Vodun + Castle le 28/10/2018, Scène Michelet, NANTES (44)

Vodun + Castle (report)

En cette fin d'année, il faut admettre que les concerts se goupillent bien pour moi tant on peut dire qu'ils interviennent un peu en « tir groupé ». A peine remise de mes émotions du festival des 20 ans de Garmonbozia à Rennes, non sans une nuit de sommeil plus que salvatrice, je me rends à Nantes afin de voir Vodun. Un petit rajout de programme pas forcément prévu au démarrage : j'avais vu ce que ça donnait au Hellfest en 2017, je me suis dit que c'était peut-être un peu abusé d'y revenir aussi tôt. C'était sans compter sur la sortie de leur deuxième album, Ascend, qui m'a quelque peu laissée sur le cul dès mon retour de vacances. « Bon, allez, quitte à être sur Rennes durant le weekend, autant faire un petit crochet, ça me ferait quand même bien chier de ne pas être si loin et de ne pas voir comment ces putains de nouveaux morceaux rendent en live » me suis-je dit quelques temps avant. D'autant plus que ça permettait de voir le groupe dans une configuration bien plus modeste et différente que la Valley du Hellfest. Parce que si le hasard me ramène souvent au Ferrailleur dès lors que j'investis Nantes pour des concerts, ce n'est pas le cas ici vu que les Britanniques se retrouvent à jouer à la Scène Michelet, un bar à spectacles de taille autrement plus modeste. Ce qui n'empêche pas le lieu d'être très propre sur lui, arborant même sur la porte l'emblème du festival de Clisson. De modestie, il en va de même pour l'affluence qui se limite à moins d'une centaine de personnes à vue de pif. Un nombre limité certes mais de qualité car constitué de passionnés, dont bon nombre semblent venir de l'associatif musical. Autant dire, je disais dans mon report de Voivod que je trouvais le public nantais peu enclin à la curiosité et à la découverte, ce ne sera nullement le cas ici.

 

Preuve en est pour les Britanniques de Castle qui se chargent de chauffer un peu la meute, à la fois engourdie par le froid, qu'un peu endolorie par le fait d'avoir déjà eu les 20 ans de Garmonbozia dans les pattes les deux jours précédents comme ça semble être le cas pour certains. Point de flemmards pour ainsi dire qui restent affalés devant leur bière dans l'espace bar, les gens jouent le jeu et gravissent les marches pour investir la petite salle de concert dont la capacité ne doit pas dépasser les 150/200 pèlerins à tout casser. Des marches que j'aurais tôt fait de redescendre le temps de quelques instants afin de glaner une paire de boules quies qui se révélera indispensable ce soir pour sauvegarder ses oreilles tant le son se révèle agressif en médiums – je parierais que les cymbales à elles seules feraient littéralement tomber les tympans non bouchés au sol au bout de dix minutes – un constat complètement arrangé dès lors que les bouts de mousse orange investissent les conduits auditifs. Le son ne se révèle d'ailleurs pas si dégueulasse, agréable même, une fois correctement appareillé, même si cela nourrit le désavantage d'avoir du mal à se rendre compte de l'ambiance de fosse. Une fosse qui, comme moi, part totalement de zéro avec Castle, même si, paradoxalement, le duo agrémenté d'un batteur intérimaire, roule sa bosse depuis bien plus longtemps que la tête d'affiche du soir. Une dizaine d'années de carrière et cinq albums – dont le dernier en date, Deal Thy Fate, est tout fraîchement sorti de la semaine dernière d'ailleurs – voilà qui n'est pas rien. Et cela a tôt fait de se voir et de s'entendre : le combo a beau resté cantonné dans les sentiers les plus confidentiels, surtout de par chez nous, on sent qu'il a de la bouteille. Sur disque comme à la scène.

 

Certes, Castle ne s'inscrit pas dans l'originalité comme le groupe pour lequel il ouvre pour cette tournée. C'est même tout le contraire tant cela part dans le délire régressif, totalement revival du heavy/doom des origines, tel Black Sabbath et surtout, dans ce cas précis, Pentagram. Un peu comme le faisait de son vivant The Devil's Blood, les chichis occultes en moins, une grosse composante metallique en plus. De la même manière que ces derniers, on retrouve une frontwoman ici, particulièrement convaincante dans son rôle, capable à la fois d'opter pour un chant clair puissant et heavy que le grunt digne digne d'un bonhomme. Le tout flattant des compositions bien ficelées et inspirées qui vont bien au-delà du simple mimétisme d'antan. Le public, d'abord calme et timide, ne s'y trompe pas : passé le temps de la présentation et de jauge, il s'engouffre sans peine dans le délire, se montrant particulièrement chaleureux et enthousiaste par cette petite entrée en matière. Libérant ainsi progressivement Castle de ses brides jusqu'à complètement se lâcher. Il faut dire qu'en plus d'être convaincants niveau musique, les bougres se révèlent hyper charismatiques, tant pour le batteur martelant ses fûts comme un beau diable quand bien même ce ne sera sûrement que pour cette tournée, Mat Davis à la gratte avec ses airs lointains de Zakk Wylde et Liz Blackwell qui en impose en terme de prestance alliant la féminité des talons et l'allure de la donzelle rock qui a des couilles telle une Doro Pesch (Warlock) underground. Excellente découverte donc.

