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Les dossiers Hellfest 2017 - Le week-end de Margoth

Hellfest 2017 - Le week-end de Margoth | COREandCO

Le mois de juin rime pour beaucoup avec tradition annuelle : pèlerinage en pays clissonnais pour rallier la Fête de l'Enfer. Terrible figure de Lucifer pour notre chère Christine Boutin nationale, il s'avère que ses paroles réactionnaires passées arrivent encore à trouver écho chez certains vieux conservateurs coincés qui, on l'imagine, ont dû sécuriser leurs petits-enfants de moins de dix ans dans leur cave, de peur qu'ils ne se retrouvent rôtis à la broche du stand de méchoui de la Warzone. Le tout entre deux signatures de pétitions consternantes de conneries clichées.

 

Alors bien entendu, en tant que bonne metalleuse des familles, j'ai toujours défendu ma chapelle à ma modeste échelle. Je ne peux qu'être heureuse de constater que l'image metallique s'est davantage démocratisée depuis dix ans, balayant pas mal de mauvaises images au point que le Hellfest arrive maintenant dans son essor de popularité à réunir tant un public acquis à la cause musicale que de simples sympathisants et autres curieux. Un peu de la même manière que des mini-Gay Pride de province où l'on compte maintenant autant (si ce n'est plus) d'hétéros lambdas « gay-friendly » que de gays à proprement parler. Bon, en même temps, on n'en voudra pas à ces derniers de s'être perdus dans les rues de Montcul, c'est leur péché mignon après tout. Malgré tout, certains clichés demeurent, j'en veux pour preuve certains « grands esprits » de l'entourage parental qui semblaient abasourdis quand ma reine mère abordait le fait que je m'étais faite la malle dans un festival bourré de guitares saturées, hurluberlus dégorgeant leurs cordes vocales tels des petits cochons à l'abattoir et autres accoutrements bizarroïdes, tantôt cuir-moustache, corpse-paint sataniste et débarquement de GIGN post-apocalyptique. « Ah, je n'aurais jamais cru qu'elle faisait partie de ces gens bizarres... » me sifflaient mes oreilles entre deux pichets. Comme quoi, même en 2017, les étiquettes ont encore la vie dure...

 

Outre le côté amusant de l'ignorance des bien-pensants extérieurs s'imaginant que chaque festivalier du Hellfest restait dans ces codes vestimentaires et comportementaux à l'année bien au frais dans une grotte dans l'attente de la sortie annuelle du début d'été en Loire-Atlantique, je pense que cette édition aura marqué un nouveau tournant dans ma façon de penser vis-à-vis de la « communauté metallique ». Car oui, je suis désolée de le dire mais une bonne frange de la « famille » m'a écœurée. Purement et simplement. Et croyez-moi que ça m'emmerde de passer un coup de gueule – mais il fallait que ça sorte – dans un préambule de report de Hellfest. Oh bien sûr, pas tous, étant donné que j'ai eu malgré tout de bonnes surprises d'ouverture d'esprit encourageantes. Igorrr, par exemple, où je m'étais préparée à voir beaucoup de curieux scandalisés par le côté fort expérimental et pas complètement metal, qui s'est retrouvé à jouer devant un auditoire tellement acquis à sa cause qu'il en a demandé un rappel. Ou alors le fait de voir une petite palette de gens dans la camping bottée par la présence de Perturbator paraissant pourtant assez hors-sujet avec son registre électro pas spécialement électrisé. Non, je pense plutôt à tous ces trolls de tout âge ayant sabordé le concert de Linkin Park de bien vilaine manière, juste sous prétexte que « ce n'est pas metal, c'est de la merde et ça n'a rien à foutre au Hellfest ! ». En soi, quelque soit l'avis qu'on peut avoir de la musique de Linkin Park, Perturbator non plus n'avait pas sa place sur l'affiche. Et pourtant, je n'ai pas eu écho qu'on ait hué ces derniers et balancé des gobelets et pichets à la gueule pour autant.

 

Alors, pourquoi ? Putain de merde, pourquoi ? Que vous n'aimiez pas est une chose mais n'y a-t-il pas d'autres choses à faire en même temps que d'assister – et pourrir – un concert qui ne vous intéressait pas ? Après tout, ce n'est pas comme s'il y avait des bars, des gens à qui parler, des stands de bouffe, une grande roue, les prestations d'Emperor, Coroner et Hawkwind sur les autres scènes... Bref, les occupations bouche-trous ne manquent pas au Hellfest. Mais c'est vrai que c'est bien plus amusant de venir emmerder tout le monde avec une maturité digne d'un puceau pré-pubère tout sauf respectueux. Pour le groupe lui-même tout d'abord, malgré ses bonnes intentions de limiter la mise en avant de ses récents morceaux (seulement 4 sur 21) afin d'être raccord au contexte. Pour les autres festivaliers ayant apprécié le show – car oui, il y en avait, il ne faut pas croire – et qui se sont retrouvés punis avec une mauvaise ambiance d'une part et une amputation impromptue de la durée du concert. Et également pour les organisateurs. Car oui, ils ne se sont peut-être pas attardés sur le sujet en public mais que pensez-vous que ces mecs qui se démènent à l'année pour créer l'événement, lui apporter améliorations et nouveautés, tant sur l'infrastructure, l'organisation que sur l'affiche en tentant de plaire à un plus grand nombre et sortir des sentiers battus dans les choix de groupes afin qu'on évite de revoir tous les ans les mêmes têtes ? Vous croyez que c'est facile d'organiser un festival, surtout de cette ampleur ? Quand on voit l'annulation de dernière minute du Ragnard Rock, il s'avère que ça ne semble pas si simple qu'il n'y paraît... Et lorsqu'on connaît le contexte en coulisse du problème actuel d'inflation du cachet des artistes fortement favorisé par la concurrence déloyale de boîtes de prod' multinationales dotées de budgets colossaux (au hasard, prenons le Download), on se dit que même pour un gros festival comme le Hellfest, son caractère indépendant fait qu'il ne pourra pas éternellement rivaliser. Pour preuve, cela aurait été le cas, cela aurait fait belle lurette qu'on aurait vu un Metallica à l'affiche. Enfin, voilà, je sais que j'aurais été parmi ces personnes me donnant corps et âme pour l'organisation du festival, que j'aime ou non Linkin Park, je l'aurais eu assez mauvaise de voir toute une part des festivaliers agir comme ils l'ont fait avec le combo américain. Un peu de la même manière qu'on serait vexé de voir quelqu'un à qui l'on offrirait quelque chose refuser son cadeau alors qu'on s'est emmerdé pendant des mois pour trouver une bonne idée puis se ruiner pour l'obtenir.

