Pryapisme - Interview du 04/03/2013

Pryapisme (interview)
 

Suite à Rococo Holocaust, on était resté avec l’image d’une bande de joyeux (s)cat-ophiles raidis du calfouette. D’où vous est donc venu cet intérêt « soudain » pour les petites particules qu’on balance les unes contre les autres dans des shakers géants ? C'est parti d'une blague du style « Tu avances et tu particules, comment veux-tu, comment veux-tu ... » ?

Nico: Je ne sais même pas comment la thématique spatiale est venue, mais Aymeric est passionné d'astrophysique et toutes ces choses pleines de bosons, donc j'imagine que ça a dû jouer! On a eu énormément de mal à trouver un titre cette fois – il faut dire qu'on est les rois du "d'accord / pas d'accord", surtout pour les choses les moins importantes comme choisir un titre d'album! Merci à Megadeth de sortir Super Collider, nous on a « Hyperblast » en plus, c'est bien plus classe!

Aymeric: J'ai composé certains morceaux pendant la lecture de divers bouquins de vulgarisation de physique, donc quand il a fallu nommer le projet sur l'ordi', au lieu de mettre Untitled 784, j'ai mis des trucs que j'avais en tête à ce moment-là, et c'est resté. Il y a aussi des chats, encore et toujours, mais maintenant ils travaillent sur la dynamique des fluides au lieu de glander sur un canap' en sirotant un milkshake comme c'était le cas sur Rococo Holocaust.

 

Sur la photo de famille, comment voyez-vous Hyperblast Super Collider par rapport à Rococo Holocaust ? C'est la nouvelle génération du Pryapisme 2.0 tout-nouveau-tout-beau ? C'est un petit frère un peu plus mignon que son aîné ? Ce sont des jumeaux ayant 3 ans de différence (si, c'est possible!) ?

Nico: Après Rococo Holocaust, disons qu'on s'était fixé comme objectif de faire plus simple, moins touffu, mois impossible à reprendre live… Et finalement on a fait bien pire à tous les niveaux ! L'album est – je trouve – encore plus extrême et jusqu'au-boutiste que le premier. Pffff… Dès qu'on se met devant l'ordi’, c'est "Vas-y le CPU est à 80%, on peut encore rajouter des pistes, haha", et 3 mois plus tard, pendant le mix: "Rhaaa c'est nul, ça plante !". Je pense que les deux disques ont la même vibe "rienafout'onfaitdestrucsbizarresc'estrigolo", par contre le dernier est quand même plus abouti et policé au niveau de la production – qui sonne vachement bien quand même (en partie grâce à l'incroyable Simon Capony, Sound Guru du "basalte studio", qui nous a beaucoup aidés au mix et a fait le master... Un mec à la cool).

 

Si j’ai bien compris, la pochette de Hyperblast Super Collider n’est pas une référence au fameux Nyan Cat – qui hante nos soirées de web surfing. Néanmoins, est-ce que vous n’auriez pas dans vos cartons le projet de faire un sort à ce fléau de la race électro-féline ? Allez quoi : si ce n’est pas vous, personne ne le fera...!

Nico: En fait la pochette fait référence au jeu « FEZ », sorti par Polytron l'année dernière. On a juste changé le personnage du jeu par notre chat fétiche, Tabou le chartreux, qui est pixellisé pour l’occasion, histoire de faire plus sympa. Ton Nyan Cat là, je pense qu'on pourrait plutôt s'en occuper avec notre autre groupe, Speed Running The Apocalypse!!!, auquel participent trois d'entre nous, et qui fait des reprises de musiques de jeux vidéo en live, en suivant un joueur qui tente de finir un jeu de l'époque 8 bits. Ça serait fun de la jouer plusieurs heures d'affilée pour rendre les gens fous et que leurs cerveaux explosent. J'en parlerai à la prochaine répète.

 

Plus que jamais – c'est un fait que vous semblez d'ailleurs revendiquer – on trouve dans les compos de Pryapisme des traces évidentes de musiques de jeux vidéo. Quels sont donc ceux qui vous ont donné envie de vous lancer là-dedans ? Et inversement quelles musiques vous donnent envie de jouer aux jeux vidéo ? Tiens d’ailleurs : vous ne seriez pas un peu fans de la scène nintendo-core (Horse the Band& co) des fois ?

