Year Of No Light - Vampyr

Chronique Vinyle 12" (60:10)

chronique Year Of No Light - Vampyr

J’aime pas les live (enregistrés). J’aime pas les best of ou les compiles en tout genre. J’aime pas trop non plus les OST de films, à quelques exceptions près. D’un autre coté, avant d’écouter le Year of no light de ces 3 dernières années, je pouvais aussi bien claironner à qui voulait l’entendre que je n’aimais ni le post rock, ni la musique ambiante et encore moins le versant bruitiste des expérimentations sonores… La texture, la spatialisation et tout votre merdier, vous pouvez vous le garder, merci bien.

 

Donc, en gros, si on se réfère à ma seule subjectivité de chroniqueur tout puissant et frustré (comme le sont tous les critiques mais nous ne rentrerons pas dans ce débat), ce nouveau disque du sextet bordelais est donc obligatoirement une grosse merde… Oui, c’est comme ça qu’on dit « j’aime pas » dans notre langage à nous.

 

Sérieusement, en s’arrêtant aux orientations expérimentales et ambiantes du groupe, on était pas déjà trop bien parti. Mais dès lors que l’on se penche sur la nature réelle de la galette, l’horreur surgit enfin : il s’agit d’un enregistrement live d’un ciné concert avec des extraits de leur précédent lp dedans. Voilà, c’est la bérézina, le Vietnam, la catastrophe… « Fucked Up, Get Ambushed, Zipped In » comme on dit. Je vais défoncer ce disque, lui coller un joli 1/10 et retourner me branler sur le dernier Cult Of Luna.

 

Bon ok, j’arrête les frais tout de suite. Parce que, déjà, j’aime pas non plus le dernier Cult Of Luna, mais ça, vous vous en foutez royalement j’imagine. Mais surtout parce que, nom d’un petit bouc en bois, les YONL ont un talent (maintes fois avéré) pour faire sonner ce genre de cavalcade épique, instrumentale et contemplatrices sur des longues dizaines de minutes sans réussir à nous arracher ne serait-ce que le début d’un bâillement… Et je ne parle même pas des frissons susceptibles de surgir au moindre détour mélodique. Alors, maintenant que la vilaine blague introductive est désamorcée, soyons enfin sérieux deux secondes. J’ai vu ce ciné concert et je ne vais pas rentrer dans le synopsis du film (que je n’ai pas bien compris par ailleurs, mais je suis con aussi). Par contre, il est toujours impressionnant de voir un groupe s’approprier des séquences d’images et de tisser un véritable dialogue avec elles, même si je crois bien que les YONL n’ont pas l’exclusivité de ce savoir faire : c’est là le propre de tout ciné-concert réussi.

 

Plus troublant, je n’ai beau avoir vu ce ciné concert qu’une seule fois, je m’étonne encore de voir à quel point ses images me hantent à l’écoute répétée de ce live. Troublant aussi de voir comme le groupe a réussi à développer cette ambiance de film d’épouvante, mi étrange, mi granguignolesque, surtout sans le film devant les billes : je suis d'ailleurs un peu incapable d’imaginer comment ceux qui n’ont pas vu le film pourraient percevoir ce disque… C’était pourtant un peu mon taf’ là, non ?... Passons.

 

Après, quitte à être honnête, si ce disque s’était limité à être cette très bonne bande originale, je l'aurais cartonné tout pareil pour finalement oublier la rondelle comme j’ai oublié le film.  Mais une fois de plus, les bordelais on l’insidieuse intelligence de peu à peu transformer une simple bande son en véritable collection de patterns mélodiques entêtants voire passionnants. Au fil des mouvements et des pistes arbitraires qui composent le corpus du disque, de véritables thèmes font leur apparition. Peu à peu, on s'éloigne de l'exercice basique du ciné concert pour atteindre ce fameux stade où la musique se suffit enfin à elle même. Sans pouvoir parler de "chansons", voire même de "morceaux", quelque chose de franchement musical finit par percer le voile vaporeux que tisse le groupe. On a finalement presque l'impression que les bordelais se dédouanent carrément du film en développant des thèmes nous ramenant à cette dimension horrifique mais s’en éloignant aussi carrément pour renouer avec les ambiances caractéristiques de leur compos habituelles. Ce n’est d’ailleurs pas un hasard (mais c’est néanmoins une surprise) de retrouver carrément de très longs extraits d’« Hierophante » et d’« Abbesse »  en clôture de cette bande originale. Etrange ? Convenu ? Opportuniste ? On ne le saura surement jamais et on s’en fout tant l’irruption de ces patterns bien connus jouent parfaitement leur rôle dans ce disque. Ils résolvent finalement tout et collent un joli (double) point d’exclamation à ce torrent créatif qui a fini par se transformer en véritable océan.

 

Une très bonne bande originale / best of / captation live d’un excellent groupe de musique ambiante et expérimentale… Décidément, je ne comprends plus ce monde.

photo de Swarm
le 17/05/2013

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