 

Bon, je l'admets, je fais partie des gens qui ont passé un bon moment au concert de Linkin Park, animés de nostalgie adolescente mais même si ça avait été l'inverse, jamais je ne me serais permise d'agir de la sorte. Par respect pour les autres tout d'abord. Et aussi et surtout que ne pas assister au concert ou le déserter en cours de route aurait été tout aussi efficace pour montrer aux organisateurs qu'ils ont peut-être fait une boulette dans leurs choix. Après tout, voir une tête d'affiche devant un public réduit et clairsemé, il n'y a rien de mieux pour faire comprendre qu'elle ne correspondait pas à ce que voulait la majorité des festivaliers. Bref, je ne m'étendrais pas forcément plus que cela mais je me permets toutefois de vous rediriger vers un billet d'humeur écrit par un collègue de Hard Force (lien : http://www.hardforce.fr/actu/21901/la-grande-famille-du-metal-billet) qui expose une grosse part de mon ressenti et dégoût des « metalleux, les vrais » auto-proclamés. Alors bien sûr, n'allez pas y voir une généralisation non plus. Malgré tout, je ne peux m'empêcher de penser à l'édition 2007 où je voyais des thrasheux jouer tranquillement aux cartes sans faire de vagues dans les premiers rangs de Within Temptation, juste parce qu'ils attendaient Megadeth en étant placés aux premières loges qui jouait juste après. C'est là qu'on se rend compte tristement de l'évolution intervenue en une décennie, tant sur la communauté que sur le festival en lui-même.

 

Tout ça pour dire qu'une année ne fait pas l'autre pour le Hellfest, à commencer par le contexte. Si l'année dernière, la météo avait été relativement clémente et douce, malgré quelques petites pluies intempestives et finalement peu nombreuses, c'est sous une véritable canicule qu'on s'engage dans l'édition 2017. Chaleur et poussière sont au programme, donnant un petit charme Mad Max à l'événement, quand bien même les conditions ne sont pas toujours optimales pour le confort du festivalier. A commencer par l'absence totale de points d'eau potable sur les campings, seule véritable bévue organisationnelle – je trouve ça plutôt dangereux sur le principe – que je pourrais notifier sur cette année. Point qui sera corrigé dans le futur je l'espère, la machine s'étant toujours montrée relativement à l'écoute des points noirs malgré la difficulté de la forte affluence de ces dernières années et réactive. J'en veux pour preuve les problèmes de files d'attente interminables de l'année précédente qui font partie globalement de l'histoire ancienne et le fait que l'organisation a réussi à pallier plutôt rapidement à la pénurie d'eau qui commençait à se faire sentir durant la matinée et l'après-midi du dimanche. Les soiffards déshydratés et tireurs d'élite affublés de leurs pistolets/fusils à eau ne pouvaient qu'en être heureux. Si certains pouvaient pester sur le fait que ces snipers de l'enfer gaspillaient les réserves du château d'eau régional qui s'est vu littéralement dilapidé, il faut admettre que ça ajoutait une ambiance bon enfant bienvenue et que subir leurs projectiles était plus salvateur que répréhensible sous le soleil de plomb qu'on a pu subir durant ces trois jours de festivités, voire plus pour les irréductibles arrivés deux, si ce n'est trois jours avant l'ouverture du site. N'ayant pas eu la chance d'avoir connu l'autre édition fournaise de 2014, 2017 s'impose comme une véritable nouveauté pour moi : même si je me souviens d'un Motocultor plutôt moite il y a quelques années, jamais je n'avais eu l'occasion de faire un festival sous pareille chaleur. Autant dire que j'ai légèrement revu mon comportement de l'année passée, préférant jouer la carte de la précaution. Moins de bière, plus d'eau pour éviter tout risque de malaises. Et plus de tissu afin d'écarter les risques d'insolations et de bronzage typé « Bernard l'hermite » aussi ridicule, gênant que douloureux. Même si la fête, les abus et autres conneries étaient toujours au rendez-vous. La chapelle Jägermeister en témoignera, l'envoyée-spéciale que je suis faisant partie du premier et, j'imagine, dernier mariage à cinq que son cureton d'Elvis ait pu célébrer. Mais aussi – et surtout – de grands moments et souvenirs musicaux que je m'en vais vous relater, à l'instar de l'année dernière, modestement, telle la festivalière non équipée du pass presse que j'étais.

 

 

 

 

Vendredi

 

 

Réveil pas trop brutal, ni même pâteux, sachant que je faisais partie des courageux qui ont posé la tente dès le mercredi. Arrivée anticipée stratégique pour bien choisir sa place et profiter de l'ambiance la plus festive sans prendre trop de risques que cela entraîne des gueules de bois gênantes pour aborder les concerts. Malgré tout, c'était sans compter sur un imprévu de crevaison de fauteuil roulant de la plus handicapée de notre petite tribu qui nous a forcés à jouer les dépanneurs de l'extrême le jeudi et nous faire quitter Clisson pour Nantes afin de trouver un garagiste adapté au véhicule. C'est équipée de roues flambant neuves qu'elle a pu se précipiter sur le site dès son ouverture, non sans m'emmener au passage dans son sillon. Ou bien était-ce le contraire, allez savoir. Toujours est-il qu'on était toutes deux fort motivées et bourrées de bonnes intentions pour se retrouver à fouler le cœur du festival dès 10h30. Ce qui m'a d'ailleurs fait profiter des avantages PMR d'éviter les portiques de sécurité de la Cathédrale ainsi que toute éventuelle file d'attente pour rentrer. Un avantage non négligeable même s'il fallait reconnaître que la gruge s'est révélée assez inutile tant il n'y avait pas foule devant l'accès principal. Ce qui n'empêche pas un petit sentiment de satisfaction sachant que j'avais fortement souffert des temps d'attente interminables l'année précédente. Bon, je tiens tout de même à préciser aux râleurs du fond qu'il s'agissait là de ma seule exploitation d'handicapée que j'aie pu faire du weekend, je ne suis pas non plus une esclavagiste. Une petite visite du propriétaire pour ma compagne à roulettes de cette matinée s'imposait – son premier Hellfest oblige – en attendant le groupe qui nous intéressait réellement, à savoir Sidilarsen. Non sans avoir entrevu la fin d'Inglorious sur la seconde mainstage. Un petit apéritif pas désagréable vu que les Anglais donnent dans un heavy des plus traditionnels. Point originaux pour deux sous mais bien une musique bien maîtrisée et interprétée, le tout saupoudré d'un jeu de scène sympathique et communicatif. Bref, Inglorious était ravi d'être là malgré le handicap de la tranche horaire qui lui était allouée et nous l'a bien montré. Et que le public – modeste par son nombre mais pas aussi rachitique qu'on pourrait le penser – lui a plutôt bien rendu tant la mise en jambes était agréable, ni trop violente, ni trop mollasse.

