Kenneth Thomas - Blood Sweat + Vinyl : DIY In The 21th Century

Kenneth Thomas - "Blood Sweat + Vinyl : DIY In The 21th Century"
chronique Kenneth Thomas - Blood Sweat + Vinyl : DIY In The 21th Century

Ce qu’ils entendent par « esprit DIY » (DIY = Do It Yourself, ce qui implique le fait de tout faire soit même, de tout choisir et contrôler en privilégiant la qualité plutôt que la quantité, avec une approche humaine, sous l’angle du partage et de l’échange, en alternative à la société de grande consommation imposée, subie, et considérée comme déshumanisée et déshumanisante) peut se résumer en quelques points :

1 : Labels / Musiciens, on est tous potes, y’a pas de chef.

2 : Comme on est potes, on ne signe pas de contrat, on fait des collaborations.

3 :  Pour les labels, si des bénéfices sont faits, on les réinvestit dans le label pour sortir d’autres disques (économiquement parlant, ce sont les 2 points les plus intéressants).

4 : Pour les groupes, « on veut jouer », on veut le contrôle artistique de ce que l’on fait et « fuck » à ceux qui considèrent la musique et les groupes comme des produits jetables de supermarché.

 

Ces points sont développés et rythmés par une découpe du documentaire en 3 parties, sous l’angle des 3 labels Hydrahead, Neurot et Constellation. C’est beaucoup plus sympa à regarder qu’à lire quand ce sont donc ces labels qui en parlent, ici par la voix de leurs représentants, respectivement Aaron Turner, Steve Von Till, Ian Ilavsky et Don Wilke et surtout quand ce sont des musiciens comme Oxbow, Pelican, Justin Broadrick (Godflesh, Jesu…), Cave In, Neurosis, Isis, et une pelletée d’autres (groupes, graphistes, disquaires…) qui racontent un bout de leur histoire et leur passion dans ce qu’ils créent et nous proposent depuis tant d’années.

 

Dans ce développement on aimera beaucoup les discours d’Aaron Turner et de Steve Von Till (qui, s’ils ont un bon temps de parole, ont beaucoup à dire sur le thème du docu et on aurait aimé en entendre d’avantage), la bonne humeur de l’ensemble des groupes et musiciens, et le côté « vrai », passionné qui en ressort (fuck les rock stars et les musiciens en plastique), l’histoire du « vilain petit canard » Cave In qui s'est vendu à une major puis qui est vite rentré au bercail, un « employé » de Constellation seul dans un énorme hangar à préparer les assemblages des pochettes des vinyls, et, « last but not least », les nombreux extraits musicaux live de tous ces groupes. Ouais, c’est mortel !

 

On aimera par contre beaucoup moins la partie Constellation - à qui l’on n’a pourtant rien à reprocher dans la qualité de leurs réalisations - où plusieurs intervenants donnent l’impression d’être des « pet’ secs » un peu pédants (on espère que c’est malheureusement la timidité qui s’exprime). Du coup, comparé aux 2 autres labels, on ressent beaucoup moins les notions de passion et de partage d'égal à égal. Par exemple les 2 Silver Mt. Zion sont davantage à parler d’eux, de comment il faudrait les décrire journalistiquement parlant, plutôt que de développer le thème du docu. Ils paraissent un peu égocentriques. Sur l’ensemble du docu, si ce n’est l’aspect concret de l’absence de signature, de contrat et la franche camaraderie qui en ressort, on restera à survoler le sujet, à devoir accepter tel quel le fait qu’ils soient DIY. J’aurais trouvé intéressant d’appuyer l’alternative économique qu’ils représentent par l’utilisation concrète de chiffres. Oui, quel budget pour sortir un disque, les groupes vivent-ils de leur musique (je sais que par exemple plusieurs Neurosis ont un job à côté, et forcément le fait de faire de la musique un boulot impacte sur l’engagement), quelle quantité de disques sortent-ils, quand ils parlent de bénéfices, quel montant cela représente-t-il et quelle est la répartition du butin… Face à cet esprit DIY, les labels et groupes de cette envergure sont forcément confrontés à un aspect économique réel, comme l’acte marchant de vendre un disque dans un magasin. Sur cet exemple, Fugazi à la sortie d’Argument, avait imposé le prix de vente de son disque en magasin. Je crois qu’Epitaph avait fait de même pour la sortie du You Fail Me de Converge, ou en tout cas s’ils n’avaient pas imposé le prix, ils avaient fait en sorte que le disque soit à faible prix pour le fan-client. Ces deux engagements montraient clairement de la considération à notre égard, nous reconnaissant et nous identifiant comme des fans plutôt que comme de simples clients anonymes. J’aurais donc bien aimé que ce rapport à l’argent soit davantage abordé car il s’agit bien du nerf de la guerre.