 

Après une petite entracte, Vodun, pouvant presque passer pour des petits jeunes à côté, prend le relais. Là encore, protection auditive obligatoire d'autant plus que la section rythmique est entièrement percussive dans le cas des gourous vaudous. Des bouchons qui n'empêchent en rien de profiter de l'impact du répertoire des Britanniques. En même temps, « Mawu », la vitrine très efficace de Possession par où tout a commencé, est une sacré cartouche de grillée dès le départ. Et là, il n'y a pas à dire : de la même manière que ce que j'avais découvert au Hellfest – et explique pourquoi je suis ressortie de la découverte sur disque du premier album en question quelque peu déçue – Vodun en studio et Vodun en live, ça n'a clairement rien à voir ! Même dans une configuration très modeste d'un bar concert qui ne bénéficie pas d'un espace optimal pouvant permettre quelques folies (machines à fumée par exemple) ou d'un matos incroyable, notamment sur les lights qui s'arrêtent aux plus basiques, le groupe sait insuffler une énergie et un relief énorme à son répertoire. Certes, le spectacle se montrerait d'autant plus impressionnant avec un jeu de lights colorées adapté au délire vaudou et quelques effets de fumée mais le dépouillement total (seuls les tenues et maquillages afro sont de la partie) ne rend la prestation que plus authentique avec un capital charme tout particulier. Et à de multiples niveaux, le groupe aime à conserver cet esprit authentique, « do it yourself » dans l'esprit. Très peu d'utilisation de samples, une Oya jonglant selon les morceaux entre percus africaines, gros tom de batterie, tambourin ou encore clavier, dont le chant montre ses limites techniquement parlant tout en parvenant à faire en sorte que jamais cela ne soit faux et/ou gênant. Ce qui revêtit le tout d'un charme puissant, très porteur de respect dans le sens où il serait pourtant facile d'user et d'abuser d'artifices pré-enregistrés dans leur cas. Énormément de charisme de la part du trio, bourré de bonnes vibes, avec mention spéciale pour Ogoun derrière les fûts qui n'a de cesse de les maltraiter avec une énergie comblant sans mal l'absence de basse dans la section rythmique et une technique qui a de quoi laisser véritablement sur le cul. Sachant qu'on nous annoncera en cours de route qu'elle est apparemment malade, on saluera de faire aussi bonne figure, à tel point qu'on n'aurait presque rien remarqué si on ne nous l'avait pas dit.

 

Pour le reste, comme je le disais, en live, tout prend réellement son sens. Que ce soit pour son premier opus, Possession, qui semble prendre littéralement vie, tel un « Legba's Feast » dont l'intro de batterie met le feu et tout le monde d'accord. Et bien entendu, Ascend, le petit dernier, qui n'a de cesse de tout broyer sur son passage (l'éponyme énorme avec ses choeurs tribaux chantés à l'unisson par le trio sans aucune utilisation de sample, « Spirits Past » aussi percutant que dansant, « Ogun's Flight » d'autant plus tribal dans son pendant live malgré l'absence de saxo, etc). Au point de se dire maintenant qu'on se réécoute le disque qu'il est bien fadasse mais qui hérisse quand même bien les poils, trahissant d'un spleen post-concert certain. De la même manière que sur scène, la fosse est en transe, totalement à fond dedans, réceptive dès les premières minutes, preuve qu'elle connaît cette fois son sujet. En même temps, lorsque Oya évoque le souvenir du Hellfest, les réactions étaient là, signe qu'il y avait là pas mal de rescapés de leur show sous la Valley parmi l'assistance. Qui jamais ne lâchera le morceau allant même jusqu'à faire le pied de grue au rallumage des lumières annonçant la fin pour quémander un petit rappel de circonstance. Qui se sera fait un peu attendre, la frontwoman paraissant aussi émue que gênée : « On n'a rien rien prévu en fait mais on revient quand même, c'est le meilleur show depuis un bon moment alors que notre batteuse n'est pourtant pas en grande forme ». Ce qui ne les a pas empêché de livrer une dernière offrande, généreusement, en toute simplicité, Ogoun semblant puiser pour le coup dans ses réserves et limites tant elle a tôt fait de déguerpir une fois le rappel improvisé plié. Chapeau bas à elle. Et surtout à Vodun dans son entièreté de parvenir à maintenir une telle intensité de prestation quelque soit la configuration des lieux et autres contraintes de contexte. Et à Castle également d'avoir aussi bien chauffé la salle alors que personne ne les connaissait ni d'Eve, ni d'Adam. Bref, de quoi engloutir les trois heures de trajet de retour avec tout plein d'étoiles dans les yeux.

photo de Margoth
le 26/11/2018

1 COMMENTAIRE

cglaume

cglaume le 26/11/2018 à 12:26:18

Ouawh, le concert où il fallait être manifestement !!!

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