Topsy The Great - Steffald

Chronique Vinyle 12" (36:35)

chronique Topsy The Great - Steffald

Ça fait plaisir. Ça fait plaisir d'entendre un groupe qui a son propre son, qui s'impose un cadre tout en restant libre de tout péter, qui a la volonté d'assumer une différence, une personnalité.
Car les italiens de Topsy the Great font leur propre truc.

Déjà, le parti pris d'opter pour un son très typé, au papier de verre, avec l'utilisation d'amplis transistors bon marché et un kit de batterie très réduit, laisse présager un entêtement orgueilleux salvateur... en ces temps ineptes où la musique est un loisir de richards adeptes de symboles vides, d'icônes surannés ou tout simplement de schémas pour briller en société, vénérant parfois même les stupides emblèmes de marques d'amplis aussi gros que leur frustration.
Et chez nos italiens, cet orgueil à contresens paie, car avec un peu d'intelligence, de débrouille et de savoir-faire, ça paie.

Ça paie. Leur son est tout simplement bluffant, abrasif, oui. Ils ne l'auraient pas inscrit dans leur bio, qu'ils jouaient sur des amplis cheapos, qu'on ne l'aurait pas remarqué, ahahah ! Là aussi on sent une volonté de se distinguer. (Ou alors ils n'ont tout simplement pas de thunes, hé.)
Oui, leur son est excellent, métallique dans le sens aciérie, mais tout à la fois précis, agressif, cinglant, raide et froid mais... vivant. Vivant et pas loin d'être unique, le son des Topsy The Great. (J'exagère, comme souvent...) Ah ces basses fréquences, ah ces étoiles d'argent dans les cymbales, ah le petit côté ring modulator permanent de la guitare !

Great ! Surtout que le son, c'est bien beau, mais les compos sont ma foi fort intéressantes. Hé, c'est un groupe instrumental, oubliais-je de préciser. Ça en rajoute une couche dans la difficulté. Pas de chant cache-misère, pas d'émotion facile qui aurait pu être véhiculée par cet instrument aussi gratuit que difficile à maîtriser.
Et Satan sait combien il est compliqué de garder l'attention de l'auditeur sur tout un album de rock instrumental. Il faut que les compos tiennent vraiment la route, que les mélodies et la hargne emportent tout.
Et franchement, on peut dire que les Topsy s'en sortent vraiment bien.

Alors la musique, comment est-elle ?
Topsy, c'était un éléphant. Ça tombe bien, c'est exactement ce qui peut venir à l'esprit, comme image. Un éléphant d'acier qui grince de partout, voilà une bonne représentation. Un éléphant d'acier bleuté, électrisé, électrocuté, vibrionnant de mille mini-éclairs, sentant fort l'ozone d'avant orage, le ventre dévoré de tornades internes.
Mais il y a de la chair, quelque part au beau milieu de la machine. Cuite, grillée peut-être, mais de la chair. Car si l'articulation robotique est évidente, assumée, matraquante, on sent de l'organique dans ces riffs parfois comiques, parfois grandiloquents, voire grandioses, aux mélodies conquérantes. Derrière le bruit, la mélodie : les Topsy l'ont bien compris, la force doublement tranchante de la subtilité dans l'énormité.

Douze morceaux pour un peu plus de trente-six minutes et, en général, l'écoute ne faiblit pas trop. Bravo. Bravo les gens, je ne peux qu'être admiratif devant tant de conviction, de personnalité, disais-je, et d'âpreté laborieuse.
On sent bien que le groupe recherche, bosse et trouve, très souvent, le truc qui fait la différence, qui tape juste et... qui sonne, tout simplement, qui résonne, par tous les diables !
On se voit même offrir un final de toute beauté, avec "Giangol" et ses mélodies de guitare à grandes hélices, on sent une majesté de zeppelin remplir l'espace, entre deux breaks bruyants. L'émotion et la grâce, osons-le, la grâce transpire de la cuirasse de plaques chauffées à blanc.
On retrouvera le démesure de nos Big Business chéris, transfigurée par la folle aciérie, et également - est-ce surprenant ? - certains côtés melvinsiens ; mais toujours, toujours, j'insiste, de façon très partielle, car les loulous savent préserver leur identité.
On aurait pu craindre le Post-Rock-Hardcore chiant : les Topsy The Great lui collent la gégène. On aurait pu bailler d'avance en imaginant un Noise Rock lourdeau, répétitif et finalement assommant car bien trop... con : les Topsy The Great lui insufflent une certaine classe dans le costard trempé de sueur.

Bon, certes, on ressentira dans quelques passages, comme le moyen "V. D'adda", un certain abrutissement né d'un abus de plans joués à l'unisson basse-batterie-guitare.
D'ailleurs, ce groupe ressemble étrangement à un duo basse-batterie affublé d'une guitare plus discrète, qui suit souvent les plans de basse, avant de reprendre la tangente et se jouer de mélodies étranges - "Bastoni" est un bon exemple de cache-cache/dérapages dans les fossés. Rappelant le rôle qu'elle avait déjà trouvé dans des groupes comme No Means No ou plus récemment... Big Business, justement. Parfois, elle sonne seulement comme un drôle d'octaver collé à la basse. C'est peut-être un peu dommage, mais comme je disais, elle s'exprimera dans toute sa bizarrerie à d'autres moments.
Bref, tout cela pour dire que voilà bien le seul défaut que je puisse trouver à ce groupe fort fortiche : un côté monolithique parfois un peu harassant. Et tout de même une tendance à tendre vers le Rock Noise buté, qui peut faire craindre une possible rentrée dans le rang un jour ou l'autre. Car non, Topsy n'a pas non plus inventé la poudre, ce n'est pas ce que je voulais dire.

Mais pour l'instant, pas de problème, Topsy The Great assure comme une grosse bête et délivre une musique intriguante et vivifiante qui fait du bien à entendre en cette époque maudite où le moindre connard monte un groupe de « Noise »... et nous les brise menues avec une énième pâle copie-compile des trucs les plus évidents de Unsane, Jesus Lizard, Shellac ou je ne sais quel groupe dont on ne devrait plus avoir rien à foutre depuis longtemps.
(Ah bah tiens, ils me font justement penser à Shellac, aussi, l'avais-je dit ?)

Donc merci Topsy ! Et à la prochaine.

N.B. : à l'heure où j'écris cette chronique, Steffald n'est pas encore sorti mais devrait bientôt paraître en LP/mp3ees chez fromSCRATCH Records.

photo de El Gep
le 05/10/2012

1 COMMENTAIRE

pidji

pidji le 05/10/2012 à 09:28:48

Pas encore écouté mais j'aime beaucoup la pochette !

AJOUTER UN COMMENTAIRE

anonyme


évènements

HASARDandCO

Ufomammut - 8
Chronique

Ufomammut - 8

Le 02/10/2017

Entropy Zero - Mind Machine