Step in Fluid - Interview du 26/04/2011

Step in Fluid (interview)
 

On va commencer par 2 questions « passages obligé », désolé, ça ne va sans doute pas être la dernière fois que vous y aurez droit, mais ça me semble une étape inévitable. Donc attaquons avec le pourquoi du comment vous avez choisi de vous appeler « Step In Fluid » ? C’est une référence à la pêche aux moules, à des soirées très spéciales et très privées ou à une expérience de foulage du raisin aux pieds ? Est-ce que ça va vous pousser à jouer live chaussés de bottes ? :)

Harun: J'ai choisi ce nom car il décrit de façon imagée le son du groupe, cet aspect gluant et organique de certains thèmes mais aussi cette absence de barrière stylistique. Il symbolise l'état d'esprit dans lequel tu as besoin de t'immerger pour aborder cette musique dans le sens où il faut se laisser aller avec une certaine ouverture d'esprit. 

 

Deuxième point qui s'impose de lui-même: les présentations d’usage. Si votre bio parle bien des motivations qui vous ont poussés à monter le groupe, et qu’on connait assez bien Harun et Florent de par leur activité au sein de Trepalium et Klone (quoiqu’on ne sache pas si vous êtes plutôt Frosties ou Chocapic, plutôt Fluide Glacial ou Marvel comics ...), on connait moins Aldrick et Stéphane, vos liens, et leur degré d’implication dans le groupe.

Harun: J'ai rencontré Aldrick vers 2003 lors d'un concert de Trepalium en Vendée. Il jouait en début de soirée avec un groupe local. J'ai été pour ainsi dire soufflé par son jeu de guitare!! Du coup, nous avons passé le reste de la nuit à faire connaissance tout en parlant musique. Lui, appréciant le groupe et moi fasciné par sa virtuosité, nous sommes restés de très bons amis depuis. Plus tard, il m'a remplacé durant une dizaine de mois pour des sessions "live" au sein de Trepalium en 2006 car je souffrais de tendinites... D'ailleurs, à la batterie comme à la guitare, il dépannera pas mal de groupes par la suite...Puis il participera en tant que batteur à la reformation du groupe Blasphème dans lequel son père joue. Durant cette même période, il fondera le groupe Sinscale. Je crois savoir qu'un 1er album est en prévision. Perso, j'adore... Ils ont un potentiel énorme! Si jamais vous avez l'occasion de les voir en concert, n'hésitez pas! 

En ce qui concerne Stéphane, nous ne le connaissions pas avant Step In Fluid. Après le départ du premier bassiste, la situation devenait urgente car nous étions à deux mois d'entrer en studio pour l'enregistrement de l'album. Du coup, Florent proposa le poste à Stéphane car il le connaissait de réputation. Intéressé, il intégra le groupe dès la première session. Il a un super "toucher", c'est un vrai bassman. Il vient de l'école du funk et possède l'ouverture d'esprit qu'il nous fallait. Il officie dans plusieurs groupes en tant que bassiste mais aussi contre-bassiste. Son groupe principal s'appelle Varius Funkus, un groupe de Poitiers pratiquant du funk de haute volée! J'adore! Pour info, ils nous préparent un deuxième album qui risque de faire mal! 

 

Deux point sont mis particulièrement en avant dans la description de ce qu’est Step In Fluid : d’un côté l’influence de Meshuggah et de l’autre ces références aux musiques africaines / à des ambiances exotiques / à des mélodies afro. J’avoue qu’à part sur « BeatHunter » où on sent l’ombre du groupe suédois, et sur la ballade dans la jungle qu’est « The Bridge », ces deux éléments ne s’imposent pas à nous avec une indéniable évidence. Comment avez-vous distillé ces éléments dans la musique de Step In Fluid ?

