Minsk - The Ritual Fires of Abandonment

Chronique CD album (59 minutes)

chronique Minsk - The Ritual Fires of Abandonment
Minsk, la capitale de la Biélorussie, et nom d’un groupe venu de…Chicago bien entendu. Combo fraîchement signé chez Relapse après un révélateur premier album datant de 2005 et qui laissé déjà présagé le meilleur pour la suite.
Rapidement catalogué aux côtés de groupes comme Neurosis ou encore Isis, cela à cause d’un son lourd, et d’une approche très organique la musique, tout comme Neurosis. Pourtant, dès le premier album, le groupe proposait une musique différente, s’éloignant bien souvent du post-hardcore et des sentiers taillés par le groupe référence. Différence créée par l’ajout de sonorités tribales ou encore de passages très lourds, à la limite du sludge, et surtout, des sonorités souvent psychédéliques faisant penser à un stoner rock hérité des Corrosion Of Conformity. Et ce second album, « The Ritual Fires Of Abandonment », est dans la droite lignée du précédent opus, mais en encore plus abouti et s’écarte définitivement des influences du groupe, qui donne naissance à un album magistral, à milles lieux de ce que l’on peut entendre ces derniers temps.

Si le premier album sentait bon les champignons hallucinogènes, ici on est en plein trip psychédélique sous acides et on flotte, au long des cinquante-neuf minutes de l’album dans une ambiance enfumée, tribale et magique. Minsk nous offre ici un long voyage transcendantal dans des contrées tantôt dévastées par la terreur et d’autres fois dans des paysages où règne un mysticisme magique. Le groupe se moque de tous les clichés et va piocher son inspiration dans plusieurs styles, intègre à sa musique moult instruments, et propose ainsi à l’auditeur un voyage dont il ne reviendra pas indemne. Ici, sludge, hardcore, post-rock et mélodie se mélangent dans une parfaite osmose.

Tout commence par un long son électro qui s’insinue, puis, la batterie arrive, martiale et douce à la fois, on sent tout de suite qu’elle va nous servir de fil d’Ariane au long de l’écoute. Arrive ensuite des percussions sonnant très tribale, puis des sons de machines, très secs et industriels. Et quand la guitare et la basse font leur apparition, c’est comme pour nous prévenir du danger futur. Progressivement la voix apparait, d’abord sous un voile obscur, elle se fait très mélodique, et chamanique, comme si le chanteur récitait une incantation. Ce chanteur d’ailleurs, totalement possédée, comme épris d’une douce folie, à la voix roque, et douce à la fois, on sent qu’il va nous malmener et pourtant on le suit. La tension augmente, et d’un coup, tout s’enflamme et devient noir au tour de nous. Une impression de chaos nous envahie, tout semble détruit, pourtant, au milieu de ce déluge, une guitare au son cristallin arrive, accompagnant une douce voix féminine semblant sonner le glas de cet univers dans lequel on est à peine entré. La musique se calme, quelques notes de piano sont égrainées de-ci delà, un son électronique nous berçant en même temps comme pour nous retirer de là.
Et quand on pense être à l’abri, tout s’écroule sous nos pieds et le monstre apparait. L’autre facette du groupe apparait et on nous pétrifie de peur. La basse se fait vrombissante et assommante, la batterie toujours aussi martiale, fait tout s’écrouler sur son passage, et le chanteur, qui avant se faisait charmeur, se lance ici dans des hurlements mortels, nous lançant des salves de paroles au visage. Rien dans ce morceau n’est là pour aider l’auditeur, juste un concentré de colère pour le maltraiter et l’assommer.
Le morceau suivant, entièrement instrumental, fait la part belle à la guitare et fait ressortir tout le talent de composition des musiciens et apporte un peu d’oxygène dans ce voyage où tout devient chaos. Et le voyage continue, on est toujours autant attiré par les douces envolés mélodiques, tout en sachant que le chaos n’est jamais bien loin et nous rattrapera toujours. La fin du morceau rappellera d’ailleurs un peu le groupe Callisto avec l’incorporation de saxophone et clarinettes dans une longue plage instrumentale hypnotisante à souhait. Morceau à nouveau suivi par un long titre instrumental, accompagné de samples de films, de voix en arrière plan, de sonorités indus, conférant à la chanson une impression de cauchemar éveillé.
Le dernier morceau, à l’étrange intro se veut fidèle au reste de l’album. Toujours aussi envoutant et violent, et fait voyager l’auditeur plus que jamais, au grès des sonorités tantôt hispanisantes (presque un flamenco au milieu du morceau) des guitares ou encore avec les chœurs presque religieux qui accompagne le chanteur à la fin. Le titre se finit dans un déluge sludge et noisy à souhait, où l’on sent que tout est finit, que le chaos a gagné et qu’aucune lueur d’espoir ne verra plus jamais le jour.

Tout ce voyage ne sera pas permis sans des « guides » de hautes volée bien entendu. Tout d’abord, un batteur inspiré et jouant dans plusieurs registres à la fois, ensuite un bassiste qui adore malmener son instrument et qui en tire toutes sortes de sons. Les guitares sont magnifiques, distillant des notes cristallines, aux sonorités post-rock, tout en sachant s’énerver et jouer dans des distorsions monstrueuses. Et il ne faut pas oublier le chanteur, complètement possédé par les morceaux, au timbre de voix mutant et variant allègrement entre voix rocailleuse et voix suaves. Sur certains passages, les intonations rappelleront Dave Gahan (oui oui, le chanteur de Depeche Mode) ou encore Ian Curtis de Joy Division, pour ce côté possédé et envoutant. La production quant à elle est énorme, l’album étant produit par le producteur de groupes tels que Pelican, Planes Mistaken For Stars. On peut discerner sans problème tout les instruments, sans oublier tous les différents instruments, inhabituels, comme des clarinettes, saxophones, et les sonorités hispanisante voire arabisante. Bref, un travail de composition de maitres.

Minsk propose ici un voyage musicale monstrueux, qui se vit, qui se subit presque des fois. Un véritable voyage sensoriels où les sens seront malmenés et l’imagination mise à rude épreuve. Un album qui se vit plus qu’il ne s’écoute.
photo de DreamBrother
le 02/02/2007

3 COMMENTAIRES

sepulturastaman

sepulturastaman le 02/02/2007 à 22:00:24

Ca à l'air bien ta came : faut que j'y essaye.

Lathan

Lathan le 24/11/2007 à 12:18:07

OAH, c'est tout simplement sublime cet album, à mi chemin entre névrose et psychose, entre rêve et folie, là ou l'inconscient s'unis à la conscience et où la certitude sensible est à la fois implacable et envolée !

Pidji

Pidji le 27/02/2008 à 17:14:07

le Pidji en retard s'y mets que maintenant, mais il est vraiment bon ce cd !

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