 

11h05, les choses sérieuses peuvent enfin commencer. Même si je ne suis pas une grande connaisseuse de Sidilarsen, ce nom résonne dans mes oreilles comme un doux murmure de nostalgie. Celui de la scène metal française fusion du début des années 2000 aussi easy-listening musicalement qu'elle se complaît dans les paroles contestataires pas forcément coconnes. Certains se souviennent sans doute de la Team Nowhere menée par des Enhancer, Aqme ou encore Pleymo. Pour Sidilarsen, il est question du collectif toulousain Antistatic qui compte – ou a compté – des noms comme Psykup, Delicatessen ou encore les regrettés Leiden. Toute ma jeunesse en somme, même si ça ne veut pas dire que j'ai forcément adhéré à tous les noms cités précédemment. En tout cas, au vu du registre nu metal groovy fortement teinté d'électro, ça laisse envisager une prestation dynamique non dénuée de répliques fortes telles qu'on peut le voir chez d'autres formations franciliennes comme Mass Hysteria. Pas de regrets, c'est exactement ce qu'il s'est passé. Même si le public a mis du temps à rentrer dedans, heure matinale oblige. Qu'importe, les premiers rangs étaient au taquet et c'est bien là tout ce qui compte. Entre secouages de tête et remuages de popotins, Sidilarsen parvient malgré tout et progressivement à s'imposer parmi les rangs plus éloignés. Jusqu'à réussir à décrocher les premiers pogos et wall of death d'échauffement des mainstages. Une récompense loin d'être dégueulasse pour les Toulousains qui n'hésitent pas à mettre le public à contribution, notamment à faire répéter à l'envi un « Tant que l'humain s'adresse à l'homme, nous sommes des milliards contre une élite, impossible qu'ils nous évitent ! », moment aussi fort que totalement à propos lorsqu'on voit le climat politique actuel. Bref, pas de regrets de s'être privée de grasse matinée.

 

Quelques pas sur le côté et changement d'atmosphère radical. Musique arabisante et venue d'une danseuse du ventre aux ondulations enchanteresses, il n'en fallait pas moins pour que ma complice de la matinée ne me regarde d'un air amusé en clamant qu'elle comprenait mieux pourquoi je tenais absolument à voir Myrath. Voyez-vous cela ! Et pourtant, promis, juré, craché que je n'étais pas là uniquement pour me flatter la rétine à grands coups d'ondulations abdominales sensuelles. Je ne m'attendais d'ailleurs pas à de tels gimmicks même si l'on ne cachera pas qu'il s'agit là d'un bonus loin d'être désagréable. Non, c'est plutôt pour l'évasion exotique des tympans que je ne voulais absolument pas louper les Tunisiens. Après, même si ça ne me fera pas changer d'avis sur le fait que la musique de Myrath est trop progressive et que les touches orientales y sont trop subtiles et discrètes à mon goût, mes oreilles ne s'en sont pas moins régalées. Déjà parce que c'était le seul représentant oriental du casting Hellfest 2017 mais surtout parce qu'ils m'ont agréablement surprise de par leur sympathie et jovialité communicatives qui ne peuvent que donner envie de plonger dans leur univers. Un répertoire composé de morceaux à rallonge faisant la part belle au metal mélodique oscillant entre symphonique à la Angra et ambiances arabisantes pas toujours mises en avant à leur juste valeur mais subtilement présentes. Là encore un beau moment, même si Orphaned Land remportera toujours la palme niveau claque musicale et scénique dans mon cœur.

 

L'idée de voir Betraying The Martyrs ne m'enchantant guère – et encore, c'est un euphémisme – il est temps de s'octroyer une petite pause Kronembourg à l'ombre des arbres de la forêt du Muscadet. En croisant le grand lapinou de Core And Co au passage. Anecdote : il ne portait nullement de costume jaune à poils (ni même à plumes), n'est pas doté de grandes oreilles mais au moins était-il bien remis de ses déboires de « patte folle » de l'an passé. La pause s'avéra d'ailleurs plus courte que prévu car la musique de Textures aura tellement fini par me lécher agréablement les oreilles de loin que je n'ai pas pu m'empêcher de me rapprocher. Je me souviens avoir découvert les Hollandais dès leur tout premier essai sans que je ne m'y sois vraiment intéressée plus que cela. Peut-être que l'évolution du combo y joue, ou peut-être est-ce surtout une évolution de mes propres goûts musicaux, toujours est-il que j'ai été fort étonnée d'accrocher à leur musique, là où j'étais restée totalement insensible il y a treize ans à la sortie de Polars. Le djent progressif des Néerlandais passe fort bien le cap du live. Des morceaux, encore une fois, longs mais jamais chiants car toujours en position de va-et-vient saccadés entre violence et passages plus atmosphériques de bel effet. Même si je restais aux arrières tranquillement posée avec mon pichet, il faut reconnaître que mes oreilles ont enfin reconnu les qualités indéniables dont est capable Textures. Enfin, plutôt, était capable, le groupe ayant malheureusement décidé de splitter, laissant à cette prestation comme un goût de privilège honorifique de par son caractère de point final. Ironique d'avoir ce genre de révélation dans ce genre de contexte mais comme on dit, mieux vaut tard que jamais.

