Alice Cooper - From The Inside

Chronique CD album (39:07)

chronique Alice Cooper - From The Inside

Cela fait quelques années que l'on enregistre et faisons le deuil de divers musiciens ayant plus ou moins marqué l'histoire du rock/hard rock/metal. Et vu l'âge que commencent à avoir certains combos légendaires encore en activité qui font les beaux jours des têtes d'affiche des festivals estivaux, nul doute qu'on n'aura pas fini d'en voir de ces news tristement morbides. De toutes les figures qui ne cessent de mettre à mal le concept de « la retraite à 60 ans », s'il y en bien une qui me foutra un sacré coup de voir partir dans les abysses du diable, c'est sans aucun doute Alice Cooper. Un Vincent Furnier qui ne cesse de défier les lois de la nature en se montrant toujours plus en forme malgré qu'il frôle les 70 balais et les 50 ans de carrière. Et ce, physiquement, passionnellement et artistiquement. C'est dire, alors que beaucoup de vieux séniles s'inquiètent de la paille à adopter pour manger leur soupe, le monsieur se permet même de jouer encore le petit jeune en s'éclatant au sein d'un autre projet monté avec Johnny Depp, nommé Hollywood Vampires. La vie étant ce qu'elle est, il est peut-être temps de s'atteler à l'histoire de toute une vie, à savoir la discographie du pionnier du shock rock, avant que le destin ne joue une énième facétie en le faisant trépasser. Un sacré morceau s'il en est, qui sera distillé au compte-goutte, vu qu'on a récemment vu sortir Paranormal qui représente pas moins que la vingt-septième pierre à l'édifice. Excusez du peu...

 

Les Histoires de Grand-Mère Alice, acte 4, scène 2 : J'aime l'infirmière, Satan...

 

On avait quitté Monsieur Furnier au plus bas avec Lace And Whiskey. Qui, sans surprise, avait fait un beau flop, tant dans les ventes que pour la tournée qui en a résulté. C'est que la vignasse, ça peut faire du bien... ou énormément de mal, c'est selon. Pour le cas de Furnier, on est plutôt dans ce second versant : l'addiction colle à la peau, à tel point qu'il avait passé le relais à Bob Ezrin, incapable de prendre part sérieusement à un travail de composition. On aurait pu croire que cet épisode malheureux précédent aurait pu avoir des conséquences plus ou moins fâcheuses. Faire une pause pour se remettre et recharger les batteries ? Ou tout simplement raccrocher les gants et retourner parmi le commun des mortels ? Que nenni ma bonne dame ! Alice Cooper est à l'image d'aujourd'hui : increvable. Les histoires d'alcoolisme qui ruinent physiquement et moralement, c'est du détail. Et voilà qu'un an plus tard, un nouvel album pointe le bout de son nez, comme si de rien n'était...

 

Enfin, ce n'est pas tout à fait vrai. Lace And Whiskey a laissé quelques petits traumatismes, assez pour que Monsieur Furnier chamboule un peu son monde. D'abord, on remercie le producteur Bob Ezrin de toutes ces années de bons et loyaux services. Une séparation pas si malheureuse puisque ce dernier ira voir du côté de chez Pink Floyd pour mettre en boîte un certain The Wall. C'est que le malheur des uns fait le bonheur des autres, on ne le répétera jamais assez. En parallèle, sur un plan personnel, la légende – la communication autour d'Alice Cooper a toujours été quelque peu incertaine tant il n'est pas toujours aisé de situer où se trouve la fiction et la réalité – raconte que le père Vincent aurait passé quelques temps en hôpital psychiatrique. Une façon comme une autre de se désintoxiquer après tout (vous avez dit extrême ?). En résulte d'ailleurs le propos de fond de ce From The Inside qui n'ira pas forcément redorer le blason pour le fan de rock dur. Non, cet album, c'est un peu une question de Tic-Tac sonore : sombre et froid à l'intérieur mais doucereux dans son enveloppe. Bref, les hard rockeux pourront éventuellement trouver des sensations plus fortes en allant voir du côté du punk qui commence à prendre du galon. En revanche, les cœurs d’artichaut peuvent éventuellement tenter de partir à l'assaut de ce From The Inside qui, s'il ne flirte pas avec les plus grandes heures d'Alice Cooper, remonte néanmoins le niveau du tollé précédent.

