Pronostic - Chaotic Upheaval

Chronique CD album (39:39)

chronique Pronostic - Chaotic Upheaval

Cela arrive trop souvent. Ces albums promos que l'on écoute distraitement, uniquement par « conscience professionnelle », alors qu'on s'est déjà engagé à traiter une liste de nouveautés longue comme le bras de Luffy (ouaip, on nous demande de causer mangas pour rajeunir notre lectorat), et qu'il est donc impensable d'en rajouter une de plus sous peine de burn out. Ces albums promos "non désirés", donc, qui réussissent malgré tout à nous titiller suffisamment pour nous convaincre de les prendre sous notre aile – alleeeeeez, quoi ! – bien qu'il soit rationnellement impossible d'ajouter le moindre EP 3-titres supplémentaire à notre TODO list (... Bah ouais mais bon : ça bute cette came les copains, on ne va quand même pas le snober !! ).

 

Chaotic Upheaval est de ceux-ci.

Et il m'a bien eu, l'animal...

Il faut dire qu'il a des arguments sacrément convaincants !

 

En même temps, Pronostic est québécois. Et tout comme les ventricules du fan de Trve Power Metal s'affolent quand celui-ci entend parler d'un festival « Fire & Steel » en Allemagne, tout comme les glandes salivaires du beumeuh passent en mode geyser quand celui-ci se voit offrir une thalasso « Mal-être & Sorcellerie » dans la banlieue de Bergen, eh bien quand sont évoquées les contrées lointaines hébergant First Fragment, Martyr, Quo Vadis et leurs amis, c'est systématique : j'ai la partie tech'ophile du cerveau qui passe en mode feux d'artifice. Car oui, ces petits gars viennent de Caribouland. Et ils jouent « logiquement » un Death Metal foisonnant, exigeant, mélodique, vif et inspiré. On pense tantôt à un Augury plus accessible. Tantôt à un Arch Enemy hyper-technique et survolté. À Beyond Creation et Allegaeon, aussi, forcément. Il y a même un petit côté Göteborg Melodeath virtuose par moments, le mélange de growl peu guttural et de shrieks – et de chant clair aussi – contribuant pour partie à cette impression. C'est rutilant, rempli de riffs fulgurants, architecturé comme une palais impérial, et ça joue à fond la carte de l'effet « Whaouu ! ». Pour le coup, on peut dire que l'objectif est atteint : on est sans cesse en train d'écarquiller les yeux sur ces 40 minutes luxuriantes ! Même quand on croit qu'une piste la joue finalement un peu plus pépère (tiens, « The Pure Celestial Being »), il ne faut pas attendre longtemps pour que la chair de poule s'invite à nouveau sur nos avant-bras (paf, à 0:51, ce formidable débrayage qui nous propulse dans une autre dimension).

 

« On te voit venir : c'est encore un super-groupe constitué de plein d'ex-ceci et de brillants mercenaires de studio... 'y a que ça au Québec, non ? »

 

Oui et non. "Non", car on parle ici de petits jeunes, sans grosse expérience – en dehors de Xavier Sperdouklis, qui semble avoir traîné sa basse fretless (le bonhomme est monstrueux : fans de Sean Malone et Dominic Lapointe, vous allez vous régaler !) dans quelques autres formations dont les noms ne nous sont guère familiers. "Oui", car ils se font épauler par quelques pointures : Sam Santiago (ex-Gorod, ex-First Fragment) à la batterie, et Francesco Ferrini (Fleshgod Apocalypse) aux claviers et orchestrations. Sans compter quelques apparitions guest-esques, parmi lesquelles celle de Christian Donaldson (Cryptopsy).

 

Pourquoi écouter ce deuxième album de Pronostic plutôt qu'un autre de ces appétissants fruits technico-progressifs sous le poids desquels ploie l'arbre québécois ? Alors premièrement, rien ne vous oblige à choisir : écoutez les tous ! Mais plus sérieusement, optez pour Chaotic Upheaval car, s'il propose le taux syndical d'impressionnantes cabrioles techniques, cela ne l'empêche pas de rester profondément mélodique, d'instaurer des ambiances dramatico-solennelles atténuant l'impression d'assister à une masterclass de diplômés du Berklee College of Music, et parce que la grande majorité du temps il laisse traîner un fil d'Ariane dont l'auditeur peut aisément se saisir afin de profiter de la visite sans se sentir perdu.

 

Les moments forts sont trop nombreux pour être listés exhaustivement. Le final grandiloquent de « Indefinite Continuity » en fait partie. Ainsi que l'assaut lead démarrant « Massive Disillusion », tout comme la vigoureuse soufflante qui s'ensuit. La majestueuse ouverture de « Drained by Remorse » fait également partie du lot. Ainsi que cette floraison guitaristique délicate, à 1:35 sur « The Pure Celestial Being », qui rappelle le meilleur de Katatonia époque Brave Murder Day. Les « défauts » (entre guillemets) sont bien plus faciles à évoquer exhaustivement. En sachant que vous ne les jugerez peut-être même pas ainsi. Parmi ces rares absences de perfection, je range les moments les plus crémeux de « Massive Disillusion », morceau qui ne mérite clairement pas ce titre, mais qui, par moments, s'abandonne à des langueurs vaporeuses un peu trop roudoudou à mon goût. Certains chargeront un peu plus la barque de cette piste en évoquant l'intervention du saxo – qui, perso, ne me dérange pas, même s'il est vrai que l'on entend un peu trop souvent des cuivres sur les albums de Death technique ces derniers temps, et que ça devient un rien cliché. À d'autres moments Pronostic s'en revient à un Tech-Death québécois plus standard (autrement dit à « une excellence plus générique » haha), plus touffu, moins transparent, moins sexy, à la Augury, comme sur « L'Impureté Globale » par exemple. À ce titre je regrette d'ailleurs que l'album se termine sur « Abstract Entity », titre le plus ronflant (c'est que Francesco a tendance à en faire des caisses quand on ne le bride pas) et le moins audacieux du lot.

 

Mais ce ne sont là que de menues déconvenues.

 

Bref, amis qui aimez que vos patches Kreator jouxtent des pièces de soie et autres broderies fines sur votre veste en jeans : Chaotic Upheaval va vous faire connaître des instants de délice, vous offrir de généreux bouquets de cordes et d'arpèges, et vous caresser à grands coups de basse féline : alors cliquez-cliquez-cliquez jusqu'à ce qu'il y ait impact auriculaire !

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

La chronique, version courte : Chaotic Upheaval est un pur et magnifique produit de ce Québec jamais avare en Metal technique. Virtuose mais très mélodique, foisonnant mais accueillant, majestueux mais vif, il évoque un mélange d'Augury et de Beyond Creation rafraîchi aux sources du Death mélo. Attention toutefois, si vous écoutez l'album pendant une partie de « Ni Whouaah, Ni Tabernââc' » (variante locale de « Ni Oui ni Non ») : vous risquez de perdre plus rapidement que prévu !

photo de Cglaume
le 28/02/2024

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