 

Suite des hostilités, toujours en position arrière avec Animals As Leaders. Guère fan des formations instrumentales, la fusion metal/jazz des Américains arrive néanmoins à trouver grâce à mes oreilles. Une des seules exceptions qui confirme la règle en compagnie de nos compatriotes de Step In Fluid. Et vu la chaleur qui s'intensifiait en ce tout début d'après-midi, il faut reconnaître que cela ne faisait pas de mal de profiter d'un registre quémandant plus d'attention cérébrale que physique. Pas de longs discours du combo, Animals As Leaders va droit à l'essentiel en se contentant d'envoyer son djent polyrythmique jazzy aussi impressionnant que complexe. Même si le contexte festival ne permet pas non plus de décortiquer précisément, il faut admettre que le passage au live rend bien et ne se montre nullement soporifique malgré l'absence de chant. Hormis bien entendu si l'on excepte ceux sortant du déjeuner qui profitent de ce contexte plus calme pour s'adonner à la sieste digestive.

 

En parlant de déjeuner, il était temps d'y penser et c'est ainsi que j'ai décidé de m'octroyer ma première pause camping, la seule de la journée d'ailleurs, histoire de se remplir la panse et se reposer un peu. Quelques petites heures plus tard, me revoici devant la mainstage, trépignant d'impatience de voir pour la première fois le Devin Townsend Project. Forte émotion de voir le Canadien et excellente prestation d'ailleurs, même si elle s'est limitée à un répertoire très convenu. Malgré tout, juste entendre la voix enregistrée d'Anneke Van Giersbergen – qu'on aurait bien aimé voir en chair et en os mais bon, un autre jour peut-être – sur l'intro de « Rejoice » me suffisait à sentir comme un frisson me parcourant l'échine. Un comble au vu de la canicule ambiante. Se rendre compte dès les premières minutes que le 'sieur Townsend était capable de restituer sa voix incroyable parfaitement sur les planches a fini le travail de séduction et me voilà emportée dans un autre monde, aussi bien planant que gentiment foufou. Certes, on pourra regretter l'absence de moments plus nawak tel un bon « Bad Devil » du Devin Townsend Band des familles ou encore la réinterprétation d'un vieux titre de Strapping Young Lad (qui aurait pourtant trouvé écho dans un contexte comme le Hellfest). Mais il vaut mieux rester sur cette impression optimiste, tout sauf objective, en me promettant, par ailleurs, de le revoir hors festival dans le cadre d'une prestation complète plus à même de combler ces manques.

 

On passe rapidement Powerwolf, prestation bouche-trou (tant temporellement que culturellement dira-t-on) dans mon programme, dont le registre n'est vraiment pas ma tasse de thé même si je ne retire pas le fait que les Teutons se soient révélés convaincants pour arriver directement devant Ministry. Une première pour moi également, attendu mais entremêlé de craintes également, Al Jougersen étant connu pour ses prestations inconstantes qualitativement parlant. Par chance, ce dernier semblait être dans un bon jour ! Alors, certes, à l'instar d'un Ozzy Osbourne, on ne retirera pas le fait que les abus du passé – et très certainement du présent – se font cruellement ressentir mais la restitution correcte (quoique imparfaite) de la musique et l'ambiance survoltée au sein du public visiblement aux anges font oublier les petits errements des musiciens et autres pertes de repères ponctuels du frontman. Et on peut comprendre aisément pourquoi l'assistance a été si réceptive : entre hargne et diffusion de guérillas urbaines et exhibitions dégueulasses de corruption politique, certains déçus, voire désillusionnés, du déroulement des élections présidentielles ont eu de quoi défouler toute leur frustration sans peur de froisser leur prochain. Et puis, merde, Ministry n'est pas rien comme nom du metal indus', autant profiter des moments où les mecs n'arrivent pas tellement shootés qu'ils doivent faire figuration dans une prestation play-back comme ça a pu être tristement notable dans le passé.

 

Même si j'ai pu entrevoir un peu Behemoth, je n'y ai pas non plus accordé une attention suffisante pour pouvoir m'étendre dessus et bien que les Ramoneurs de Menhir s'avéraient fort alléchants, c'est toutefois sur Deep Purple que je finis par jeter mon dévolu. Tout simplement car jamais vu et que vu l'âge des protagonistes du mythique combo, l'hypothèse que leur aventure se finisse aussi promptement que fatalement se révèle de plus en plus plausible au fur-et-à-mesure que les années passent. Si beaucoup d’aficionados se plaisent à dire que Deep Purple n'a pas livré là de prestation mémorable, j'en garde un souvenir beaucoup plus naïf. Celui d'une personne passionnée voyant un groupe majeur pour la première fois. Alors oui, la vieillesse se fait ressentir, notamment sur le plan artistique où les solos ne sont peut-être plus effectués avec la même aisance et que les petites frasques improvisées ne sont plus aussi inspirées et impressionnantes que durant l'âge d'or de la bande de Ian Gillian et Roger Glover. Mais ça n'enlève en rien le côté magique de la situation et j'avoue que mon esprit ne s'est pas gêné pour voguer vers quelques rêveries à de nombreuses reprises. Grâce à la musique et non à cause de la bière, je préfère le préciser. Une fois revenue sur Terre, je me passerais d'évoquer Sabaton au set duquel j'ai assisté davantage pour suivre le mouvement de mon entourage du moment que par réel intérêt, hormis celui de confirmer que je ne l'aimais pas.

