Thrice - To be everywhere is to be nowhere

Thrice - "To be everywhere is to be nowhere"
chronique Thrice - To be everywhere is to be nowhere

Quand après 9 albums qui pètent tous bien et 5 années de silence, on t'annonce que Thrice revient...tu te sens comme un gosse le 23 Décembre.
Mais, suite à la première écoute de "To be everywhere is to be nowhere", tu te rends compte que tu es surtout une belle merde pourrie gâtée.
 

Les américains ont eu le malheur de placer la barre très haute. Si haute que beaucoup de groupes peuvent bien sauter les bras levés, ils ne l'effleureront jamais.
T'ajoutes à ça que le groupe s'est séparé une année bissextile et qu'il revient une année bissextile, tu te dis que ça fait long.

L'attente, l'exigence, il n'en faut pas plus pour que t'accueilles la première écoute de cet album avec une moue dubitative.
Les sentiments se mêlent, s'entrechoquent et les conclusions hâtives sont souvent dures : ça manque d'envie.

Et quand on parle de rock, on marche souvent à l'instinct.
Avec le morceau "Hurricane", on s'attend à être soufflé. On récupère une sorte de mix entre Kings of Leon (que l'on retrouvera sur "The long defeat") et Pixies à la sauce Thrice.
On avance dans l'album avec l'étrange sentiment que ça manque d'inspiration, de conviction (les choeurs sur "Blood on the sand").
Pire, on peut avoir l'impression que les passages un peu vénères sont surfaits (La moyennement bien nommée "Wake up"), que la production en fait des caisses, que la bande fait dans le mielleux ("Stay with me" / "Salt and shadow").
Bref, que Thrice fait du sous-Thrice.
 

Pourtant les 40 minutes passent vite. Très vite. 
On a donc le temps de se remettre l'album, en ayant la même oreille attentive.
Et on comprend vite. Très vite.

Il y a le punk à roulettes, le Rockabilly, il y a aussi the Rock à Thrice.
Être fan c'est être trop bien habitué. Le travail est mâché : le groupe t'éclabousse de sa classe depuis plus de 10 ans. Or, il faut cette fois creuser un peu. Pas loin, pas longtemps mais quand même...
Pas longtemps parce que très vite on s'imprègne de ce "To be E is to be N". Comme ça, l'air de rien, les refrains s'impriment, se reprennent.
Comme ça, l'air de rien, on retrouve la fluidité d'écriture des morceaux, avec des structures peu surprenantes (on sent les ponts arriver à 1000 kms), on passe facilement d'un titre à l'autre.
L'album est pourtant incroyablement hétérogène. Plus fort encore : le charme opère sur les petits défauts.
 

Après le départ quasi-poussif de "Hurricane", on se laisse charmer par sa "nonchalance lancinante".
On s'emballe pour la fin criarde "Blood on the sand", on ne se laisse pas décontenancer par la prod un peu lourde de "The window".
Et même lorsque le groupe part pour s'embourber à mi-album (le fadasse "The long defeat", l'interlude dispensable "Seneca"), la bande remet un coup d'accélérateur sur l'excellent single "Black honey".

La conviction du chant, le chaos contrôlé des guitares et les lourdes frappes de la batterie remettent les pendules à l'heure : Thrice fait du Thrice
Avec ses qualités, ses défauts. "Stay with me" les concentrent plutôt bien : sirupeux dans le propos, dans l'interprétation, on profite d'un bon crescendo, de lignes de chant bien trouvées pour être reprises, et même si elles sonnent un peu cartonnées : des émotions vendues à l'américaine portées par une belle prod', un bon son pour une bonne claque.

Si prises individuellement toutes les pistes ont leurs armes pour plaire, si toutes ont finalement une structure assez peu surprenante et analogue...on peine pas mal à trouver un fil conducteur à un album aux ambiances hétérogènes. Les mecs savent faire des titres concis qui dépassent rarement les 4 minutes mais qui laissent également pantois, sans sentiment d'inachevé : par exemple, il n'y a rien à ajouter sur le finish bien amené de "Death from above" ou même "The long defeat" qui, parfois, traîne un peu mais s'achève parfaitement.

Au milieu de tout ce chambardement, au milieu de cette suite de pistes sans fil rouge, il y a "Salt and shadow" qui offre un bel arpège, une surproduction, un piano, des sentiments en carton, des choeurs tendres et des lignes de chant à faire passer "Stay with me" pour un titre hardcore : c'est aussi ça "To be everywhere  is to be nowhere", un peu tout et n'importe quoi de Thrice.
Cette clôture aurait pu être péniblement triste si après quelques mots, le piano ne reprenait pas les premières notes de "Hurricane", histoire de boucler la boucle et offrir un cohérence que l'on a attendu pendant 40 minutes.

L'album se revit alors à l'infini, comme pour un polar dont on ne comprend les indices qu'à posteriori, en lisant la dernière page.

Thrice n'y a peut-être pas mis tout son génie, quelque peu éteint après des albums d'une grande richesse, des tournées triomphales et un hiatus qui a duré une éternité pour les fans. Mais le talent ne meurt pas comme ça. "To be everywhere is to be nowhere" n'est pas leur meilleur album, mais il est celui d'un retour, qui malgré l'attente et l'exigence, n'en demeure pas moins réussi.

photo de Tookie
le 10/06/2016

2 COMMENTAIRES

pidji

pidji le 10/06/2016 à 09:37:30

J'ai beau essayer pour le moment j'ai du mal à m'y faire. Autant le précédent était hyper rapide à assimiler, autant celui là est plus compliqué.

cglaume

cglaume le 10/06/2016 à 12:00:05

Faut rester philosophe Pidji... Et dans ce cas d'ailleurs plutôt se retourner vers Kant. Parce que plus efficace que le Rock à Thrice pour se déboucher les oreilles, il y a le Kant à Thrice.

** c'est par où la sortie déjà ? **

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