Kickback - Et Le Diable Rit Avec Nous

Kickback - "Et Le Diable Rit Avec Nous"
chronique Kickback - Et Le Diable Rit Avec Nous

Cela va bientôt faire un an que j’écris pour COREandCO et hormis quelques chroniques nécessitant une mise au point, il faut bien avouer que dans l’ensemble, je ne me suis pas trop fait taper dessus (à part peut-être un « amateur » ici ou un « vieux con » là). Alors quand on me demande de rédiger une chronique pour un des groupes les plus polémiques de la scène hardcore, mon penchant masochiste ne peut que se réjouir. Le genre de truc qui finit par se régler à la chaîne de vélo sur un quai de gare, à l’ancienne… Tant mieux, je n’ai plus aucune dent d’origine et je ne vais pas tarder à passer une ceinture en jiu-jitsu : les mecs, c’est quand vous voulez ! Trêve de provocation gratuite, je crois que j’ai oublié de régler la facture de la mutuelle et puis les potes hooligans qu’il me reste ont pris du bide et se sont rangés à écouter de l’indie folk. Pourtant, Kickback c’était, c’est et ça restera toujours le groupe de la bagarre. 20 ans de méfaits sonores donnant à chaque fois cette irrépressible envie de coup de savate dans tout ce qui se met sur son chemin.

 

Depuis le très attendu No Surrender, les champions du negative hardcore entament un virage qui les éloigne toujours un peu plus du crossover de leurs débuts. Et Le Diable Rit Avec Nous n’en est que la confirmation. L’arrivée de Toxic H à la guitare a permis, outre d’enfin stabiliser le line up, de donner une nouvelle orientation aux déflagrations des parisiens. En effet, même encore catalogué hardcore, Kickback s’inspire plus du black metal que de Merauder. À dire vrai, la bande à Stephen s’en cogne un peu, des étiquettes : « le hardcore, je vous vous le donne, prenez-le ». Et Le Diable Rit Avec Nous est donc beaucoup moins direct que ses prédécesseurs, n’en déplaise aux mosheux du premier rang. Cependant, on prend toujours ce côté bande-son urbaine suintant la haine par tous ses pores comme un crochet du gauche. Et un crochet tout rouillé ; vaccin contre le tétanos obligatoire. La démarche de Kickback, avec des références à Céline, Gaspard Noé ou Joe Coleman tend même vers l’expérimentation nihiliste. Dès les premières dissonances de « Triumph And Disgust » ou « Le Chant Du Diable », la patte héritée de Diapsiquir apparaît en filigrane comme autant de crachats amèrement déglutis. Si Kickback vivait d’amour et d’eau fraîche, on y trouverait M.S.T. et dysenterie. Ambiance ! Ambiance poisseuse de fin du monde, de folie destructrice, de perte de la foi. À privilégier le fond sur la forme, diabolus in musica surpassant ainsi l’efficacité métallique, le groupe devient cependant parfois difficile à suivre dans son jusqu’au-boutisme. Là où No Surrender matraquait au surin rageur, Et Le Diable Rit Avec Nous pique d’un poison lent et insidieux. Toujours létal mais moins frontal, le Kickback de 2011 brouille invariablement les cartes, sans pour autant les avoir distribuées. Déroutant, donc.

 

Le combo parisien continue d’être ce groupe qu’on aime tant détester, ou l’inverse. Kickback n’a, encore une fois, rien à perdre et rien à prouver non plus. Toujours en chasse, aux aguets, comme sur chaque album, le groupe traque son auditoire armé de riffs déstructurés et canarde à tout va, à en plomber l’atmosphère (« We Prowl They Crawl », « Cavalcare La Tigre »). À ce rythme-là, même Converge finirait par passer pour de gentils chatouilleurs de manche.

 

« Seul contre tous » est peut-être un concept ou plutôt une conséquence. Une conséquence, tant Kickback cherche à se démarquer, l’attitude joignant évidemment le reste. Tendant de plus en plus vers l’expérimentation, leur musique se complexifie, s’intériorise avec la même maîtrise de la noirceur. Mieux vaut alors garder Et Le Diable Rit Avec Nous pour soi et ses démons, plutôt que de le partager avec les autres, par risque de griller un fusible et de se jeter à la gorge du voisin. Eh oui, on écoute Kickback parce qu’on aime se faire du mal et que finalement, ça nous fait du bien. Quand je vous disais que faire cette chronique relevait du masochisme…

photo de Geoffrey Fatbastard
le 24/01/2012

5 COMMENTAIRES

Jull

Jull le 24/01/2012 à 10:19:06

Tellement noir, tellement malsain. On ne peu plus dire que Kickback fait du Hardcore. Le groupe est passe a autre chose, SA propre chose d'ailleurs. Un des albums de 2011...

Kurton

Kurton le 24/01/2012 à 15:58:45

L'ambiance qui pese tout au long de cet album est incroyablement bien maitrise

Geoff FaTbaStArD

Geoff FaTbaStArD le 24/01/2012 à 18:51:23

Tout à fait, mes bons messieurs, limite un peu trop... Un gros bémol sur les deux reprises, tout de même

Crom-Cruach

Crom-Cruach le 24/01/2012 à 19:07:15

Très bonne kro... pour les vilains petits canards (co...?) de la scène Core française.

an

an le 01/02/2014 à 21:59:20

putain. excellente chronique.

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