 

23h25. Rob Zombie. Putain, autant je concède et déplore que sa discographie ne soit pas toujours de très bon goût, autant j'adore ce type, tant pour le personnage, le registre de White Zombie, certains albums de sa carrière solo, son influence dans la période Brutal Planet d'Alice Cooper même, que pour sa filmographie dès lors qu'il endosse la casquette de réalisateur. Sans compter qu'il m'avait foutu une sacrée claque en 2011 en plus d'avoir eu la chance d'avoir le privilège des gens des premiers rangs auxquels le frontman zombiesque a serré la poigne lorsqu'il s'aventurait le long des barrières. La légende raconte que je ne me suis plus jamais lavée la main depuis d'ailleurs... Soit, c'est l'édition 2017 qui nous intéresse aujourd'hui, et cette fois, j'étais placée beaucoup plus loin par rapport à il y a six ans, même si ça ne m'empêchait nullement de voir la scène. Ça aurait été fort dommage qu'il en soit autrement : entre les montages vidéos (ce déhanché hypnotique de Sheri Moon !), les effets de lumières s'amusant à retranscrire une ambiance psyché fortement dopée au LSD ou encore le charisme d'un Rob Zombie, du virtuose John 5 (ex-Marilyn Manson) et Piggy D. (ex-Wednesday 13), voilà qui ne fait que promettre un grand moment en l'espace d'à peine quelques minutes. Ce qui a été le cas, sans l'ombre d'un doute ! Les râleurs pourront se plaindre d'un show mécanique et huileusement carré, syndrome des grosses pointures américaines mais ça ne change en rien les hits que contient le répertoire de Rob. Entre des « Superbeast », « Dragula », « Living Dead Girl » ou encore le back-catalogue de White Zombie, la setlist fait mouche. Mention spéciale à la reprise du « School's Out » d'Alice Cooper, aussi surprenante que dantesque. Bref, une fois encore, Rob est venu, Rob a vaincu, rien de plus, rien de moins.

 

 

Dernier effort de la journée à faire, malgré la prestation précédente qui laisse bien sur les rotules, tant pour la claque bien sentie que pour la fatigue de toute une journée de concert dans les pattes. Aussi étonnant que cela puisse paraître, c'est sur le punk de The Damned à la Warzone que j'ai préféré finir. Certes, je n'y suis pas restée entièrement afin d'assouvir ma curiosité de voir les derniers moments d'In Flames (qui semblait meilleur que dans mes souvenirs déçus d'années précédentes) et Alestorm (qui ne m'a pas convaincue une seconde), malgré tout, je ne pouvais pas passer à côté de la bande de Captain Sensible et compagnie. Question d'honneur familial, je rejoins la Warzone, telle la représentante de substitution de mon paternel à qui je dois la présence du combo britannique dans ma culture musicale. Voyez comme on ne plaisante pas avec l'héritage musical inter-générationnel. Pas forcément les plus violents de la scène punk anglaise old-school, The Damned a néanmoins réussi à se hisser dans les sillons populaires de par la courte participation de Lemmy Kilmister à la fin des années 70 et l'évolution musicale goth-new wave au cours des années 80. Par chance, c'est plutôt le registre des débuts du groupe qui est privilégié. Et bien que le public soit peu nombreux et que beaucoup semblent fatigués, certains irréductibles s'en donnent à cœur joie – je ne compte plus le nombre de fois que j'ai vu passer ce mec exhibant un drapeau anglais en slam – au même titre que le groupe lui-même. Certes, il est vrai que les mecs ont pris un sacré coup de vieux par rapport à mes souvenirs des photos du groupe présents dans les vieux albums (40 ans quand même...) mais ils connaissent leur sujet sur le bout des doigts et nul doute que leur énergie keuponne est intacte. Et ce, tout le long du set, même lors d'interprétation de leur répertoire 80's, plus doucereux, limite teenage dark-wave mais non dénué de quelques pépites, à supposer qu'on soit ouvert à ce genre de délires. Bref, la seule ombre au tableau était surtout la plage horaire pas forcément adaptée dans le sens où un peu plus de hargne aurait été la bienvenue (Rancid, présent plus tôt et officiant dans le même registre, aurait été plus à sa place), histoire de réveiller les endormis du fond.

 

 

Samedi

 

 

Lessivée, je n'ai pas eu de mal à trouver le sommeil et ce, sans abus préalable d'alcool. Et de bonne heure réveillée par la chaleur étouffante due à l'effet de serre de ma Quechua. Pourtant, matinale ne veut pas forcément dire résignée vu qu'à l'instar de l'année précédente, le samedi fut la journée la plus calme en terme de concerts suivis. Après une matinée passée en mode touriste dans Clisson avec petit dej' de champion – café, tartines et pinte de bière, que demande le peuple – , visite du château et petits pogos au passage durant la prestation d'un petit tribute band sur la place du village, il fallait bien rejoindre notre vrai chez nous. C'est qu'on aurait pu commencer à être en manque, même si cette petite parenthèse de contexte était fort agréable et salvatrice. Premier objectif : Ultra Vomit que je n'avais pas revu depuis des lustres. Malheureusement, suite au côté traînant de quelques compères trop bavards et une file d'attente plutôt longue à la Cathédrale – la seule à déplorer même si elle était moins interminable que celles auxquelles on était confronté l'année précédente – nous arrivons trop tard. A peine avons-nous eu la joie malgré tout de nous délecter des trois derniers morceaux. Blasant, sans non plus qu'il n'y ait mort d'homme tant la bande à Fetus demeure facile à choper en salle un peu partout sur le territoire. Et puis, soyons optimistes, nous sommes arrivés à l'heure pour le concert d'Igorrr. Un concert qu’il était carrément proscrit de louper pour moi. Et a priori, pour de nombreux autres festivaliers aussi, tant la Temple est garnie. Très étonnant, le statut d'OMNI (Objet Musical Non Identifié) d'Igorrr laissant penser que l'affluence serait réduite et uniquement composée d'oreilles de niche pro-nawak/expérimental agrémentées de quelques curieux qui auraient tôt fait de fuir face à l'aberration musicale qui se serait révélée devant eux. Et pourtant ! Le monde était là et nul doute, au vu de l'accueil chaleureux et la demande de rappel dès lors que les dernières notes du show se sont éteintes, que les gens présents savaient un minimum où ils mettaient les pieds. De quoi donner un espoir sur l'ouverture d'esprit qui commence à se développer dans les esgourdes des metalleux qui commencent à comprendre leur tort de raisonner sur des étiquettes et autres jugements à l'emporte-pièce. En tout cas, Gautier Serre et sa bande nous livrent une performance MA-GIS-TRA-LE, tout simplement ! Pas dit que tout le monde ait compris mais on ne peut que reconnaître l'aura de fascination qui enveloppe les compositions d'Igorrr. Alternant inlassablement passages extrêmes plaintifs et déchirants, électro transe-musette aussi bien jumpante que dansante et musique lyrique et symphonique sublime, le tout enchaîné par des transitions nettes, tranchantes et brutes de décoffrage – pour ne pas dire aucune – au sein d'un même morceau, il est clair que ce n'est pas donné à tout le monde d'adhérer à une telle débauche sonore. Et pourtant, ça marche aussi bien sur galette qu'en live, notamment grâce aux prestations impressionnantes des deux dualités vocales. Certes, certains pourront déplorer l'absence totale de communication et d'interaction en général (tant au sein du groupe qu'entre ce dernier et le public) mais il faut admettre qu'il aurait été fort étrange d'imaginer des « Salut Hellfest, ça va ????? On ne vous entend pas !!! Tapez des mains !!!, etc ». Cela aurait été même carrément ridicule et aurait fortement altéré l'état de transe que peut provoquer l'univers sonore d'Igorrr. A revoir sans faute en salle dans une prestation long format !