Nico: Oui, on joue tous aux jeux vidéo, et ces musiques nous ont pas mal influencés, que ça soit d'un point de vue esthétique ou de pure composition. On aimerait bien faire de la vraie musique de jeux, vintage ou pas, bien qu'il s'agisse d'un exercice difficile vu que tu dois soutenir l'action à l'écran et non la cannibaliser avec un truc trop riche et chiant. Ta question est intéressante, mais je ne peux y répondre vraiment vu que je considère la musique de jeux vidéo sur le même plan que la "musique normale", c.à.d. des notes, un rythme et quelque chose à dire. J'écoute énormément d'Ost de jeux : la musique de « Fez » par Disasterpeace, les musiques de Tim Follin sur Atari et Nes, « Castlevania 3 » sur Famicom. J'écoute aussi pas mal d'albums chiptunes, comme le fantastique « FX4 » de Jake Kaufmann, qui est un album de rock progressif complètement halluciné, mais c'est une Nintendo Nes poussée dans ses derniers retranchements qui sort le son.

Aymeric: Perso je suis un grand fan de chiptune depuis très longtemps; aussi bien de musiques écrites pour les jeux, « Megaman » et « Castlevania » en tête, que de la musique seule – la plupart des artistes de chez 8bitpeoples par exemple, où il y a des choses extraordinaires. Et j'adore l'idée de mélanger des sons de consoles avec des musiques plus traditionnelles. Comme Shnabubula par exemple, qui fait une sorte de jazz 8bit génial. Pour ce qui est du nintendocore, j'aime beaucoup également: j'ai d'ailleurs un projet depuis longtemps, Lyode, qui s'inscrit dans cette veine.

 

Pourquoi ce sample de Vin Diesel chantant « La danse du petit panda rusé » à la fin de « Random Jean Vigo », hein, non mais quand même ?! Pourquoi pas un sample de Mickaël Youn pendant qu’on y est ? La logique de l’enchaînement entre l’extrait de « Zero de Conduite » et celui de « Baby-sittor », c’est justement l’absence de toute logique... Ou bien ?

Nico: Arf, je ne me souviens plus du cheminement mais le "Petit Panda Rusé" nous avait fait rire aux larmes dans la version canadienne de "Baby sittor". Au fil des sessions de mix, on ajoute pas mal de conneries. Ça se fait comme ça, sur un « malentendu ». Je te soupçonne quand même d'être bien renseigné pour avoir trouvé "Petit Panda Rusé" : c'est underground comme truc.

Aymeric: Damned, on est démasqués! Je pensais aussi que personne n’allait calculer "Baby sittor". Je trouvais ça bien con de mélanger un sample de Jean Vigo avec un truc moderne et bien nul. Mais il ne m'en faut pas beaucoup, je glousse facilement. Ou bien je pourrais dire que c'était mûrement réfléchi, que c'était avant tout une rencontre, une étincelle de vie, deux phrases chocs qui se reflétaient dans le miroir de l'histoire, où l'altérité même de cette oxymore en devenait subjuguante, la naissance improbable et irrévérencieuse de deux univers prenant corps l'un pour l'autre, illuminant la ligne bleue des Vosges de leurs galbes se fondant en une synergie époustouflante, comme si le génie et la médiocrité n'étaient qu'une seule face d'une même pièce – ou mieux : une seule pièce, le salon, d'une même face, celle d'Alain Madelin… Et ça c'est beau.

 

D’où sont tirés tous ces excellents extraits d’engueulades familiales sur « J’ai envie de te claquer » ?

Aymeric: Bin on va dire que c'est un mélange de pas mal de vieux films S/M des 60's où des nonnes se font châtier les fesses à cause d'obscures histoires de possessions, de luxure et autres démoniaqueries. Il y a aussi d'autres films moins cryptiques de quelques génies du cinéma français, mais je préfère laisser planer le mystère… L'idée était de faire une matière sonore assez sombre avec des femmes qui souffraient… Mais maintenant que tu m'y fais penser, c'est sans doute un peu bizarre de notre part – en plus d'être olé olé… On va sûrement consulter. Pourquoi aimons-nous enregistrer des sons avec du beau sexe en souffrance et en stéréo? Il y a clairement un trauma quelque part… Pourquoi je volais la lingerie de ma mère étant bambin? Pourquoi Ben (claviers) se déguise en prostitué lorsqu'il est rond comme une queue de pelle? Et pourquoi Nico (guitares) pousse des gémissements ahuris lorsqu'il regarde "Dirty Dancing" ? Je ne sais pas… C'est une question à laquelle il faudrait répondre, mais plutôt la semaine prochaine.

 

Aviez-vous déjà entendu les versions de la « Nuit Sur le Mont Chauve » proposées par Mekong Delta et Marduk avant de proposer la vôtre ? Si des fois oui: qu'en avez-vous pensé ? Tiens et pour rester sur ce morceau: à 5:27, il me semble entendre le riff de « Sweet Child O Mine » des Guns’n’Roses – pendant tout juste 2 secondes par contre. C’est une hallucination auditive ou bien était-ce fait exprès pour nous faire tilt au fond du crâne ?