 

Ce dernier point m’amène à ce que je trouve le plus regrettable: l’existence de 2 éditions du DVD. Une version, standard, avec le docu (90 minutes). Une deuxième version, limitée à 2000 exemplaires, avec la version « standard » accompagnée d’objets de merchandising, et un deuxième DVD de 114 minutes avec 15 chansons live des groupes interviewés. Alors ok pour que ceux qui veulent des stickers, un porte-clef ou je ne sais quoi d’autre en merchandising, payent plus cher pour avoir les « autours », mais, sachant que la porte d’entrée de ce docu est les groupes qui y sont présents (je ne pense pas que les fans de Michel Sardou soient intéressés), je trouve vraiment regrettable que ce deuxième DVD ne soit pas fourni d'emblée et qu’il faille payer davantage pour pouvoir le visionner. Sachant que l'on n'est même pas cerain de pouvoir se procurer la version limitée, et qu'elle va, pour sûr, subir la loi du marché, à savoir sortir en petite quantité, et donc prix élevé, totu cela jure un peu avec l'esprit DIY...

 

Si ce docu mériterait un 10/10 pour la mise en avant de tous ces groupes et labels passionnants et maintenant historiques, avec une bonne réalisation, un bon montage, du bon son, c’est son acte d’édition que je sanctionne, acte qui va à contrario de ce que le réalisateur souhaitait sûrement montrer. Et puis quelle frustration de voir le docu et de ne pas pouvoir voir les 15 titres live qui sont sûrement mortels…

Faire délibérément du « collector » pour être « collector » et ainsi favoriser ceux qui auront les moyens de pouvoir se le payer n’a jamais été DIY. À moins que le 21th century ne soit vraiment pourri jusqu’à l’os…

photo de R.Savary
le 14/03/2012

3 COMMENTAIRES

Pidji

Pidji le 14/03/2012 à 10:04:27

Je l'ai maté, et j'ai bien aimé, c'est plutôt intéressant.
Pour le côté merchandising, je ne savais pas. C'est regrettable en effet !

Aurelio

Aurelio le 14/03/2012 à 19:33:17

"Faire délibérément du « collector » pour être « collector » et ainsi favoriser ceux qui auront les moyens de pouvoir se le payer n’a jamais été DIY. À moins que le 21th century ne soit vraiment pourri jusqu’à l’os…"

euh mais ce n'est pas du tout l'idée... le DIY est ici la volonté de trouver un modèle économique permettant de faire quelque chose de "bon" et le commercialiser en virant les intermédiaires et les charlatans.

ET donc aussi de proposer des objets de qualités, fatalement "collector" puisque destinés aux collectionneurs, au "vrais" amoureux de musique, à qui elle s'adresse réellement et non pas à des gens qui vont acheter des galettes au supermarché du coin.

donc bien au contraire, c'est parfaitement logique.

R. Savary

R. Savary le 15/03/2012 à 08:46:32

Aurelio, nous sommes d'accord pour l'alternative économique mise en avant. Cette alternative est très pertinente (produire de la qualité, les rapports entres les groupes et la labels basés sur la confiance et donc pas de signature de contrats...). Mais je comprends, quand je veux acquérir le DVD des live qui va avec, que malheureusement il en ressort un "faites ce que je dis/montre ici, mais pas ce que je fais", puisque je trouve que 42 dollars c'est un peu beaucoup. Il manque un "juste milieu' entre les 16 dollars du DVD simple et les 42 dollars des 2 dvd avec les produits merchandising. Les produits merchandising sont pour moi secondaires, et je pourrais me les payer quand j'aurais trouvé un boulot. Alors que ce 2eme DVD des live, en tant que "vrai amoureux" de musique comme tu dis, et bien j'aurais bien aimé pouvoir me le payer... Je maintiens donc que cette deuxième proposition commerciale est du "collector" pour être "collector", et en plus je la trouve frustrante...

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