 

 

 

Nouvelle pause camping et mission vitale de réapprovisionnement d'eau au Leclerc qui n'en aura sans doute jamais autant vendu durant ce gros boom d'activité annuelle. Le prochain objectif aurait dû être Turisas mais c'était sans compter sur un délire de mariage qui s'est incrusté inopinément avec un temps d'attente plus long que prévu. Tant pis, une fiole de Jägermeinster gratuite ne se refusant pas comme ça, c'est donc durant le show de Saxon que je reviens sur le site en mode « Just Married ! » en compagnie de mes quatre (!) épou(x)ses. Mener ce qui est considéré comme le plus beau jour de sa vie au Hellfest, il faut reconnaître qu'il y a pire. Vu l'effervescence de l'instant, on fera l'impasse de plus de mots au sujet de la performance de la bande à Biff Byford et même celle d'Airbourne pas forcément suivies avec toute l'attention qu'elles méritaient. Malgré tout, le manque de sérieux ne pouvait durer plus longtemps et il fallait bien quitter mes âmes sœurs pour le retrouver. Direction l'Altar pour le show de Pain Of Salvation. Une prestation que j'attendais beaucoup : j'avais adoré la doublogie Road Salt, sans compter que le dernier né m'a subjuguée et je conserve encore des souvenirs émouvants de leur passage en 2007 qui a d'ailleurs valu une bataille de boue d'anthologie durant « Disco Queen ». Et nullement je n'ai regretté mon choix de quitter mon ménage qui préférait les violoncelles d'Apocalyptica. C'est bien simple, je soupçonne que « Linoleum », à lui seul, a dû avoir raison de la moitié de la perte des mes cordes vocales à l'issue du Hellfest et ce, malgré l'absence de la voix haut perchée très particulière de Ragnar Zolberg (Sign) qui aurait pu donner un relief émotionnel supplémentaire non négligeable. Heureusement, le renvoi de l'Islandais n'altère aucunement la prestation d'un Pain Of Salvation particulièrement impliqué. Il faut dire que le groupe s'est toujours montré attentionné vis-à-vis du public français qu'il semble particulièrement affectionner. Et l'on aurait tort de bouder notre plaisir tant les bons titres, toutes époques confondues, s'enchaînent, montrant une formation solide et bien dans ses bottes malgré les récents remaniements de line-up. Décidément, les Suédois occupent bel et bien une place à part et décomplexée dans le paysage du metal prog' et c'est tant mieux !

 

Une fois ma claque bien sentie derrière mes oreilles, je me dirige vers la mainstage afin d'assister au show d'Aerosmith. Anecdote aussi amusante que touchante : durant ce petit interlude, j'ai croisé un mec très certainement un peu alcoolisé mais surtout en état si extatique qu'il ne pouvait réprimer l'envie de me prendre dans ses bras – ainsi que quelques autres personnes dont la tête l'inspirait – en s'égosillant qu'il n'en revenait pas d'avoir vu Primus et qu'il venait de passer l'un des moments de live les plus marquants de sa vie. Au final, on s'est peut-être retrouvé tous les deux en état à fleur de peau d'avoir assisté à des concerts, différents certes, adorés et importants, les yeux brillants et un air aussi concon qu'une mise en scène foireuse d'un animé japonais à l'eau de rose. Bref... L'heure est venue de voir pour la première fois Steven Tyler, Joe Perry et compagnie. Et peut-être pas forcément la dernière vu qu'il a été confirmé qu'il ne s'agissait finalement pas d'une véritable tournée d'adieu. On ne s'en serait pas douté tiens ! Même si j'ai mis quelques titres à me mettre dedans, au point même de me demander si je n'allais pas rallier de nouveau l'Altar où s'apprêtait à jouer Opeth. La magie a pourtant fini par opérer. Peut-être était-ce le fait que je ne m'étais pas totalement remise de la claque précédente ou peut-être était-ce également dû au fait que j'ai fini par trouver en cours de route un meilleur placement me permettant de voir davantage la scène. En tout cas, la longévité d'Aerosmith se fait ressentir tant la prestation est millimétrée, carrée et maîtrisée (et sans nul doute distribuée en mode automatique). Les classiques s'enchaînent, tantôt dynamiques, tantôt émouvants, même si certains manquaient cruellement à l'appel (pas de « Toys In The Attic », sacrilège !). Finalement, rester devant la mainstage s'est avéré payant et étoffe davantage la catégorie du « je les ai vu ! » aux côtés d'un Deep Purple ou encore des Twisted Sisters, Black Sabbath ou Rammstein, pour ne citer qu'eux, de l'an passé.