Flo: C’est vrai qu’il y a des parties clairement identifiables au niveau du style et d’autre moins. Je ne saurais pas expliquer clairement comment se fait la digestion de tout ça et c’est peut-être bon signe d’ailleurs. Step In Fluid est simplement le croisement de toutes nos influences et nous les ressortons assez naturellement. Nous nous posons évidemment beaucoup de questions sur la fusion entre les styles et sur la manière de proposer un ensemble cohérent. L’influence de Meshuggah sur notre musique par exemple se révèle selon moi dans le son de gratte en distortion. L’accordage est assez particulier, Harun vous en parlerait mieux que moi. 

Harun: En effet, lorsque nous parlons d'influences, nous ne cherchons pas à imiter. Pour Meshuggah, c'est plus de la manière de syncoper un riff et de la façon d'aborder l'accordage utilisé dont il est question. C'est plus un état d'esprit. Le riff principal de « One Step Beyond » en est un bon exemple tout comme les riffs de « As We Dance »...

Flo: Il y a aussi cette volonté de développer un groove bien violent avec des déphasages rythmiques intéressants. Notre musique est bien plus simple du point de vue des mises en place, mais nous nous servons de cette énergie moderne qui leur est propre pour donner à nos chansons un peu de violence quand c’est nécessaire. 

Harun: Même chose en ce qui concerne les musiques africaines: le couplet d'« As We Dance » sonne afro-beat d'une certaine façon. Il suffirait d'alléger la distorsion et pourquoi pas d'y caler un chant africain. « Beat Hunter » lui démarre sur un ternaire africain... Bref. S'il s'agissait vraiment de singer les dites influences, nous l'aurions fait. Ici, nous nous contentons simplement d'en tirer certains éléments pour construire tel ou tel type de thème. 

 

« Dead End » donne l’impression de prolonger « Color », et de développer un peu plus avant le riff principal de ce dernier … Est-ce bien l’idée ?

Harun: C'est exact. Les couleurs restent les mêmes. Le but était d'accentuer le côté "urbain" de l'album mais aussi celui de « Color » dont le thème central sonne R'N'B avec la talk-box.

 

Les morceaux de One Step Beyond développent chacun des ambiances très particulières qui parlent à l’imagination. Dans la chronique de l’album, j’évoque entre autre Joe Satriani et une ballade matinale pour « Color », Devin Townsend et Synchestra (j’aurais pu parler de Terria aussi) pour « The Bridge » … C’est une interprétation toute personnelle de votre musique ou bien y a-t-il dans ces comparaisons un peu de ce que vous avez réellement voulu exprimer ?

Harun: Non... En fait je n'écoute pas spécialement Joe Satriani ou Devin Townsend. J'ai plus composé ces titres de manière empirique. 

 

Comment avez-vous pensé les interventions de Matthieu et de DJ Troubl’ ? Aviez vous envie de saxo et de scratching et vous leur avez donné carte blanche, ou bien aviez-vous en tête de façon très précise ce qu’ils devaient jouer ?

Flo: Très vite nous avons voulu ajouter des couleurs à notre son. J'ai la chance de jouer avec Mathieu Metzger dans Klone et DJ Troubl' est de Poitiers. Les connexions se sont donc faites très simplement. On leur a fait écouter les mises à plat des prises studio en leur soumettant nos souhaits, l'esprit de chaque partie, les sentiments que nous voulions exprimer. Nous étions présents au moment des prises de sax de Mathieu Metzger qui s'est aussi chargé de capter la voix de Yann Ligner (Chanteur de Klone). On a essayé de mettre en boîte toutes les idées que nous avions sur l'instant, quitte à devoir écrémer à l'arrivée. Harun a bien guidé Mat notamment pour la partie jazz up de "As We Dance".

