Mr. Bungle - The Raging Wrath Of The Easter Bunny Demo

Chronique CD album (56:30)

chronique Mr. Bungle - The Raging Wrath Of The Easter Bunny Demo

Imaginez. Vous avez commandé un confit de canard avec un petit verre de Madiran, et le serveur vous apporte un risotto à la truffe avec un Hermitage blanc... Vous faites quoi vous? On aurait envie de talocher l’étourdi pour la forme, m'enfin qui oserait balancer un plateau aussi délicieux à la trogne du pauvre garçon? Cette situation conflictuelle mais pas si désagréable que cela est exactement celle dans laquelle se retrouvent les fans de Mr. Bungle face à The Raging Wrath Of The Easter Bunny Demo. Ils attendaient un album-Mojito pétillant en terrasse, et voilà-t-y pas que Mike Patton, Trey Spruance et Trevor Dunn leur balancent une grosse pinte de Chouffe Metal au comptoir. Mais après un instant de frustration réelle, il faut quand même se rendre à l'évidence: non seulement la chose désaltère les oreilles, mais elle est rudement bonne!

 

Alors évidemment, vu le buzz, la plupart d'entre vous ont déjà entendu parler du pourquoi et du comment autour de ce comeback, donc on va essayer de ne pas trop s'éterniser sur la fiche technique. Mais on est quand même obligé de rappeler que:

  • ce retour de Mr. Bungle en studio se fait sans Danny Heifetz et Bar McKinnon, perdus au fin fond de leur Australie d'adoption, mais avec de glorieux remplaçants: Dave Lombardo (Angel of Drums) et Scott Ian (S.O.D. et entre autres Anthrax)
  • il ne s'agit pas ici à proprement parler d'un nouvel album mais de l'exhumation / restauration de la toute première démo de 1986, en cette époque lointaine où les kids d'Eureka (à peine majeurs) traînaient plus sur les rings que sur la piste aux étoiles
  • pour garder une certaine unité de ton et proposer une tracklist suffisamment joufflue, les zigotos ont
    1. laissé de côté le morceau « Evil Satan », délicieusement foutraque mais sans doute « trop » dans ce contexte
    2. amputé « Hypocrites » de sa fin originelle, trop Ska, pour la remplacer par la prothèse « Speak English or Die », le tube de S.O.D. renommé pour l'occasion « Habla Español O Muere »
    3. ressorti du placard 3 anciennes compos jamais enregistrées jusque-là: « Methematics » (qui contient un riff qui sera plus tard réutilisé sur « Love is a Fist »), « Eracist » et « Glutton For Punishment »
    4. ajouté à l'ensemble une reprise survoltée du « Loss For Words » de Corrosion of Conformity

Là, normalement on a fait le tour de tout ce qui devait être dit sous peine de faire amateur.

 

Maintenant parlons peu parlons bien: The Raging Wrath Of The Easter Bunny Demo est plus furieux et rageur que nombre d’albums récents qui nous vendent de la veste à patches au kilo. Alors que, bordel, ce club des 5 est pourtant un club des quinquas! Malgré cela, impossible de s’imaginer des cheveux blancs face à ces riffs impétueux, ces éructations explosives (Mike est déchaîné!) et ces embardées incontrôlables! On jurerait des p’tits jeunes prêts à déplacer des montagnes pour aller chier sur le paillasson du dirlo! Et que ça bourdonne furieusement de la gratte, et que ça galope follement de la batterie, et que ça s’époumone comme un adjudant-chef atrabilaire… Ecoutez donc le riff fulminant qui ouvre « Bungle Grind », ou l’appel à se mettre sur la tronche qui démarre « Glutton For Punishment »… Qu’importe l’état de leurs artères, Mr. Bungle est constitué de jeunes punks qui n’ont qu’une envie: foutre le bronx! Et pour arriver à leurs fins les bougres déchaînent le plus furieux des mélanges de Thrash, de Punk et de Hardcore – du Crossover Thrash, voilà, ou Thrashcore selon que vous êtes plutôt Pain au chocolat ou Chocolatine – qu’on ait vu cette année. Tantôt mosh’n’skate à la Anthrax, tantôt gorilla HxC (« Eracist »), tantôt Slayer à crête (le début de « Hypocrites »), le groupe fait également dans le Thrash 80s pur et dur sentant le vieux Metallica (de gros bouts de « Raping Your Mind », « Sudden Death »), mais aussi – plus inattendu – les débuts de Sodom (les 50 premières secondes de « Spreading The Thighs of Death » contiennent pas moins de 2 riffs de « Agent Orange » – Unkle Tom serait-il fan?). Et tout cela est badigeonné de solos ébouriffants commis par un Trey Spruance qu’on n’imaginait pas aussi furieusement véloce sur le manche!

 

Vous vouliez du Nawak? Passez votre chemin. Ce n’est pas la mini-reprise de la « Cucaracha » sur « Hypocrites » et les coups de sifflet hystéro de « Bungle Grind » qui rassasieront votre appétit de mélo-foldingo. Si par contre vous aviez envie de Thrash furieux, urbain, crado (le son est 10000 fois meilleur que le bouillon original, mais il garde cette touche légèrement « démo ») et pourtant extrêmement pro (un léger pas en arrière suffit pour réaliser à quel point les compos sont riches et finement agencées), vous êtes à bon port. Alors ne croyez pas à une entourloupette de bestioles complices (les lapins jaunes parlent aux lapins de Pâques) ni à l’aveuglement d’un bunglolâtre écervelé quand je vous promets que ce 4e album-mais-presque va vous en donner pour votre argent!

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


La chronique, version courte: oh la grosse frustration que vont ressentir certains! Car The Raging Wrath Of The Easter Bunny Demo est aussi éloigné de California que Kill'em All l’est de Lulu. En même temps ça fait partie du contrat Mr. Bungle de ne pas recevoir ce à quoi on s'attendait, non? Sans compter que cette sortie est sans doute ce qui se sera fait de plus furieux et de plus rafraîchissant en matière de Crossover Thrash cette année, avec au gouvernail des maîtres en la matière. Donc trêve de ronchonneries, et mooooooooosh! 

 

photo de Cglaume
le 09/11/2020

2 COMMENTAIRES

Margoth

Margoth le 09/11/2020 à 14:22:43

Au final, on n'aura pas vraiment eu un nouvel album de Mr. Bungle à proprement parler mais plutôt un deuxième album de S.O.D. . Ce qui est là encore carrément inespéré, on ne ronchonnera pas ;)

cglaume

cglaume le 09/11/2020 à 18:14:01

Un 2e album de SOD, haha, en effet, bonne analyse :)

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