 

Une claque et un merveilleux moment coup sur coup, voilà qui fatigue un bon coup ! Pourtant, je n'ai pu m'empêcher d'aller voir les dernières notes d'Opeth que j'aurais également adoré revoir tant ils m'avaient envoûtée sur ces mêmes terres il y a dix ans. Un simple et unique « Deliverance » de rattrapage qui me conforte sur mon point de vue que le virage stylistique des Suédois vers un prog 70's  dénué d'extrême leur sied à ravir. A charge de revanche, sans l'ombre d'un doute ! Malgré toutes mes bonnes volontés d'aller vers la Warzone pour Suicidal Tendencies, j'ai fini par baisser les bras tant la foule était aussi dense et comprimée que la poussière était omniprésente. La fatigue a fini par vaincre. Pas celle d'avoir beaucoup de concerts dans les pattes, je l'accorde mais j'avoue qu'au final, cette journée du samedi n'aura pas été de tout repos en terme de kilomètres parcourus. Il était donc grand temps d'y mettre un terme et de se poser tranquillement.

 

 

Dimanche

 

 

Réveil compliqué en ce dimanche matin. Non pas pour cause de bouche pâteuse mais l'enchaînement de nuits courtes dans un confort spartiate depuis presque une semaine additionné à la canicule commence à se faire cruellement ressentir. C'est fou ce que les fortes températures peuvent être plus tuantes que les excès d'alcool successifs que je me permets dans des conditions climatiques plus tempérées ! Les Normands ont beau se la péter guerriers vikings, il faut admettre qu'on n'en demeure pas moins de petites natures quand on s'y met... Dans tous les cas, à peine extirpée de la tente, je ralliais le site pour un traitement de choc afin de retrouver la forme : petit déj' de champion, acte 2, sur la pelouse synthétique de la zone restauration côté Warzone. Croyez-moi qu'un bon mix de Patata burger, fraîcheur citronnée d'une Sköll fraîchement tirée avec le hardcore de HARM DONE en fond sonore, ça ravigote assez afin d'aborder cet ultime jour de festivité dans de bonnes conditions. Certes, les Nantais ne m'ont pas fait revoir mon jugement sur un style que je n'apprécie pas vraiment mais au moins m'ont-ils empêchée de finir ma nuit. Histoire de se mettre en jambe, l'heure est venue de se bouger. Et quand il n'y a rien d'intéressant de prévu au programme, le mieux à faire est de naviguer de scène en scène jusqu'à trouver, avec un peu de chance, un crackers sonore intéressant. La chance était avec nous car il a juste fallu se contenter de la Valley pour trouver chaussure à notre pied. Vodùn joue là et vraiment, ça a été la meilleure surprise/découverte que j'aie pu faire durant cette année. En même temps, difficile de ne pas être intrigué par cette formation, peinturlurée en mode indigène vaudou, menée de fer de lance par une voix féminine magnifiquement puissante qui ne démérite pas comparée à celle de Gossip. The Gossip qui se serait adonné au stoner psyché en lieu et place de leur soupe pop/rock répétitive. Si les costumes d’aborigènes se veulent justifiés par le fait que Vodùn a la volonté d'inclure des teintes vaudous à leur heavy rock 70's, il faut reconnaître que c'est justement l'accoutrement qui favorise ce genre d'atmosphère et non la musique. Dommage car des atmosphères tribales telles l'utilisation de percussions plus franches et mises en avant dans le mix auraient vraiment donné un cocktail intéressant et d'autant plus singulier. Une identité singulière que beaucoup lui reconnaissent d'ailleurs, allant même jusqu'à dire que Vodùn se révèle complexe à appréhender. Un avis que j'ai du mal à partager personnellement, la faute peut-être à mon habitude de la scène nawak/expérimentale et autres groupes à mon sens bien plus singuliers dans leurs domaines en terme de concepts et imageries. Je trouve au contraire la musique des Anglais fort accessible, même si mélanger stoner psyché, blues, soul et musique africaine semble sur la papier plutôt saugrenu et improbable. Un signe indéniable que la tambouille est bien faite, même si je ne peux m'empêcher de penser après écoute à froid de leur première galette studio, Possession, qu'ils n'ont pas encore montré tout leur potentiel tant les gimmicks exotiques sont encore trop timides. A suivre car il se peut que l'évolution se révèle aussi novatrice que trippante s'ils se décident à se lâcher davantage et pousser le bouchon plus loin.

 

L'attente pour Prong s'avère fort longue, ce qui ne rend la prestation de The Devil Wears Prada que plus désagréable. En même temps, le metalcore ne recueille pas tous les suffrages au sein du staff de ces colonnes et je n'y fais pas exception. Après avoir bien saigné des oreilles en mode loquifiée par la chaleur encore plus forte que les jours précédents, Tommy Victor et ses deux compères foulent enfin les planches de la Mainstage 2. Une attente payante car Prong a littéralement ravagé l'assistance qui s'en donne à cœur joie. On retrouve une énergie et une hargne communes à celles qu'on a pu avoir avec Ministry deux jours plus tôt, dans un registre plus organique et une plus grande précision dans l'interprétation. Bref, d'autant plus trippant et impressionnant ! Si certains peuvent reprocher un caractère répétitif aux albums, notamment les plus récents suivant la même ligne directrice sans défaillir, il faut reconnaître que les compositions prennent toute leur ampleur en condition live et c'est toujours un plaisir d'entendre les classiques de l'ère 90's tel « Unconditional » ou l'indémodable « Snap Your Fingers, Snap Your Neck ». Un cou qui n'en peut plus de secouer justement et après quarante minutes ayant filé à vive allure, Prong se retire visiblement heureux et satisfait de sa prestation, tout autant que la foule présente devant la scène.

