Ignea - The Realms Of Fire And Death

Chronique CD album (41:55)

chronique Ignea - The Realms Of Fire And Death

Un reporter français basé en Ukraine rapportait il n'y a pas si longtemps dans je ne sais plus quelle source qu'il ne pouvait pas vraiment dire tout ce qu'il s'y passait d'un point de vue politique, social et sociétal. Parce que bon, aller parler de ces ex-communistes devenus des putains de fachos au travers des décennies, ça ferait beaucoup trop tache sur les grandes chaînes d'information à heure de grande audience. Finalement, lorsque l'on y regarde de plus près, c'est également ce qu'il s'est passé avec sa scène metal : il y a 20 ans, si de groupe ukrainien pouvions-nous voir un semblant d'ombre, il y avait fort à parier que c'était du black metal véhiculant des idéologies pas forcément recommandables. Bon, exception faite de Gogol Bordello certes, punk rimant forcément avec gaucho. Mais depuis peu, il faut admettre qu'il faudrait peut-être s'y pencher sur cette scène ukrainienne tant elle semble riche en prétendants, dans des styles variés, avec parmi eux de sacrés perles. Genre Stoned Jesus ou Jinjer dans les cas les plus connus. Et peut-être demain parlerons-nous également de Ignea qui, dès son second album, The Realms Of Fire And Death, fait déjà preuve d'une personnalité assez solide pour qu'on le garde en ligne de mire.

 

Son premier opus, The Sign Of Faith (2017), mélangeant metal symphonique à chanteuse (du genre à carrément inviter un orchestre sur un titre) et oriental metal, avait déjà attiré par chez nous l'attention de quelques amateurs du genre. Ce deuxième disque devrait bien en faire autant, même s'il ne touchera pas forcément le même auditoire. Car si les facettes symphoniques et orientales sont toujours présentes, elles ont clairement été mises en retrait cette fois-ci. Le but de la manœuvre est d'ici de partir d'une base de travail certes traditionnelle et passéiste en terme de racines, et de tenter de la twister de manière autrement plus moderne. Et il faut admettre que même si l'on sent que le combo semble avoir les capacités et assez de bagout pour pousser le bouchon encore plus loin en terme d'audace, The Realms Of Fire And Death réussit plutôt bien son objectif.

 

Pour décrire grosso merdo, la mise en retrait du côté symphonique rapprocherait davantage Ignea d'un Lacuna Coil plutôt que d'un Nightwish qui aurait forniqué avec Orphaned Land. Un peu comme si on reprenait les bases goth/sympho à chanteuse mâtinées d'un peu de neo de Karmacode (le riff et structure de « Out Of My Head » ou encore certaines lignes vocales de « What For ») en point de départ et qu'Ignea nous montre une autre alternative qu'aurait pu prendre les Italiens – et sans doute auraient-ils dû pour pleinement convaincre – dans l'évolution de leur musique. A savoir, partir également dans des délires plus modern-core mais puisant principalement dans l'approche européenne. Ce qui nous donne un résultat autrement moins sirupeux dans les facettes mélodiques et autrement plus mordant dans l'agressivité. Que ce soit grâce aux grattes à l'attaque tranchante qu'à la dualité chant clair/grunts sortant du gosier de la chanteuse qui, à l'instar de sa compatriote Tatiana, maîtrise fort bien le sujet sur un plan technique. D'ailleurs, de cette facette core, on retrouve justement cette vibe Jinjerienne, à savoir « core oui peut-être mais pas que ». On retrouve notamment l'ombre du prog se profiler à droite et à gauche. De la même manière qu'Ignea ne semble pas effrayé non plus d'aller piocher à d'autres râteliers afin de varier son propos. « Jinnslammer » nous montre en l’occurrence quelques petites bidouilles électroniques un brin cyber. Le chant en ukrainien interviendra sur « Чорне Полум'я » pour un résultat si convaincant que son adaptation anglophone intégrée en bonus track paraît à côté plutôt fadasse. Allant même jusqu'à se taper le luxe d'aller s'exprimer en féroïen le temps de « Í Tokuni » électrifiée, une reprise d'Eivør (titre originellement purement pop/folk assez dépouillé). « Queen Dies » nous montre les influences orientales présentes depuis les prémices du combo alors qu'un « What For » mise davantage sur des ambiances traditionnelles des pays de l'Est. Les racines symphoniques, bien que moins présentes, sont également toujours de la partie (« Disenchantment » et en toile de fond de « Jinnslammer »). Tandis que « Gods Of Fire » se conclut par un solo purement heavy/speed metal. Bref, Ignea semble se cantonner une formule qui semble de prime abord fort accessible, misant souvent sur le fameux modèle metalcore alternant couplets agressifs/refrains mélodiques. On se rend compte finalement qu'il n'en est rien tant des éléments variés qui viennent un peu twister tout ça sont légion, juste qu'ils sont utilisés et intégrés avec bon goût dans les dosages, élégance et cohérence.

 

Au final, en terme de goth/sympho metal à chanteuse, Ignea se pose avec The Realms Of Fire And Death comme une brise rafraîchissante dans le genre. Malgré tout, à l'instar de ce que nous a montré Jinjer dernièrement, on sent qu'il y a comme un potentiel pour montrer un courant d'air autrement plus fortiche dans le futur. Les désirs d'hybridation sont là, les compétences pour en faire naître un ensemble harmonieux et cohérent également. Autant dire, si ces jeunes loups se décident également à se lâcher davantage, on pourra peut-être parler d'ouragan.

photo de Margoth
le 30/07/2020

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