Nerve Saw - Peril

Chronique CD album (29:58)

chronique Nerve Saw - Peril

Après une longue journée à [résoudre des équations tarabiscotées / négocier avec des clients baragouinant un Anglais approximatif / lancer des javelots / dépigmenter des rondelles], le cerveau finit souvent par barboter dans la choucroute. Alors au moment d’enfiler ses pantoufles au sein de son chez soi protégé des contingences professionnelles, on n’a pas forcément envie de s’infliger une séance de Tech-Death ou de Grind chaotique. Pour autant, si en plus de vous avoir liquéfié les neurones les tracas de la journée vous ont donné envie de bouffer du steak tartare d’employée de mairie, une compil’ de Sade ou de Norah Jones risque de vous laisser sur votre faim. Dans ce genre de cas de figure, peu de musiques détendent aussi profondément les tympans agacés qu’un bon vieil album de Death Old School – pas trop long parce qu’on a alors la capacité de concentration d’un condamné fraîchement électrocuté, et facile d’approche parce qu’on n’ira clairement pas chercher la cohérence dans des rythmiques en 13/8. L’idéal? Un bon vieux skeud swedeathophone parce que le gras c’est la vie, teinté de Punk parce que c’est encore mieux gonflé d’énergie sauvage, et farci de bonnes petites mélodies parce que c’est comme les apéricubes: il en faut dans tous les apéros réussis. Ah: et de la basse. Putain que c’est bon une bonne grosse basse!

 

Face à ce genre d’exigences, il y en a un qui a tout compris: c’est Nerve Saw. En même temps c’est le résultat logique d’une démarche qui a conduit Markus Makkonen (Sadistik Forest, ex-Hooded Menace) à fonder ce « tout jeune groupe » de quand même 10 printemps. Car le bonhomme voulait aller à rebrousse-poil de l’orientation plus technicisante de la Forêt Sado: il lui fallait du lipide, du qui tâche, du Obituary / Six Feet Under / Master – pour paraphraser le discours promo. Sauf que sans une bonne colonne vertébrale bien solide et un système nerveux branché sur le 220V, le risque d’une telle recette c'est de se retrouver avec un gros pachyderme callipyge sur les bras. D’où l’idée de combiner cette orientation avec le Punk et le Hardcore de sa Finlande natale. Résultat des courses? Un Peril vilain-comme-un-pou-mais-presque, piquant comme un tatouage au surin, et animé par une basse vrombissante et des vocaux acides-Black qui renforcent l’impression globale d’écouter un Impaled Nazarene sans les boucs ni le masque à gaz.

 

Tout comme le groupe de Mika Luttinen (...quoique cela dépende des albums dudit lutin), Nerve Saw considère que si la vitesse c’est toujours bonnard, ce n’est pas non plus un élément vital du décor. Souvent campé sur des mid-tempos pouvant traîner la patte jusqu’au quasi-Doom, les 11 morceaux de la tracklist prennent pourtant bien garde de ne pas emmener l’album au-delà de la demi-heure. Car les bons coups de fouet sont ceux qui réveillent, pas ceux qui irritent. Sur Peril les pistes durent donc en général 2-3 minutes: au-delà on débranche les amplis et on revoit sa copie. D’ailleurs quand il déroge à la règle, le groupe perd en pertinence, cf. « Empty Heart » qui aurait dû s’arrêter un peu après la barre des 3 minutes plutôt que de diluer son groove traînant.

 

Alors certains – comme moi – regretteront les tempos les plus mollassons de la galette, comme celui du « Empty Heart » décrié quelques lignes plus haut, celui d’un « The Red Line » trop Panzer-Pépère, ou encore celui du trop-tristoune-trop-sludgy « Wolves of the 80s ». Mais si l’on considère ces pauses comme de petits points de décompression ponctuels faisant habilement jouer l’effet de contraste, on les accepte mieux, et l'on profite sans quasiment plus aucune objection de l’averse de baffes qui pleut sur les 8 autres titres. Car dès « A Fool », on a envie de tout envoyer valdinguer. L’énergie est mauvaise, l’envie de crever des pneus de SUV à coups d’Opinel surgit sauvagement: le rat des villes est de sortie! La coulée vicieuse et revancharde nous entraîne alors de piste en piste, de D-Beats (bam, le début de « No Lead ») en mélodies suédoises typiques (une pincée d’At The Gates sur la fin de « Ghosts in Dialogue »), de blousons de cuir Motörheadiens (« The Eye of The Golem ») en victoires barbares (un petit air de Amon Amarth sur « Last Verse for the Buried »), le tout baignant généreusement dans le groove et l’accroche facile. Et l’on finit l’œil mauvais, la narine dilatée, le rictus vorace, satisfait du massacre effectué pendant 29 minutes à coups de headbangs vindicatifs et de air-coups-de-hache ayant fait gicler des hectolitres d’hémoglobine virtuelle.

 

Plutôt que de mater Les Marseillais à Montcuq, la prochaine fois que vous aurez envie de vous vider la tête, n'oubliez pas: arrangez-vous pour qu’il y ait Peril en la demeure! 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

La chronique, version courte: Peril c’est Impaled Nazarene qui s’est fait tout enHM-2iser, une recette plus groovy de la fesse que saignant du pentagramme, bref un mélange de Death old school suédois, de Punk bagarreur, de vocaux acides et de mélodies faciles-mais-cool.

photo de Cglaume
le 29/10/2020

1 COMMENTAIRE

Crom-Cruach

Crom-Cruach le 29/10/2020 à 19:50:30

C'est la voix qui m'a rebuté et me rebute toujours mais les compos buttent, elles.

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