En ce qui concerne DJ Troubl', il nous a envoyé ses prises directement. Nous avions en tête quelque chose d'assez progressif, de parsemé tout au long du morceau. DJ Troubl' a bien cerné l'esprit de "Smooth" en nous proposant des parties assez classiques "funky" et une fin plus "new school" assez rapide et riche techniquement.  Le travail d'édit nous a permis d'homogénéiser les compos. Ne pas tout donner tout de suite, faire des choix sur les parties à mettre en avant, tout ça est très difficile car il n'y a pas une vérité, seulement des consensus à un instant T. Nous avons pris le temps de réfléchir à tout ça et nous sommes très satisfaits d'avoir pu intégrer deux artistes talentueux au projet. 

 

Ce souffle, cette respiration que l’on peut entendre sur « Color », j’y voyais un clin d’œil au titre « Est-ce que c'est ça ? » de Matthieu Chedid – d’autant que le swing que vous y déployez n’est pas complètement étranger à son univers –, mais en fait il semblerait que ce soit plutôt Mickeal Jackson que vous aviez en tête, c’est bien ça ?

Harun: En fait, cette idée est de Yann Ligner. Nous lui avons donné carte blanche pour "habiller" ce titre. Il nous a proposé cet arrangement, nous avons dit oui. Sinon oui, l'état d'esprit est plus proche de M.Jackson que de M. pour nous.

 

La formule (quasi-) tout instrumentale, c’est venue naturellement, ou bien c’est parce que vous n’arriviez pas à trouver LA voix qu’il fallait pour Step In Fluid ?

Harun: à la base, nous voulions un projet 100% instrumental car une voix a tendance à cataloguer la musique dans un style. Les voix à la "Mike Patton" ou "Bjork" ne courent pas les rues. Nous ne nous sommes tout de même pas privés d'arranger notre musique avec quelques textures vocales. Par contre nous ne sommes pas fermés à l' idée de sortir de cette formule instrumentale si une belle voix s’offre à nous et colle parfaitement avec l’esprit d’une compo.

 

A la fin de « Smooth », vers 3:10, c’est le gros déploiement de puissance, avec un assaut génial mené de front par Harun et DJ Troubl’… Mais l’une de mes plus grosses frustrations à l’écoute de l’album, c’est que ce morceau ne prolonge pas plus longtemps cette explosion finale pour la développer et en faire durer le plaisir. Pourquoi la fin arrive-t-elle si abruptement alors que le morceau ne fait qu’un petit 3:39 ? Vous aviez peur de tout casser ? :)

Harun: ...ça ne nous frustre pas plus que ça...hehe.. Maintenant la version live est plus longue et fournie sur la fin si ça t'intéresse. 

 

L’album est court. C’était la volonté de ne pas délayer, de ne pas faire redescendre la pression ? Vous avez encore du matériel de côté ?

Flo: C'est vrai que l'album est assez court. En fait, tout s'est fait très vite à partir du moment où Stéphane (basse) est arrivé car nous voulions absolument exister avec la sortie d'un premier album. Nous devions choisir entre un EP de 4 ou 5 titres ou un album de courte durée. La deuxième solution était plus séduisante. Nous avons donc travaillé très sérieusement pour accoucher de 2 ou 3 compos supplémentaires en très peu de temps car la date d'enregistrement au Nomad Studio à La Roche Sur Yon se rapprochait. L'album ne dure pas très longtemps mais je pense que cela rajoute une certaine efficacité et une fraîcheur perceptibles à l'écoute. L'urgence a parfois du bon, cela nous permet d'être à fond du début à la fin du projet sans moment de lassitude. C'est en tout cas comme ça que l'on a ressenti les choses. De toute façon, je n'aurais pas pu survivre plusieurs mois supplémentaires dans cet état d'euphorie permanente, Harun non plus je crois. Je me trompe?

Harun: Tu m'étonnes! Nous passions nos nuits à faire le point sur les prises et voir ce qui serait bien de faire pour le lendemain. La fin des prises fût rude physiquement mais j'en garde un super souvenir! 