 

Nouvelle attente morose sous fond de metalcore avec Motionless In White. C'est qu'on n'est pas gâté ce dimanche lorsqu'on n'est pas acquis à cette cause. Certes, j'aurais pu déserter les lieux afin de trouver une prestation plus salutaire ailleurs mais je préfère garder mes forces pour Skindred. Grand bien m'en prit vu qu'il s'agit d'une des plus grosses claques que j'ai prises avec Rob Zombie, Pain Of Salvation, Prong et Prophets Of Rage (à venir plus tard). Rarement il m'a été donné de voir un concert avec autant d'interaction, où le public est toujours encouragé et sollicité. A part peut-être Edguy dans un autre registre, même si l'on évite ici, et heureusement, les travers d'excès de bavardages de Tobias Sammet. Nouvelle preuve d'ouverture d'esprit dans les mœurs metalleuses en est avec la grande affluence qui se précipite devant la Mainstage 2, ne semblant nullement gênée par l'étiquette « électro ragga metal ». Et ils ont raison car si sur album, Skindred se révèle délirant, en live, on passe à un tout autre niveau. Dès le thème introductif de Dark Vador, on pressent que le moment va être énorme. Volubile, Benji, le vocaliste, mène sa barque de main de maître, haranguant la foule à tout va, alternant entre encouragements compréhensifs et boutades gentillettes tournant autour de « nous metalleux, allons bouger nos fesses sur du ragga et du dub, que ça nous plaise ou non ». Ce qui n'est pas tout à fait faux en soi. Enchaînant les perles aussi bien dansantes, jumpantes que briseuses de nuques, Skindred en ressort vainqueur, non sans avoir demandé un hélicoptère de t-shirts général, ce que le public totalement acquis à sa cause a mis en œuvre docilement et sans broncher, offrant une image assez surréaliste à quiconque passerait par là par hasard.

 

 

Même si on s'en reprendrait bien une tranche, une petite pause camping, loin de la foule – les gens désertant davantage le camping afin d'avoir accès aux points d'eau tout le temps par rapport à d'habitude – et à l'ombre de la tonnelle ne pouvait pas faire de mal. Et ainsi reprendre des forces pour la dernière ligne droite. Retour sur le site pour Prophets Of Rage, non sans avoir sacrifié Blue Öyster Cult, découragés par la trop grande foule présente et en transit devant la Valley toujours aussi mal située car en plein nœud de circulation (entre ceux entrant et sortant du site, allant aux toilettes/points d'eau à côté, ceux allant à la Valley ou la Temple et le bar rattaché à cette dernière). L'objectif est clair : faire les cons, vider la cashless et bousiller les dernières forces et cordes vocales qui restent. Quoi de mieux qu'un supergroupe réunissant des membres de Rage Against The Machine, Cypress Hill et Public Enemy pour ça ? Et finalement, on a obtenu tout ce qu'on était venu chercher car il s'avère que Prophets Of Rage s'est montré monumental. Et ce, même si c'était la foire des reprises des trois combos suscités. Mais des classiques qui font toujours mouche. Qu'ils soient plus orientés metal ou orientés hip hop, la hargne et l'énergie restent les mêmes et l'on ne peut que ressortir lessivé et heureux de l'être. Seul écart de dynamique, l'émouvant hommage à Chris Cornell sur lequel ses anciens comparses d'Audioslave ne pouvaient faire l'impasse. Avant de repartir de plus belle avec un finish donnant la part belle à RATM que je redécouvre fort agréablement. En effet, la voix nasillarde de Zach De La Rocha m'a toujours insupportée, je ne boude donc pas mon plaisir de voir le registre réinterprété avec les voix de Public Enemy et Cypress Hill aux timbres me parlant davantage. Bref, la claque !

 

Prophets Of Rage m'ayant lessivé, un pichet de bière venant d'arriver tout seul devant mes pieds, ce dernier finit par gagner pour rester sur place pour la prestation de Five Finger Death Punch sur lequel je ne m'étendrai pas. C'est une formation que je n'aime pas de base et cette prestation ne m'a aucunement convaincue de revoir mon jugement. Non pas à cause de la présence d'un chanteur intérimaire arrivé comme un cheveu sur la soupe quelques jours plus tôt, surtout à cause d'un choix de setlist trop orienté soupesque alors que les Américains disposaient d'un registre plus ancien un chouïa plus rugueux qui aurait été plus à propos dans un Hellfest.

 

En parlant d'à propos, on en arrive à Linkin Park. Présence controversée dès le départ, les Américains ont pourtant fait un effort en privilégiant leur répertoire plus ancien, même si quelques titres plus récents demeurent. Méconnaissant fortement le sujet, je reste de marbre devant toute l'ère post-Meteora déployée, ce qui ne m'empêche nullement de profiter des vieux titres. Même si je ne les aborde pas chez moi de la même manière que par le passé, il n'empêche qu'en condition live, j'ai retrouvé mon adolescence perdue et me suis vraiment éclatée une fois l'ampoule de nostalgie juvénile éclatée. Placé aux arrières, les trouble-fêtes n'ont pas pu gâcher directement cet état de fait. A peine avons-nous eu un mec nous lorgnant en train de jumper frénétiquement d'un air aussi médusé qu'amusé avant de hausser les épaules l'air de dire « après tout, il en faut pour tous les goûts ». Une âme sage et avisée. Au final, si l'on excepte les incartades trollesques du public, Linkin Park a livré une bonne prestation, apparemment bien plus convaincante que celle donnée la semaine précédente au Download. Avant de repartir prématurément. Un fait d'autant plus regrettable que de shows de Linkin Park, il n'y en aura vraisemblablement plus d'autres, Chester Bennington ayant mis fin à sa vie en même temps qu’à celle du groupe...

 

Dommage de quitter le Hellfest sur une pareille fin en eau de boudin. Trop dégoûtée par cette mutinerie injustifiée qui n'avait pas lieu d'être, j'ai préféré quitter le champ de bataille prématurément afin de me changer les idées dans une ambiance plus réjouissante, celle de la dernière soirée au camping qui rime avec vidage des dernières bouteilles qui traînent dans la joie et la bonne humeur. Définitivement, je ne vous remercie pas et espère sincèrement que cela ne se reproduira pas. Car si je veux bien laisser le bénéfice du doute cette fois, il en va sans dire que l'aventure Hellfest s'arrêtera pour moi si cela venait à se reproduire. Non pas à cause du festival en lui-même mais bel et bien à cause de cette frange de festivaliers pourtant minoritaire mais assez pète-couille pour emmerder plus ou moins directement une majorité. A bon entendeur.

 

 

photo de Margoth
le 18/11/2017

Commentaires

Crom-Cruach

Crom-Cruach le 19/11/2017 à 08:42:49

Jourgensen avait l'air sacrément en forme oui ! Tu as préféré une sköll dégueulasse au power carnage violence auditif de Harm Done ? Shame on youuuuuuu !!

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