Nico: Alors oui pour Mekong Delta, puisque des gens adorables ont écrit dans des commentaires sur VS : "c'est de la merde votre reprise, celle de Mekong est infiniment mieux!". Du coup je l'ai écoutée et je l'ai trouvée franchement pas terrible, pour ne pas dire que c'est de la chiasse mal produite et pas si bien jouée. Mais j'y vais peut-être un petit peu fort: reprendre ce morceau c'est pas évident et être à la hauteur de l'original, c'est impossible. Bon j'écouterai celle de Marduk: je ne savais même pas qu'ils l'avaient faite. J'adore celle de Bob James par contre, elle groove bien. Pour "Sweet Child O Mine", je suis bien heureux que tu l'aies capté haha: on en a planqué trois sur le disque, sauras-tu tous les retrouver? Je l'ai calé parce que Ben (claviers) déteste les Guns et particulièrement ce riff… Donc obligé.

Aymeric: Pas évident de s'attaquer à une œuvre comme celle de Moussorgsky ! On a fait dans l’exercice de style en fait, sachant qu'on n’égalerait jamais l'original, même de très loin. Donc on s'est amusé, on a ri comme des idiots et salopé un super morceau de musique classique. C'est con, ça ne sert à rien, mais on l'a fait. Pardon.

 

Si j’ai bien suivi, Alexandre Peronny figurait dans le line-up officiel du groupe sur Rococo Holocaust – sur lequel il s’occupait du violoncelle et de la basse... Mais à présent il n’apparait plus qu’en guest. Il a repris une vie normale de notaire à Chaumont-les-Labours ou bien vous vous êtes brouillés juste après qu’il ait enregistré la basse sur « Lesbien Bordello » ?

Nico: Oui on s'est séparés d'Alex peu de temps après Rococo car il n'avait guère le temps de se consacrer au groupe et qu'en plus on ne rapportait pas un radis… Jouer dans Pryap', c'est perdre du temps et de l'argent, et ça fait presque 12 ans que c'est comme ça. C'est con parce qu'on l'aimait beaucoup et qu'il a composé « Lesbian Bordello », un morceau fantastique résumant bien une facette du groupe en 2 minutes chrono. Du coup il a fait une superbe prise de basse dessus, et on était ravis de l'entendre à nouveau sur son morceau.

 

Il semble que vous ayez récemment composé la bande-son d’un reportage sur Street-Fighter 2 (« Le Tournoi des Légendes ») ?! Comment se retrouve-t-on embarqué dans pareille aventure ? Je crois bien que c’est la 1ere fois que j’entends parler de musique spécialement composée pour illustrer un reportage! Combien de temps est-ce qu’on consacre à l’écriture des morceaux dans ce genre de situation ? J’imagine que vous ne les avez pas abordés comme vos morceaux habituels … ?

Nico: Ha alors ça me touche de près vu que je suis actuellement technicien son chez Nesblog, et que je fais le son pour des copains qui causent jeux vidéo. On a eu la chance de pouvoir partir à Las Vegas pour suivre un de mes amis de lycée, champion de Street Fighter 2X (…et batteur de Monarch! au début du groupe), qui a été qualifié pour  jouer contre les meilleurs ricains (et quelques japs) à l'EVO. On est venus suivre sa progression et on a réussi à en faire un web docu plutôt propre. Du coup, pour la musique, j'ai appelé les copains du groupe! C'était un exercice de style amusant vu qu'on avait calé des musiques "témoin" qui donnaient une ambiance et qu'il fallait qu'on reproduise la vibe du morceau original sans trop le parodier non plus. Le timing était serré aussi, ça été ric-rac mais on a eu beaucoup de retours positifs avec ce docu, bien que ça soit infiniment moins abouti que ce qu'on fait avec Pryap' – c’est autre chose.

 

Nicolas et Benjamin ont participé une fois de plus à l’aventure Igorrr. Vous avez réussi à faire cohabiter votre chat et sa poule sans problème ? Et dites voir: à la base, qui est-ce qui a initié le concours des titres de morceau les plus nawak, lui ou vous ? D’ailleurs qu’est-ce qui vous prend le plus de temps: inventer des titres aussi farfelus ou composer de la musique ?