 

Du fait de l’existence de Step In Fluid, n’avez-vous pas peur d’avoir tendance à vous « retenir » dans vos groupes principaux, et d’inconsciemment éviter de faire trop swinguer ou de trop faire sortir des sentiers battus Trepalium et Klone, afin de réserver tout ce qui groove et est frais pour Step In Fluid - qui y est plus naturellement consacré ?

Harun: Non au contraire, ça me pousse à penser le groove différemment sur Trepalium pour faire avancer la musique du groupe.

Flo: Même si Klone et Trepalium ont forgé une partie de notre vocabulaire musical, nous avons toujours ressenti le besoin d’exprimer autre chose.  En ce qui me concerne, je pense qu’il n’y aura jamais de retenue quand il s’agit du groove au sein de Klone. C’est d’ailleurs pour cette raison que j’ai intégré le groupe il y 3 ans. Je pense que la différence se fait plus au niveau de la lourdeur du jeu. Dans Klone, j’essaie de développer un jeu pesant, puissant, alors que Step In Fluid demande plus de légèreté et de technique. Ceci reste assez schématique car il y a aussi des parties assez calmes et complexes dans Klone et des passages simples et violents dans Step. Il n’y a pas d’ « auto-censure » au niveau du groove dans Klone, il faut juste rester cohérent pour que chaque projet garde sa propre identité.  

 

Comment se sont passées les précommandes ? Cela vous a permis de sortir One Step Beyond sans trop avoir à malmener la tirelire ?

Harun: Oui, le système de souscription a plutôt bien marché même s'il a fallu y mettre de notre poche ...

 

Est-ce que la participation à la compilation « Combat Nasal » a eu des effets manifestes ? Avez-vous ressenti un regain d’intérêt grâce à cette exposition privilégiée ?

Harun: Oui plutôt! Combat Nasal a permis à pas mal d'internautes de découvrir le groupe. Merci à Arnaud Strobl et Cyril Mazak!! 

 

Et côté label, est-ce que des choses se précisent ou resterez-vous en mode autoproduction ? Pour ce qui est de l’implication de La Klonosphere et de Season of Mist, c’est uniquement pour les aspects promotionnel et de distribution, c’est bien ça ?

Harun: C'est bien ça. Season of mist/Soundworks n'est que notre distributeur. Par contre Klonosphere reste notre principal partenaire promotionnel avec tout ce que ça implique. Il nous met entre autres en relation avec les personnes compétentes selon nos besoins.

 

J’avoue humblement ne pas bien connaitre beaucoup des groupes / artistes que vous citez comme des influences majeures, tels Herbie Hancock, Etienne Mbappé, Steve Coleman, Stanley Jordan … Lesquels de ces artistes et albums conseilleriez-vous à ceux qui voudraient prolonger le plaisir pris à l’écoute de One Step Beyond ?

Harun: Pour Etienne Mbappé, je te conseille l'album Misiya. C'est un bassiste/chanteur d'origine camerounaise... Ca déchire!! En ce qui concerne Steve Coleman, tu peux aller sur son site internet M-base. Tu pourras te faire un avis en écoutant l'album Black science ou encore Drop kick. Et Herbie Hancock, essaye différents albums comme The Head Hunters, Maiden voyage ou alors Crossings... Selon les goûts!

 

Je vous laisse bien évidemment le dernier mot, des fois qu’on ait oublié d’évoquer quelques points structurants qui vous tiendraient à cœur …

Harun: Oui, l'album a été enregistré par Fabien Guilloteau au Nomad Studio, c'est quelqu'un de patient et qui sait faire de très bons sons!! Avis aux amateurs!

Harun et Florent: Merci Cyril et Coreandco pour cette interview!! 

 

 


 

Inutile de vous dire que si vous n'avez pas encore eu la bonne idée de tester la musique du groupe, vous risquez fort de ne plus trouver de kiné libre au moment où vous vous déciderez enfin à poser l'oreille sur One Step Beyond... Alors dépêchez-vous!

photo de Cglaume
le 04/05/2011

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