends mon souffle, je retourne à la ligne, et je vous en dis plus.

 

La pâte servant de socle à la pizza Plastic Baby Living Facility est faite d’un mélange d’ingrédients ayant maintes fois fait ses preuves : 50% Death (plutôt « -core », à la sauce Dying Fetus / Misery Index), 50% Grind (plutôt l’école proprette, voire technique, des Nasum & co), cette base solide rappelle à intervalles réguliers quelques noms bien connus, comme Napalm Death (celui des 2000s), voire Brutal Truth (l’un des nombreux gangs manipulant aussi bien le growl rocailleux que la voix de petite teigne déchaînée). Et pour apporter la touche « Yes Papa » qui fait la différence avec la concurrence, les Américains ont utilisé de la levure Cephalic Carnage, afin de laisser les papilles impressionnées par une agitation folle et constante, ainsi qu'une maîtrise technique de niveau ceinture marron, minimum.

 

Oui mais, et la garniture alors ?

 

Elle est constituée d'un peu tout ce qui est extrême, ulcéré et dérivé du Punk. Du Death et du Grind, donc. Du Crust, du Thrashcore, voire du Hardcore (quelques chœurs virils surgissent de ci de là) aussi. La lecture de commentaires avisés quoique dématérialisés nous avait par ailleurs fait penser que ça trublionnerait un max sur cette riante demi-heure de musette musclée. Car d’aucuns ont mentionné Mr. Bungle, voire Melted Bodies pour décrire le niveau de déconne de la chose. Mais une fois évalué avec mon nawakomètre personnel, je n’ai point trouvé de ressemblance avec le WhatTheFuck Beuargl Metal d’un Fake Idyll, par exemple. Rien d’autre à signaler que de réguliers mais relativement sages écarts à la pure orthodoxie Death/Grind – une plage plus calme à ma gauche, du chant clair à ma droite, ainsi qu’une imitation réussie de Gojira sur la première minute du tout premier morceau. Autre caractéristique singulière – quoique pas tant que ça vu que Soilent Green en avait fait une marque de fabrique – qu’on ne peut pas ne pas mentionner : la présence récurrente d’accents « southern », parfois plus bluesy, parfois plus Stoner, souvent nimbés de fumée qui fait rire. C’est notamment manifeste sur la deuxième moitié de l’album, sur laquelle figure un « Hot Car Punishment » dédié à 200% au traînage de bottes dans la gadoue et au flinguage de neurones dans le chanvre mou.

 

Et des tubes, il y en a sur ce soi-disant prétendant au trône ?

 

Pas « Homeschool Shooting » en tous cas, qui du haut de ses 4 secondes singe la déflagration « You Suffer ». Et pas dans l’acceptation du terme qui renvoie à des morceaux développant une accroche irrésistible sur l’ensemble de leur durée. Car le principal défaut de cet album c’est qu’il empile d’abondantes couches de riffs et de plans certes sexy pris un à un, mais un peu bourratifs, et vecteurs de confusion, de fatigue et d’érosion de la mémorabilité sur le long terme. Seuls le précédemment cité « Hot Car Punishment » et le fulgurant « Bullshit Candy Life » – à l’agression plus uniformément Punk – ne tombent pas dans ce travers. Sauf que le capital sympathie du groupe et la précision de l’exécution permettent de profiter pleinement du voyage. Voyage dont il reste in fine quelques belles cartes postales, parmi lesquelles « Sociopathogenocide », qui abrite un sublime riff ascendant (goûtez et vibrez, à partir de 0:34), et « Cancer Culture », dont le premier tiers est si brillamment mélodique qu’on croirait retrouver le monde merveilleux mais à présent englouti de Cephalectomy.

 

Bref, on le savait déjà : il ne faut pas croire tout ce qu’on lit sur les réseaux sociaux, même si les infos proviennent de sources présumées sûres. Mais il ne faut pas non plus passer les infos qui y transitent à travers un filtre trop manichéen, sans quoi on risque de louper de belles petites nouveautés comme ce drôle de repère de poupées moches mais néanmoins attendrissantes.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

La chronique, version courte: une base Death/Grind agitée de spasmes continus. De la technique, de la clarté, mais – faut pas déconner quand même – au final un joyeux bordel. Et puis plein de petits décrochages qui aèrent, ainsi qu’un gros splif concocté dans les états du sud américain. Plastic Baby Living Facility c’est un peu tout ça, entre Napalm Death, Dying Fetus, Cephalic Carnage et Soilent Green, mais avec un sourire en coin. On ne serait pas étonné de voir le groupe signé par Relapse un de ces jours…

 

photo de Cglaume
le 01/12/2021

3 COMMENTAIRES

Crom

Crom le 01/12/2021 à 15:56:32

Nasum propret ?

cglaume

cglaume le 01/12/2021 à 17:11:48

Rotten Sound, Nasum & co, c'pas les mêmes prod que le Grind des origines. C'est une des raisons - avec la tubosité de certains morceaux - pour lesquelles Shift a réconcilié la chochotte que je suis avec le genre...

Crom-Cruach

Crom-Cruach le 01/12/2021 à 17:25:35

Après écoute, c'est pas folichon. Comme le dernier Lock Up, trèèès moyen, ça manque singulièrement de sauvagerie. Allez me refaits le dernier BLOCKHEADS tiens...

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