Nico: Haha je ne sais pas qui est l'instigateur de tout ce merdier, mais on s'est contactés via Myspace il y a quelques années déjà, et Gautier s'est proposé pour remixer l'un de nos morceaux (« Darkness Lobotomy Insurrection »). Ça lui a pris à peu près 2 heures... On a halluciné! Bon le résultat ne nous allait pas, parce qu'on est des casse-couilles, mais on est devenus bien potes dans la vraie vie peu de temps après. Gautier est un super musicien, en plus d'être adorable et extrêmement pro à tous points de vue. Travailler avec lui c'est très simple: il sait ce qu'il veut de toi (en l'occurrence, en ce qui me concerne: des riffs black/death mélodiques). Dès lors il suffit de lui donner ce qu’il attend, et lui le magnifie au sein de ses morceaux! Son dernier album, Hallelujah, est un chef d'œuvre, et je le remercie encore de m'avoir donné le droit d'y coller mes mains sales. J'aimerais bien qu'on mette plus de temps à trouver des titres qu'à les mettre sur bande, mais je crains que ça ne soit pas possible, pour lui comme pour nous.

Aymeric: Les titres des morceaux de Rococo Holocaust n'ont pas mis beaucoup de temps à être écrits. C'était le fait de se mettre tous les trois d’accord sur quel titre utiliser pour quel morceau qui a pris du temps. Igorrr a la chance d'être tout seul, donc il a moins à pinailler. Quoique dans sa tête, il y a sans doute du monde aussi, au moins son double maléfique et sa calvitie naissante, donc ça doit quand même être le bordel. Enfin on a finalement réussi à régler le problème du choix des titres pour Hyperblast Super Collider: c’est celui qui compose le morceau qui choisit le titre. C'est plus simple et plus rapide comme ça.

 

Est-ce qu'il est humainement concevable d'interpréter vos nouveaux titres sur scène ? Et dans l'affirmative, on peut espérer vous voir tourner un peu en 2013 ?

Nico: Haha, mais on en joue déjà! On a recruté deux supers musiciens supplémentaires, et on réussit à les jouer ces satanés morceaux, même s’il y a souvent des arrangements à gogo et que c'est moins en place. L'énergie est bien là, et je ne te cache pas que c'est la première fois depuis que je suis dans le groupe que je trouve nos prestations live valables.

Ben: ‘Faut bien admettre qu'on en chie pas mal. C'est un exercice assez particulier car beaucoup de morceaux ont été composés avec l'aide de petits clics sur ordinateur, sans se poser la question du "Comment fera-t-on pour jouer ça un jour...?". Et lorsqu'il a fallu se mettre au travail en salle de répète, ça nous a fait bizarre... Maintenant on a un set à peu près monté, et on pourra défendre cet album, notamment lors d'une petite tournée en France fin juin...

 

Petit regard vers l'horizon: après des albums aussi fouillés et fous que vos dernières productions, comment envisage-t-on la suite ? Vous êtes accompagnés d'une muse inépuisable ? Vous avez encore des envies d'expérimentations que vous n'avez pu assouvir jusqu'à présent ?

Nico: Franchement on n’en sait rien du tout. A chaque fois qu'on dit un truc en interview, on fait le contraire alors… On verra bien pour le troisième quand le moment sera venu! Là on profite de tout le travail d'Apathia Records: ils s'occupent de nous, nous tiennent par la main et c'est vraiment génial que je n’aie pas à me taper tout ça vu que j'ai aussi beaucoup de travail de mon côté. On prévoit une tournée en Juin, la première du groupe après 12 années d'existence! Par contre j'espère qu’on ne va pas faire comme Carnival in Coal et splitter après, hahaha. On verra bien, chaque chose en son temps.

Aymeric: J'ai la chance de pouvoir assouvir mes fantasmes au sein de mes autres projets, dans des directions musicales encore plus extrêmes, que ce soit en 8-bit ou même en black metal (avec Stagnant Waters), et surtout avec des musiciens bien moins casse-couilles! Pour la suite de Pryapisme, on fera sans doute notre propre comédie musicale. On a déjà une idée assez précise, ça s'appellera "Roberto Malone : L'Opéra rock". 

 

Un petit mot de la fin pour la route ? Peut-être un titre de morceau bonus « auquel on a échappé » sur l'album ?

Aymeric: Que dis-tu de ça? "Se transformer en aubépine, Dame Guenièvre n'y avait pas pensé, pourtant c'est une bonne idée…?!" C'est catchy, c'est vendeur, je crois qu'on tient quelque chose.

Nico: Un mot de la fin? "Can't you do better than that?" (les puristes comprendront)

 

 

 


 

Sacrée Dame Guenièvre: on dirait qu'elle va encore se prendre un coup de zobépine dans la ligne bleue des Vosges...

photo de Cglaume
le 22/03/2013

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