 

Qu'est-ce qu'on appellera « cœur d'artichaut » ? Eh bien, les gens qui n'ont aucun souci avec un rock typé FM. Mieux encore, tout amateur de Toto se doit de jeter une oreille à cet album : Steve Luthaker a en effet joué un très grand rôle dans la composition de cet opus et cela s'entend sans mal à bien des moments (les chœurs de « Serious » ont même servi de lancement à tout ce qui sera développé par la suite au sein de Toto, c'est dire). On note également la présence du groupe précédemment cité au grand complet lors du processus d'enregistrement qui aura été finalement digne d'une grande fête de soutien entre potes. Parmi les contributeurs, on notera également la section instrumentale qui accompagne Elton John (ça pue l'évidence sur « How You Gonna See Me Now »), des mecs de chez Cheap Trick ou encore Marcy Levy qui accompagnait jadis Eric Clapton pour un duo sur l'étonnant « Millie And Billie » (étonnant de voir qu'une ballade si mièvre et sirupeuse s'intègre aussi bien à l'ensemble). Bref, pas des manchots en soi, mais on est loin de l'image du rockeur mal léché.

 

Rock typé FM, c'est donc synonyme de claviers à gogo et arrangements léchés et poppisants. On remercie toutefois que From The Inside tienne malgré tout à conserver la guitare en maîtresse de cérémonie. Les claviers sont là, on ne peut pas faire l'impasse dessus certes, mais la guitare s'élève quand même un cran au-dessus, pouvant par ailleurs proposer des moments véloces bienvenue (« Serious ») et/ou hargneux (« Wish I Were Born In Berverly Hills » dont le clavier un brin disco/déjanté rappelle un peu le Supertramp le plus commercial avant l'heure). De hargne, Furnier, qui avait été quelque peu mou du genou et démissionnaire l'année précédente, semble en avoir retrouver. De la conviction également et cela fait quand même fort plaisir à entendre tant cela permet d'ajouter du mordant à certains moments qui auraient sans doute semblé totalement insipides s'ils avaient eu un autre interprète (« The Quiet Room », « Jackknife Johnny »). C'est qu'au final, From The Inside est un album vraiment personnel : on sent que Furnier se livre, nous conte ses anecdotes et surtout craintes et états d'âme qui ont pu le traverser durant son internement. Ce qui explique d'ailleurs peut-être pourquoi le fond musical très AOR marche très bien sur cet album alors qu'il aurait sans doute été insupportable dans le cadre d'un autre opus puisque cela ne fait qu'appuyer le côté intimiste de la manœuvre. C'est pour cette raison par ailleurs que certains fans aiment le hisser assez haut dans leurs considérations. Quand bien même j'irai loin d'aller jusque là, je reconnais malgré tout que l'apport palpable de la griffe Luthaker dans les arrangements léchés quasi-pop amène deux beaux moments de gloire en s'inscrivant dans la fibre la plus théâtrale : « Nurse Rozetta » très Toto justement (qui est encore apparu dans les setlists des concerts d'il y a une dizaine d'années d'ailleurs) et surtout le « Inmates (We're All Crazy) » de clôture qui montre à quel point FM chiadé et Alice Cooper peuvent faire bon ménage en sortant toute la panoplie d'orchestrations, chœurs (cette fin émouvante !) et interventions exaltées de notre cher Monsieur Loyal qui retrouve ici une belle fougue.

 

Bref, dans ces deux cas de figure, l'exercice de style paye bien. On n'ira pas non plus le hisser au même niveau que les plus belles frasques de Welcome To My Nightmare ou Goes To Hell bien entendu mais au vu du précédent méfait, il faut lui accorder que l'on remonte de loin. Par-delà de ça, on appréciera également l'interprétation globale de Furnier, en meilleure forme et enclin aux confidences. Dans l'enveloppe sonore, il sera surtout une question de goût mais on admettra que cette tendance AOR aurait pu se révéler autrement plus casse-gueule, d'autant plus dans une période où les considérations du public se tournaient davantage vers le punk et avaient tendance à considérer les groupes de hard/AOR ou prog' comme de vieux croulants has-been et n'intéressaient que les plus irréductibles un brin conservateurs et séniles. Malgré tout, si la manœuvre dans le fond était quelque peu de renouveler le côté le plus hollywoodien d'Alice Cooper (que Goes To Hell avait poussé au plus haut), on sent malgré tout que la démarche commence quelque peu à s'essouffler et tourner en rond. C'est d'ailleurs ce qui caractérise cette période de la carrière d'Alice Cooper : trouver à la fois un nouveau souffle musical et un nouveau départ dans la vie. From The Inside est un peu ce point de départ : on se livre, on fait le point, et l'on met tout à plat, histoire que le public fasse amende honorable de son loupé précédent et que l'on reparte tous sur de meilleures bases.

photo de Margoth
le 12/01/2020

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